Mieux-être - Les pots cassés
2 juin 2007
Actualités en société
Quand on est un travailleur qui se porte au secours des gens, qu'on soit ambulancier ou employé de la Croix-Rouge, il doit être désolant, frustrant, choquant et décourageant de se dire qu'avec le temps chaud, on ira chercher un gamin noyé au fond d'une piscine familiale.
Chaque année, ça ne manque pas de se produire. Chaque année, on peut répéter les messages de prévention, mais il y aura des parents dont la vie s'arrêtera en même temps que celle de leur bambin, qui passeront un été horrible à se culpabiliser et à se lamenter.
Pourquoi nous, humains, devons-nous attendre d'avoir un choc, de vivre un drame, pour apprendre et agir? Ce n'est pas faute de connaissances, ça ne se passe pas au niveau rationnel. Alors pourquoi, à chaque âge de la vie, doit-on tester les limites jusqu'au drame?
La santé est un domaine où cette question est singulièrement pertinente. Les gens continuent de fumer en dépit des montagnes d'études prouvant que de la sorte, ils mettent leur vie en danger. Pensée magique? Les «c'est pour les autres, je ne suis pas concerné» sont un chant de sirène? Est-ce de l'autodestruction inconsciente?
On continue de manger idiot en sachant qu'on pourrait devenir obèse et développer du diabète ou une maladie cardiovasculaire facile à prévenir, on avale du gras, du sel et du sucre sans arrière-pensée. Enceinte, on consomme de l'alcool en se disant que si c'était vraiment dangereux, ce serait différent.
Jamais les médias n'en ont autant parlé, les médecins aussi, parfois; enfin, tout le monde le sait... On peut prévenir, soigner et guérir ces maladies par un mode de vie sain, je ne vous apprends rien. Pourquoi alors me sens-je ringarde rien qu'à l'évoquer? Je commence à intégrer le jugement malveillant des gens qui pensent qu'on est rabat-joie si on veut mêler santé et plaisir sans se nuire.
Si vous m'avez vu piquer un brin de colère lors d'une émission d'Il va y avoir du sport à Télé-Québec ce printemps, vous avez compris en même temps que moi que le mur infranchissable de la prévention n'est pas près de sauter. Si même les médecins se moquent d'une personne qui demande de se laver les mains pour qu'on cesse de tuer des gens à cause des infections propagées d'un patient à l'autre, que faut-il conclure?
La culture du je-m'en-foutisme a atteint son paroxysme. La liberté doit-elle être celle de nos impulsions et de nos désirs assouvis sans égard aux conséquences? On fait ça beaucoup sur les questions environnementales, on le fait aussi en santé...
Pour une émission diffusée à CBC l'hiver dernier (ce reportage s'intitulait Dirty Doctors, ça vaut la peine d'aller le voir à cette adresse: www.cbc.ca/marketpla
ce/2007/01/dirty_docs.html), une journaliste a fréquenté trois ou quatre hôpitaux canadiens avec une caméra cachée. On a pu y voir les négligences systématiques du personnel hospitalier, à tous les échelons, quand il est question d'hygiène. Une culture de bactéries et de virus comme culture générale et comportementale. Après ce reportage, on a appris que des bébés de Toronto avaient développé une infection nosocomiale; des prématurés, imaginez-vous!
Dans ce reportage, un médecin qui s'est consacré à la prévention disait que chaque patient devrait demander au médecin qui visite sa chambre de se laver les mains devant lui. Facile: vous êtes vulnérable, faible, et vous devez imposer votre autorité à la personne qui la détient devant vous...
Encore une fois, on met la responsabilité sur les individus plutôt que de s'attaquer aux causes sociales, aux problèmes systémiques. C'est une attitude généralisée en matière de questions de santé. Et comprenez bien que je ne m'oppose pas à la responsabilité personnelle, mais il y a toujours bien des limites! Faire ramasser les pots cassés par tout un chacun, c'est aussi éviter sa responsabilité institutionnelle.
À la télé, c'est Amir Khadir, médecin candidat de Québec solidaire, qui a raconté qu'au Centre hospitalier Pierre-Le Gardeur, où il travaille, le type qui a pris le dossier des infections nosocomiales a été ridiculisé jusqu'au jour où les résultats sont venus montrer qu'il avait raison. Et encore! Les gens qui parlent de lavage de mains systématique se font traiter de tous les noms. J'y ai goûté. Pourquoi?
Peut-être est-ce par mauvaise conscience et pour sauver la face. Il s'agit d'un geste élémentaire que tout le monde connaît, qu'on ne fait pourtant pas et qu'on ne veut pas être honteux de ne pas faire. Plus c'est évident, plus on ridiculise les gens qui en parlent, ce qui implique qu'on ne veut pas en entendre parler. Donc, quand quelqu'un en parle, on court-circuite, on n'écoute pas, ça ne descend pas plus loin que la pensée de rejet car on est offensé.
C'est tout de même un drôle de mécanisme. Et je vous dis qu'on le fait tous à propos des sujets auxquels nous sommes sensibles. On attend de voir jusqu'où l'élastique peut s'étirer avant de se briser. Le hic, c'est que ça brise parfois des vies...
