Sus à la liste d'épicerie
Oubliez les calculs de calories et la lecture attentive des listes d'ingrédients. Oubliez aussi l'autopsie des aliments pour traquer les gras trans, les gras saturés, le surplus de sel ou les fruits d'une agriculture aux pesticides.
Pour bien manger, la solution semble être bien plus simple: il suffirait en effet de ne pas faire de liste d'épicerie avant de se rendre dans un des nombreux temples de la bouffe et de la malbouffe!
Trois chercheurs, Yuval Rottenstreich (Université de New York), Sanjay Sood (Université de la Californie) et Lyle Brenner (Université de la Floride), sont à l'origine de cette étonnante découverte qui pourrait aider les inquiets du panier d'épicerie et autres peureux de l'assiette à se détendre un peu. Leurs travaux viennent d'être publiés dans la livraison de mars du Journal of Consumer Research.
Cette équipe de scientifiques a mené une série d'expériences sur le terrain qui mettaient en vedette des consommateurs placés devant des choix de consommation. Dans certains cas, ces choix étaient planifiés à l'aide d'une liste; dans d'autres cas, ils se faisaient directement sur place.
Résultat? En décidant dans le feu de l'action quoi choisir, les cobayes se sont davantage tournés vers des aliments meilleurs pour la santé: de la salade de fruits plutôt qu'un gâteau au chocolat ou au fromage, par exemple. Dans la même veine, en arrivant dans un commerce l'esprit libre pour butiner dans les rayons, ces mêmes consommateurs ont également opté pour des produits plus chers, peut-on lire dans cette étude.
Moins cher et moins bon
À l'inverse, lorsque les consommateurs avaient une liste d'épicerie à la main, les aliments à faible coût ont été favorisés par les personnes qui ont participé à cette expérimentation. Toutefois, comme on peut s'en douter, les produits mis dans le panier se caractérisaient aussi par un impact négatif sur la santé.
Pour les chercheurs Sood, Brenner et Rottenstreich, tout ça est question de mémoire et de stimuli, indiquent-ils dans leur rapport de recherche. Confronté à sa liste, le consommateur fait appel à sa mémoire en se rappelant, à l'aide de son bout de papier, le choix qu'il a fait dans sa cuisine. Sans liste, il est plutôt à la merci de la ribambelle d'aliments qui le stimulent au fil de sa progression dans les allées d'une épicerie.
Or «les choix fondés sur les stimuli tendent à favoriser les options dites santé» alors que «les consommateurs qui font des choix en se fiant à leur mémoire sont plus tentés par les solutions amusantes, hédonistes et coupables», écrivent-ils.
De là à sonner la mort de la liste d'épicerie, il n'y a qu'un pas... que la dizaine de pages de l'étude présentée dans le très sérieux Journal of Consumer Research ne permet toutefois pas de franchir.
C'est qu'en matière d'habitudes de consommation, les réponses simples, bien que distrayantes, n'existent finalement pas. Et un rapport de la firme privée Mintel, un géant de l'analyse de marché en Amérique du Nord, tend d'ailleurs à le prouver.
Intitulé Attitudes to Food - Weight and Diet (traduction libre: «Comportements alimentaires: poids et régime»), le pavé révèle en substance que dans une épicerie, les consommateurs adoptent des positions contradictoires avec, à la clef, un clivage entre ce qu'ils aimeraient manger pour être en santé et ce qu'ils mangent vraiment. L'accessibilité des aliments, leur prix, leur goût ainsi que des questions de temps cultivent bien sûr cet amusant paradoxe.
Confusion et boissons
À cela s'ajouterait aussi la confusion induite par certaines étiquettes et surtout par certains fabricants qui aiment bien tromper leur clientèle avec des emballages débordant d'allégations rassurantes. Il est question ici des boissons aux arômes de fruits pleines de sucre qu'on affirme «riches en vitamine C» ou ces plats surgelés à la mauvaise viande et au sel qui annoncent une «forte teneur en fibre». Cette liste, bien sûr, est loin d'être exhaustive.
Le rapport ne l'indique pas, mais le ventre vide — celui qu'il est préférable de remplir avant d'entrer dans un haut lieu de la bouffe en rayon — pourrait aussi être évoqué comme un des facteurs déterminants de la surconsommation alimentaire et des mauvais choix à l'épicerie.
Ces mauvais choix semblent par ailleurs s'estomper un peu dans le coin des liquides, indique le dernier rapport trimestriel de l'industrie américaine des boissons non alcoolisées.
Et pour cause: en 2007, ce secteur prévoit en effet une chute des ventes de boissons gazeuses en Amérique du Nord alors que les boissons à base de soya ou de riz ainsi que les laits aromatisés devraient connaître une belle année. Les bulles diète sont aussi les plus touchées par le repli des ventes dans un pays où les gros sont de plus en plus gros et, surtout, de plus en plus nombreux.
Au Canada, le déclin du liquide au sucre et aux bulles a déjà commencé. L'an dernier, les consommateurs en ont en effet ingurgité 95,2 litres par personne et par an, contre 104,2 litres en 1998, selon les plus récentes données de Statistique Canada.
