Taxe à la solidarité
Il y a de ces événements qui horrifient et appellent à la compassion immédiate. D'autres réveillent une indignation voisine de la révolte. Tel est le cas de l'irrecevable logique qui pousse des agents du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale à taxer la charité.
La nouvelle rapportée hier par Le Devoir a provoqué une colère généralisée. Elle rapporte l'histoire invraisemblable de «Fernand» qui, avec de maigres prestations de 548 $ par mois, paie 400 $ pour son loyer et 100 $ pour des frais de téléphone et d'électricité, ne se retrouvant plus qu'avec un solde de 50 $ pour se nourrir. Mission impossible!
Déjà troublant, ce récit se complique lorsqu'on constate sur le terrain que des agents voudraient amputer le chèque de Fernand et de ceux qui bénéficieraient de la générosité de leurs proches, qui reçoivent ici un sac de denrées, là des mets à congeler en vue des temps durs.
Il faut se pincer pour le croire! Et soupirer ensuite devant la rigidité de certains préjugés qui inspirent peut-être les contours de ce régime punitif. L'insuffisance du chèque d'aide sociale — et donc le dysfonctionnement du système — active une chaîne de solidarité qu'une pratique bureaucratique condamne à se rompre.
«Je mène une vie très simple et contrôle mes dépenses», a avancé Fernand pour défendre sa cause. En apprêtant des mets à base de riz et de légumineuses, en furetant à gauche et à droite pour saisir les aubaines, l'homme tente de tirer le meilleur de sa mince pitance. Mais en vain. Sans grand étonnement, la plus fine des débrouillardises ne peut pas renverser l'inéluctable: le montant octroyé ne suffit carrément pas à assurer le minimum vital.
Comble du malheur, on pénalise donc celui qui accepte, faute de mieux, la main qu'on lui tend. Les directives officielles ont beau permettre la charité, dans la pratique, des dons d'argent et de nourriture sont bêtement étiquetés d'«avantages comptabilisables». S'ils surviennent régulièrement, l'épicerie gracieusement offerte par un parent, l'invitation spontanée à souper d'un voisin et les petits plats de maman seraient donc condamnables plutôt qu'honorables?
On peut encore ajouter une couche d'absurdité à ce portrait chimérique: en effet, à côté de la solidarité interdite, faire la queue aux soupes populaires ou puiser aux banques alimentaires pour s'offrir de quoi manger passe sous la catégorie d'«aide ponctuelle», admissible aux yeux du ministère. «Impossible d'avoir une solidarité sociale dans la dignité», se sont insurgés les groupes de soutien aux assistés sociaux.
Charité bien ordonnée commence par soi-même, claironne le dicton... Bien tristement, cette maxime opère à merveille dans la cour des intendants, dont l'intérêt bureaucratique supplante l'appétit des autres.
La nouvelle rapportée hier par Le Devoir a provoqué une colère généralisée. Elle rapporte l'histoire invraisemblable de «Fernand» qui, avec de maigres prestations de 548 $ par mois, paie 400 $ pour son loyer et 100 $ pour des frais de téléphone et d'électricité, ne se retrouvant plus qu'avec un solde de 50 $ pour se nourrir. Mission impossible!
Déjà troublant, ce récit se complique lorsqu'on constate sur le terrain que des agents voudraient amputer le chèque de Fernand et de ceux qui bénéficieraient de la générosité de leurs proches, qui reçoivent ici un sac de denrées, là des mets à congeler en vue des temps durs.
Il faut se pincer pour le croire! Et soupirer ensuite devant la rigidité de certains préjugés qui inspirent peut-être les contours de ce régime punitif. L'insuffisance du chèque d'aide sociale — et donc le dysfonctionnement du système — active une chaîne de solidarité qu'une pratique bureaucratique condamne à se rompre.
«Je mène une vie très simple et contrôle mes dépenses», a avancé Fernand pour défendre sa cause. En apprêtant des mets à base de riz et de légumineuses, en furetant à gauche et à droite pour saisir les aubaines, l'homme tente de tirer le meilleur de sa mince pitance. Mais en vain. Sans grand étonnement, la plus fine des débrouillardises ne peut pas renverser l'inéluctable: le montant octroyé ne suffit carrément pas à assurer le minimum vital.
Comble du malheur, on pénalise donc celui qui accepte, faute de mieux, la main qu'on lui tend. Les directives officielles ont beau permettre la charité, dans la pratique, des dons d'argent et de nourriture sont bêtement étiquetés d'«avantages comptabilisables». S'ils surviennent régulièrement, l'épicerie gracieusement offerte par un parent, l'invitation spontanée à souper d'un voisin et les petits plats de maman seraient donc condamnables plutôt qu'honorables?
On peut encore ajouter une couche d'absurdité à ce portrait chimérique: en effet, à côté de la solidarité interdite, faire la queue aux soupes populaires ou puiser aux banques alimentaires pour s'offrir de quoi manger passe sous la catégorie d'«aide ponctuelle», admissible aux yeux du ministère. «Impossible d'avoir une solidarité sociale dans la dignité», se sont insurgés les groupes de soutien aux assistés sociaux.
Charité bien ordonnée commence par soi-même, claironne le dicton... Bien tristement, cette maxime opère à merveille dans la cour des intendants, dont l'intérêt bureaucratique supplante l'appétit des autres.
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