Mieux-être - La spirale
31 mars 2007
Actualités en société
On va faire ça jusqu'à quand, vous croyez, manger des oignons frits et prendre des médicaments pour les digérer? Collectivement, je veux dire? Payer des tests de dépistage, payer des vaccins, payer des médicaments: jusqu'à quand, selon vous? Doit-on baisser les bras et se dire que la société de consommation a gagné, et basta?
On encourage les emplois: si c'est pour fabriquer des médicaments, consommons! Toute une industrie pourra employer des gens très qualifiés pour faire des vaccins, on inventera tous les vaccins imaginables, on en fera la mise en marché avec des reporters. L'industrie roule, et la consommation, c'est le progrès social. On se fera vacciner, on ira se faire dépister, on prendra des médicaments et il y aura toujours une tonne de bonnes raisons, tout sera très clair, bien justifié, sans l'ombre d'un doute scientifique.
C'est une spirale dans laquelle nous sommes bien engagés, depuis assez longtemps, pour oublier que nous creusons, creusons... D'abord notre tombe, mais ça, que voulez-vous, d'une manière ou d'une autre... On creuse aussi dans les poches de tout le monde. Les protestations ne remettent pas en question le geste de creuser, seulement la gourmandise des preneurs... élus démocratiquement, comme on vient de le faire sans jamais remettre en question le cadre de la consommation de la santé, faute d'un meilleur mot.
Au bout de tout cela, on aura médicalisé toute la vie. Toutes les fonctions du corps auront leur pendant pharmaceutique. On aura le sentiment rassurant selon lequel on contrôlera de mieux en mieux toutes les menaces potentielles, en amont et en aval!
Soyons clair: il ne s'agit pas de santé, il s'agit de consommation dans un cadre de maladie, la maladie qu'on pourrait avoir, la maladie qu'on a sans le savoir, la maladie qu'on soigne à ses tout débuts, la maladie qui devient chronique... le gros lot!
C'est l'assurance consommation idéale, pendant qu'on nous nourrit d'espoir pour l'avenir, quand on aura le remède, mais attention, ça demande beaucoup d'argent. Il y a aussi toute une industrie qui publie ses recherches et travaille en laboratoire, des gens très qualifiés dont il faut protéger les emplois.
Ajoutons à cette culture de consommation la culture des célébrités, qui est son appendice — pas parce que ce sont des gens exemplaires mais bien parce qu'ils font gagner de l'argent rapidement à ceux qui s'en servent —, ces célébrités dont la tâche est ambiguë. C'est difficile de vendre du rêve et de la maladie en même temps, mais on y arrive, on y arrive... Je ne sais pas si vous avez vu le dernier numéro du Vogue américain, qui parle d'accepter nos formes en utilisant... Scarlett Johansson? C'est une réponse-célébrité à une maladie, l'anorexie, qui rappelle la critique qu'on fait dans ces milieux des mannequins trop maigres et de la controverse soulevée depuis que Barcelone a éjecté de la passerelle les squelettes ambulants.
Tordu? Pas plus que les pubs du gouvernement dans lesquelles on voit un corps dire merci de prendre ses médicaments, de les noter, d'en parler au pharmacien... Connaissez-vous personnellement quelqu'un qui n'a jamais pris de médicaments? C'est impossible, on commence à contrôler le corps dès le berceau. Pas à le respecter, pas à le comprendre, pas à l'écouter: on apprend à notre enfant à le faire taire sans qu'il en ait conscience et on ne se pose pas de questions, nous, les parents.
Soulageons notre angoisse par une pilule, ça presse. Ça vient, ça vient, répondent les industries et leur complice, le nouveau gouvernement. (Doux Jésus, suis-je en train d'écrire un brûlot du PCCML?)
Y a-t-il des gens ici qui me lisent et qui se disent: qu'est-ce qui lui prend? On se soigne, on prévient, c'est quoi le problème?
Voilà, bien entendu, c'est à une révolution que je pense et, savez-vous, ce nécessaire changement de perspective à 180 degrés est déjà commencé. Il est officiellement muselé, certes, mais cela ne l'empêche pas de se répandre comme un feu qui couve. L'autre jour à la Tohu, un millier de personnes ont médité en silence avec Mathieu Ricard pendant cinq minutes. Mille adultes assis sans bouger, sans parler. C'était étonnant, je vous assure.
C'est peut-être comme ça que les changements profonds se font, et c'est aussi bien, car aussi loin que je regarde, je ne vois ni idées ni courage politique pour faire une révolution de la santé. Vous imaginez, tout ce qu'il faudrait changer, toutes les libertés des entreprises qu'il faudrait discipliner, si on prenait comme point de vue la santé plutôt que la maladie qu'on appelle santé? Laissez votre imagination envahir toutes les sphères de la société qui seraient concernées...
