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Lettres: Une publicité qui dérange

Maria Hotes - Montréal, le 22 mai 2007  24 mai 2007  Actualités en société
On ne peut pas le nier: notre société valorise énormément la consommation. Les médias de masse ainsi que d'autres institutions et agents de socialisation véhiculent cette valorisation de façon parfois abusive. Montrer une petite fille d'environ six ans avec un message disant: «Transforme-moi en propriétaire!» me semble en effet trop manipulateur.

Il n'est pas besoin de trop de lumières pour comprendre que le marketing joue énormément sur les sentiments des gens. De ce fait, l'innocence d'une jeune fille est clairement un outil très vendeur. Mais il y a, à mon avis, un problème qui relève du domaine de la morale: celui de la vulnérabilité des enfants devant de telles publicités. Peut-être suis-je une jeune incomprise, incroyablement naïve, qui rêve d'un monde meilleur; peut-être suis-je incapable de concrétiser quoi que ce soit, car je reste avec mes beaux idéaux de jeunesse. Je voudrais cependant m'attarder très rapidement sur le message transmis par cette publicité.

La banque dont il est ici question fait la promotion d'une hypothèque. Or ce que je vois spontanément dans une hypothèque, c'est une dette. S'il s'agit d'une jeune fille d'environ six ans, il est peu probable que ce soit elle qui paiera cette dette; ça, je le concède volontiers. Cependant, on transmet ici la volonté d'être propriétaire, c'est-à-dire de posséder des biens matériels en vue d'un avenir meilleur. En effet, lorsqu'on montre un enfant, ce qu'on veut «vendre», c'est bien son avenir, car il a encore sa vie devant lui. Je ne veux pas dire que la possession de biens matériels soit mauvaise en soi, mais il me semble que le bonheur, s'il existe, est loin d'être garanti par la possession de quoi que ce soit. C'est justement ce message qui m'a choqué: celui qui consiste à transmettre aux enfants cette obsession de la consommation pour trouver le «bonheur». De surcroît, leur faire croire qu'il s'agit de quelque chose de simple (ce qui serait exprimé par la première partie du message, c'est-à-dire «Transforme-moi») me semble illusoire. Certes, c'est l'immédiateté recherchée par notre société, mais c'est loin de représenter la réalité. L'achat d'une maison comporte des risques, et ce n'est pas une décision qu'on pourrait prendre du jour au lendemain.

Pourquoi avoir choisi un enfant et non pas un jeune couple? Cela me laisse extrêmement perplexe. N'a-t-on pas de meilleures valeurs à transmettre aux enfants? La consommation est-elle devenue le nouveau culte des sociétés hypermodernes? Au moins, on a encore la possibilité d'exprimer nos inquiétudes et de proposer des réflexions sur la place publique en tentant de ne pas rester passifs devant un monde qui semble nous dépasser.
 
 
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