Devant ce portrait, un conseil s'impose donc: pour ne pas trop déranger cette tendance, pas besoin d'inscrire le traditionnel format de deux litres de Coca-Cola sur une liste d'épicerie en fin de semaine. Ou mieux encore: inutile de faire une liste d'épicerie pour éviter de mettre dans son panier ces produits amusants pour les papilles mais pas forcement pour les artères.
conso@ledevoir.ca
Le Devoir
Pour bien manger, la solution semble être bien plus simple: il suffirait en effet de ne pas faire de liste d'épicerie avant de se rendre dans un des nombreux temples de la bouffe et de la malbouffe!
Trois chercheurs, Yuval Rottenstreich (Université de New York), Sanjay Sood (Université de la Californie) et Lyle Brenner (Université de la Floride), sont à l'origine de cette étonnante découverte qui pourrait aider les inquiets du panier d'épicerie et autres peureux de l'assiette à se détendre un peu. Leurs travaux viennent d'être publiés dans la livraison de mars du Journal of Consumer Research.
Cette équipe de scientifiques a mené une série d'expériences sur le terrain qui mettaient en vedette des consommateurs placés devant des choix de consommation. Dans certains cas, ces choix étaient planifiés à l'aide d'une liste; dans d'autres cas, ils se faisaient directement sur place.
Résultat? En décidant dans le feu de l'action quoi choisir, les cobayes se sont davantage tournés vers des aliments meilleurs pour la santé: de la salade de fruits plutôt qu'un gâteau au chocolat ou au fromage, par exemple. Dans la même veine, en arrivant dans un commerce l'esprit libre pour butiner dans les rayons, ces mêmes consommateurs ont également opté pour des produits plus chers, peut-on lire dans cette étude.
Moins cher et moins bon
À l'inverse, lorsque les consommateurs avaient une liste d'épicerie à la main, les aliments à faible coût ont été favorisés par les personnes qui ont participé à cette expérimentation. Toutefois, comme on peut s'en douter, les produits mis dans le panier se caractérisaient aussi par un impact négatif sur la santé.
Pour les chercheurs Sood, Brenner et Rottenstreich, tout ça est question de mémoire et de stimuli, indiquent-ils dans leur rapport de recherche. Confronté à sa liste, le consommateur fait appel à sa mémoire en se rappelant, à l'aide de son bout de papier, le choix qu'il a fait dans sa cuisine. Sans liste, il est plutôt à la merci de la ribambelle d'aliments qui le stimulent au fil de sa progression dans les allées d'une épicerie.
Or «les choix fondés sur les stimuli tendent à favoriser les options dites santé» alors que «les consommateurs qui font des choix en se fiant à leur mémoire sont plus tentés par les solutions amusantes, hédonistes et coupables», écrivent-ils.
De là à sonner la mort de la liste d'épicerie, il n'y a qu'un pas... que la dizaine de pages de l'étude présentée dans le très sérieux Journal of Consumer Research ne permet toutefois pas de franchir.
C'est qu'en matière d'habitudes de consommation, les réponses simples, bien que distrayantes, n'existent finalement pas. Et un rapport de la firme privée Mintel, un géant de l'analyse de marché en Amérique du Nord, tend d'ailleurs à le prouver.
Intitulé Attitudes to Food - Weight and Diet (traduction libre: «Comportements alimentaires: poids et régime»), le pavé révèle en substance que dans une épicerie, les consommateurs adoptent des positions contradictoires avec, à la clef, un clivage entre ce qu'ils aimeraient manger pour être en santé et ce qu'ils mangent vraiment. L'accessibilité des aliments, leur prix, leur goût ainsi que des questions de temps cultivent bien sûr cet amusant paradoxe.
Confusion et boissons
À cela s'ajouterait aussi la confusion induite par certaines étiquettes et surtout par certains fabricants qui aiment bien tromper leur clientèle avec des emballages débordant d'allégations rassurantes. Il est question ici des boissons aux arômes de fruits pleines de sucre qu'on affirme «riches en vitamine C» ou ces plats surgelés à la mauvaise viande et au sel qui annoncent une «forte teneur en fibre». Cette liste, bien sûr, est loin d'être exhaustive.
Le rapport ne l'indique pas, mais le ventre vide — celui qu'il est préférable de remplir avant d'entrer dans un haut lieu de la bouffe en rayon — pourrait aussi être évoqué comme un des facteurs déterminants de la surconsommation alimentaire et des mauvais choix à l'épicerie.
Ces mauvais choix semblent par ailleurs s'estomper un peu dans le coin des liquides, indique le dernier rapport trimestriel de l'industrie américaine des boissons non alcoolisées.
Et pour cause: en 2007, ce secteur prévoit en effet une chute des ventes de boissons gazeuses en Amérique du Nord alors que les boissons à base de soya ou de riz ainsi que les laits aromatisés devraient connaître une belle année. Les bulles diète sont aussi les plus touchées par le repli des ventes dans un pays où les gros sont de plus en plus gros et, surtout, de plus en plus nombreux.
Au Canada, le déclin du liquide au sucre et aux bulles a déjà commencé. L'an dernier, les consommateurs en ont en effet ingurgité 95,2 litres par personne et par an, contre 104,2 litres en 1998, selon les plus récentes données de Statistique Canada.
Devant ce portrait, un conseil s'impose donc: pour ne pas trop déranger cette tendance, pas besoin d'inscrire le traditionnel format de deux litres de Coca-Cola sur une liste d'épicerie en fin de semaine. Ou mieux encore: inutile de faire une liste d'épicerie pour éviter de mettre dans son panier ces produits amusants pour les papilles mais pas forcement pour les artères.
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