Mieux-être - Souffrir pour être belle?
21 avril 2007
Actualités en société
On les appelle des produits de beauté, ils ont cette aura de mieux. On sera plus belles, on aura de plus beaux cheveux, on sentira bon... et ces messieurs les utilisent de plus en plus. Des chroniqueurs bien en vue demandent au coiffeur un petit rince pour camoufler le gris, des hommes d'affaires voient leur esthéticienne pour des soins du visage... et qui s'en plaindrait? Les publicitaires ont inventé des étiquettes séduisantes en plaçant des modèles comme George Clooney ou Brad Pitt à la clef. Ça donne l'übersexuel (toujours parler de sexe pour intéresser ces amours), c'est le modèle belle barbe taillée, comme la porte notre Philippe Couillard national! Le métrosexuel, si vous vous souvenez, est cet homme inventé il y a une dizaine d'années qui, lui, a la main lourde quand on lui parle de produits de beauté. Il nous accompagne au spa, il s'épile la poitrine, gomine ses cheveux, bref, il est beau comme un coeur... et ça lui coûte aussi cher qu'à nous!
C'est bien dommage de vous le dire comme ça, mesdames et messieurs, mais les produits cosmétiques ont perdu leur air angélique. Les produits de beauté qui nous donnent un air de santé peuvent nous rendre malades. Je ne pense pas qu'une utilisation de temps en temps soit menaçante, mais ce que j'ai appris récemment inquiète pour l'usage à long terme, car c'est l'accumulation des toxiques qui constitue le danger.
Des groupes comme Campaign for Safe Cosmetics, Women's Voice for the Earth ou encore l'Environmental Working Group (EWG) aux États-Unis se sont beaucoup agités pour alerter l'opinion et interpeller l'industrie cosmétique. Sans oublier Greenpeace, dont la section française a produit en 2005 un document intitulé Cosmétox qui reste pertinent malgré les nouvelles qui pleuvent régulièrement et dont on ne reçoit pas beaucoup d'échos ici. Ces groupes réussissent à faire bouger l'industrie cosmétique, un fabricant à la fois. Lors d'une conférence à laquelle j'ai assisté en mars à McGill, une infirmière américaine, Jeanne Rizzo, directrice du Breast Cancer Fund, racontait qu'après bien des refus, la coalition Safe Cosmetics a réussi à rencontrer quelques-uns des gros joueurs en achetant une page de publicité dans le USA Today qui était livré à chaque chambre d'hôtel lors d'un congrès de l'industrie à New York. Une pub-choc, il va sans dire. Une rencontre fructueuse, a dit l'infirmière, qui a établi la crédibilité de cette coalition auprès de l'industrie.
L'industrie des produits cosmétiques est très riche — des chiffres hallucinants, comptés en milliards de dollars et d'euros — et très secrète, même si, depuis novembre dernier, la loi canadienne l'oblige à indiquer la liste des ingrédients sur ses produits. Si vous avez déjà essayé de les lire, vous avez compris qu'il faut retourner étudier la chimie pour comprendre ce qu'on lit! Devrait-on faire des études ou devrait-on faire confiance?
On ne peut pas faire confiance, car les gouvernements ont donné le fardeau de la preuve aux fabricants. L'industrie étant juge et partie, que choisit-elle systématiquement? Son intérêt, bien entendu, et l'intérêt ultime... c'est nous, c'est-à-dire notre argent! Plus nous en saurons, plus nous réagirons, ferons pression et exigerons. La concurrence viendra aussi des produits de beauté écologiques: un nouveau rouge à lèvres, le Plant Love (de Cargo), peut devenir une fleur après utilisation si on plante le tube vide en terre! Mais en attendant que les produits cosmétiques soient biodégradables et sécuritaires pour notre santé, allons-y avec de l'information en rafale.
Le plus choquant: on a trouvé des ingrédients potentiellement cancérigènes dans des dizaines de produits pour le bain des enfants (www.safecosmetics.org/newsroom). Le fautif a pour joli nom 1,4-dioxane, un dérivé du pétrole, et c'est l'EPA américaine (Environmental Protection Agency) qui considère que ce produit représente un risque pour la santé parce qu'il pénètre dans la peau. Si vous voulez lire là-dessus: David Steinman, Safe Trip to Eden, publié par Thunder's Mouth Press en janvier dernier. C'est ici qu'on se rend compte que la santé et l'environnement sont étroitement liés. En février dernier, l'Environmental Working Group a passé en revue 15 000 produits cosmétiques: 22 % sont contaminés par le 1,4-dioxane. Plus de la moitié des savons pour bébés en contiennent (ewg.org/issues/cosmetics/20070208b).
Le 29 mars dernier, OPI, un des plus gros fabricants de vernis à ongles, acceptait de retirer le toluène, un solvant, après avoir reconnu son potentiel cancérigène. L'an dernier, il avait retiré une forme de phtalate, un dérivé du plastique. Des recherches ont établi un lien entre ces deux ingrédients et des cancers et des anomalies congénitales. Si vous êtes enceinte en lisant cela, demandez-vous si vous avez vraiment besoin de vernis à ongles.