Nous sommes de drôles de bêtes, nous mettons notre environnement en péril, notre santé en danger, tout ça pour jouir immédiatement, pour assouvir des désirs créés de toute pièce. Pavlov doit se retourner dans sa tombe...
vallieca@hotmail.ca
Chaque année, ça ne manque pas de se produire. Chaque année, on peut répéter les messages de prévention, mais il y aura des parents dont la vie s'arrêtera en même temps que celle de leur bambin, qui passeront un été horrible à se culpabiliser et à se lamenter.
Pourquoi nous, humains, devons-nous attendre d'avoir un choc, de vivre un drame, pour apprendre et agir? Ce n'est pas faute de connaissances, ça ne se passe pas au niveau rationnel. Alors pourquoi, à chaque âge de la vie, doit-on tester les limites jusqu'au drame?
La santé est un domaine où cette question est singulièrement pertinente. Les gens continuent de fumer en dépit des montagnes d'études prouvant que de la sorte, ils mettent leur vie en danger. Pensée magique? Les «c'est pour les autres, je ne suis pas concerné» sont un chant de sirène? Est-ce de l'autodestruction inconsciente?
On continue de manger idiot en sachant qu'on pourrait devenir obèse et développer du diabète ou une maladie cardiovasculaire facile à prévenir, on avale du gras, du sel et du sucre sans arrière-pensée. Enceinte, on consomme de l'alcool en se disant que si c'était vraiment dangereux, ce serait différent.
Jamais les médias n'en ont autant parlé, les médecins aussi, parfois; enfin, tout le monde le sait... On peut prévenir, soigner et guérir ces maladies par un mode de vie sain, je ne vous apprends rien. Pourquoi alors me sens-je ringarde rien qu'à l'évoquer? Je commence à intégrer le jugement malveillant des gens qui pensent qu'on est rabat-joie si on veut mêler santé et plaisir sans se nuire.
Si vous m'avez vu piquer un brin de colère lors d'une émission d'Il va y avoir du sport à Télé-Québec ce printemps, vous avez compris en même temps que moi que le mur infranchissable de la prévention n'est pas près de sauter. Si même les médecins se moquent d'une personne qui demande de se laver les mains pour qu'on cesse de tuer des gens à cause des infections propagées d'un patient à l'autre, que faut-il conclure?
La culture du je-m'en-foutisme a atteint son paroxysme. La liberté doit-elle être celle de nos impulsions et de nos désirs assouvis sans égard aux conséquences? On fait ça beaucoup sur les questions environnementales, on le fait aussi en santé...
Pour une émission diffusée à CBC l'hiver dernier (ce reportage s'intitulait Dirty Doctors, ça vaut la peine d'aller le voir à cette adresse: www.cbc.ca/marketpla
ce/2007/01/dirty_docs.html), une journaliste a fréquenté trois ou quatre hôpitaux canadiens avec une caméra cachée. On a pu y voir les négligences systématiques du personnel hospitalier, à tous les échelons, quand il est question d'hygiène. Une culture de bactéries et de virus comme culture générale et comportementale. Après ce reportage, on a appris que des bébés de Toronto avaient développé une infection nosocomiale; des prématurés, imaginez-vous!
Dans ce reportage, un médecin qui s'est consacré à la prévention disait que chaque patient devrait demander au médecin qui visite sa chambre de se laver les mains devant lui. Facile: vous êtes vulnérable, faible, et vous devez imposer votre autorité à la personne qui la détient devant vous...
Encore une fois, on met la responsabilité sur les individus plutôt que de s'attaquer aux causes sociales, aux problèmes systémiques. C'est une attitude généralisée en matière de questions de santé. Et comprenez bien que je ne m'oppose pas à la responsabilité personnelle, mais il y a toujours bien des limites! Faire ramasser les pots cassés par tout un chacun, c'est aussi éviter sa responsabilité institutionnelle.
À la télé, c'est Amir Khadir, médecin candidat de Québec solidaire, qui a raconté qu'au Centre hospitalier Pierre-Le Gardeur, où il travaille, le type qui a pris le dossier des infections nosocomiales a été ridiculisé jusqu'au jour où les résultats sont venus montrer qu'il avait raison. Et encore! Les gens qui parlent de lavage de mains systématique se font traiter de tous les noms. J'y ai goûté. Pourquoi?
Peut-être est-ce par mauvaise conscience et pour sauver la face. Il s'agit d'un geste élémentaire que tout le monde connaît, qu'on ne fait pourtant pas et qu'on ne veut pas être honteux de ne pas faire. Plus c'est évident, plus on ridiculise les gens qui en parlent, ce qui implique qu'on ne veut pas en entendre parler. Donc, quand quelqu'un en parle, on court-circuite, on n'écoute pas, ça ne descend pas plus loin que la pensée de rejet car on est offensé.
C'est tout de même un drôle de mécanisme. Et je vous dis qu'on le fait tous à propos des sujets auxquels nous sommes sensibles. On attend de voir jusqu'où l'élastique peut s'étirer avant de se briser. Le hic, c'est que ça brise parfois des vies...
Nous sommes de drôles de bêtes, nous mettons notre environnement en péril, notre santé en danger, tout ça pour jouir immédiatement, pour assouvir des désirs créés de toute pièce. Pavlov doit se retourner dans sa tombe...
vallieca@hotmail.ca
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