Les shampooings pour nos beaux cheveux? Quand ils contiennent des diéthanolamines, on devrait se méfier. Tout ce qui est diamine, d'ailleurs, en début ou en fin de mot, doit susciter notre méfiance, surtout quand on sait que cela fait partie des ingrédients bannis en Europe.
On se demande pourquoi, à l'heure de la mondialisation, les produits sont les mêmes partout alors que les lois qui les encadrent diffèrent. Les gens ont pourtant le même corps à soigner dans tous les pays... À moins que... ?
vallieca@hotmail.com
C'est bien dommage de vous le dire comme ça, mesdames et messieurs, mais les produits cosmétiques ont perdu leur air angélique. Les produits de beauté qui nous donnent un air de santé peuvent nous rendre malades. Je ne pense pas qu'une utilisation de temps en temps soit menaçante, mais ce que j'ai appris récemment inquiète pour l'usage à long terme, car c'est l'accumulation des toxiques qui constitue le danger.
Des groupes comme Campaign for Safe Cosmetics, Women's Voice for the Earth ou encore l'Environmental Working Group (EWG) aux États-Unis se sont beaucoup agités pour alerter l'opinion et interpeller l'industrie cosmétique. Sans oublier Greenpeace, dont la section française a produit en 2005 un document intitulé Cosmétox qui reste pertinent malgré les nouvelles qui pleuvent régulièrement et dont on ne reçoit pas beaucoup d'échos ici. Ces groupes réussissent à faire bouger l'industrie cosmétique, un fabricant à la fois. Lors d'une conférence à laquelle j'ai assisté en mars à McGill, une infirmière américaine, Jeanne Rizzo, directrice du Breast Cancer Fund, racontait qu'après bien des refus, la coalition Safe Cosmetics a réussi à rencontrer quelques-uns des gros joueurs en achetant une page de publicité dans le USA Today qui était livré à chaque chambre d'hôtel lors d'un congrès de l'industrie à New York. Une pub-choc, il va sans dire. Une rencontre fructueuse, a dit l'infirmière, qui a établi la crédibilité de cette coalition auprès de l'industrie.
L'industrie des produits cosmétiques est très riche — des chiffres hallucinants, comptés en milliards de dollars et d'euros — et très secrète, même si, depuis novembre dernier, la loi canadienne l'oblige à indiquer la liste des ingrédients sur ses produits. Si vous avez déjà essayé de les lire, vous avez compris qu'il faut retourner étudier la chimie pour comprendre ce qu'on lit! Devrait-on faire des études ou devrait-on faire confiance?
On ne peut pas faire confiance, car les gouvernements ont donné le fardeau de la preuve aux fabricants. L'industrie étant juge et partie, que choisit-elle systématiquement? Son intérêt, bien entendu, et l'intérêt ultime... c'est nous, c'est-à-dire notre argent! Plus nous en saurons, plus nous réagirons, ferons pression et exigerons. La concurrence viendra aussi des produits de beauté écologiques: un nouveau rouge à lèvres, le Plant Love (de Cargo), peut devenir une fleur après utilisation si on plante le tube vide en terre! Mais en attendant que les produits cosmétiques soient biodégradables et sécuritaires pour notre santé, allons-y avec de l'information en rafale.
Le plus choquant: on a trouvé des ingrédients potentiellement cancérigènes dans des dizaines de produits pour le bain des enfants (www.safecosmetics.org/newsroom). Le fautif a pour joli nom 1,4-dioxane, un dérivé du pétrole, et c'est l'EPA américaine (Environmental Protection Agency) qui considère que ce produit représente un risque pour la santé parce qu'il pénètre dans la peau. Si vous voulez lire là-dessus: David Steinman, Safe Trip to Eden, publié par Thunder's Mouth Press en janvier dernier. C'est ici qu'on se rend compte que la santé et l'environnement sont étroitement liés. En février dernier, l'Environmental Working Group a passé en revue 15 000 produits cosmétiques: 22 % sont contaminés par le 1,4-dioxane. Plus de la moitié des savons pour bébés en contiennent (ewg.org/issues/cosmetics/20070208b).
Le 29 mars dernier, OPI, un des plus gros fabricants de vernis à ongles, acceptait de retirer le toluène, un solvant, après avoir reconnu son potentiel cancérigène. L'an dernier, il avait retiré une forme de phtalate, un dérivé du plastique. Des recherches ont établi un lien entre ces deux ingrédients et des cancers et des anomalies congénitales. Si vous êtes enceinte en lisant cela, demandez-vous si vous avez vraiment besoin de vernis à ongles.
Les shampooings pour nos beaux cheveux? Quand ils contiennent des diéthanolamines, on devrait se méfier. Tout ce qui est diamine, d'ailleurs, en début ou en fin de mot, doit susciter notre méfiance, surtout quand on sait que cela fait partie des ingrédients bannis en Europe.
On se demande pourquoi, à l'heure de la mondialisation, les produits sont les mêmes partout alors que les lois qui les encadrent diffèrent. Les gens ont pourtant le même corps à soigner dans tous les pays... À moins que... ?
vallieca@hotmail.com
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