Ne vous gênez pas pour partager vos idées avec moi, on en fera une autre chronique. De la santé-fiction! Bien plus vaste que la nationalisation d'Hydro-Québec. Si on commence le projet à la grossesse, ce ne sera pas avec un chèque! Ou pas seulement: on ne refusera jamais l'argent... parce que consommer, ce n'est pas fini!
***
- M. Montignac, Recettes et menus pour maigrir avec les index glycémiques, Flammarion.
- J. Roques, Guérir avec l'EMDR, Seuil.
vallieca@hotmail.com
On encourage les emplois: si c'est pour fabriquer des médicaments, consommons! Toute une industrie pourra employer des gens très qualifiés pour faire des vaccins, on inventera tous les vaccins imaginables, on en fera la mise en marché avec des reporters. L'industrie roule, et la consommation, c'est le progrès social. On se fera vacciner, on ira se faire dépister, on prendra des médicaments et il y aura toujours une tonne de bonnes raisons, tout sera très clair, bien justifié, sans l'ombre d'un doute scientifique.
C'est une spirale dans laquelle nous sommes bien engagés, depuis assez longtemps, pour oublier que nous creusons, creusons... D'abord notre tombe, mais ça, que voulez-vous, d'une manière ou d'une autre... On creuse aussi dans les poches de tout le monde. Les protestations ne remettent pas en question le geste de creuser, seulement la gourmandise des preneurs... élus démocratiquement, comme on vient de le faire sans jamais remettre en question le cadre de la consommation de la santé, faute d'un meilleur mot.
Au bout de tout cela, on aura médicalisé toute la vie. Toutes les fonctions du corps auront leur pendant pharmaceutique. On aura le sentiment rassurant selon lequel on contrôlera de mieux en mieux toutes les menaces potentielles, en amont et en aval!
Soyons clair: il ne s'agit pas de santé, il s'agit de consommation dans un cadre de maladie, la maladie qu'on pourrait avoir, la maladie qu'on a sans le savoir, la maladie qu'on soigne à ses tout débuts, la maladie qui devient chronique... le gros lot!
C'est l'assurance consommation idéale, pendant qu'on nous nourrit d'espoir pour l'avenir, quand on aura le remède, mais attention, ça demande beaucoup d'argent. Il y a aussi toute une industrie qui publie ses recherches et travaille en laboratoire, des gens très qualifiés dont il faut protéger les emplois.
Ajoutons à cette culture de consommation la culture des célébrités, qui est son appendice — pas parce que ce sont des gens exemplaires mais bien parce qu'ils font gagner de l'argent rapidement à ceux qui s'en servent —, ces célébrités dont la tâche est ambiguë. C'est difficile de vendre du rêve et de la maladie en même temps, mais on y arrive, on y arrive... Je ne sais pas si vous avez vu le dernier numéro du Vogue américain, qui parle d'accepter nos formes en utilisant... Scarlett Johansson? C'est une réponse-célébrité à une maladie, l'anorexie, qui rappelle la critique qu'on fait dans ces milieux des mannequins trop maigres et de la controverse soulevée depuis que Barcelone a éjecté de la passerelle les squelettes ambulants.
Tordu? Pas plus que les pubs du gouvernement dans lesquelles on voit un corps dire merci de prendre ses médicaments, de les noter, d'en parler au pharmacien... Connaissez-vous personnellement quelqu'un qui n'a jamais pris de médicaments? C'est impossible, on commence à contrôler le corps dès le berceau. Pas à le respecter, pas à le comprendre, pas à l'écouter: on apprend à notre enfant à le faire taire sans qu'il en ait conscience et on ne se pose pas de questions, nous, les parents.
Soulageons notre angoisse par une pilule, ça presse. Ça vient, ça vient, répondent les industries et leur complice, le nouveau gouvernement. (Doux Jésus, suis-je en train d'écrire un brûlot du PCCML?)
Y a-t-il des gens ici qui me lisent et qui se disent: qu'est-ce qui lui prend? On se soigne, on prévient, c'est quoi le problème?
Voilà, bien entendu, c'est à une révolution que je pense et, savez-vous, ce nécessaire changement de perspective à 180 degrés est déjà commencé. Il est officiellement muselé, certes, mais cela ne l'empêche pas de se répandre comme un feu qui couve. L'autre jour à la Tohu, un millier de personnes ont médité en silence avec Mathieu Ricard pendant cinq minutes. Mille adultes assis sans bouger, sans parler. C'était étonnant, je vous assure.
C'est peut-être comme ça que les changements profonds se font, et c'est aussi bien, car aussi loin que je regarde, je ne vois ni idées ni courage politique pour faire une révolution de la santé. Vous imaginez, tout ce qu'il faudrait changer, toutes les libertés des entreprises qu'il faudrait discipliner, si on prenait comme point de vue la santé plutôt que la maladie qu'on appelle santé? Laissez votre imagination envahir toutes les sphères de la société qui seraient concernées...
Ne vous gênez pas pour partager vos idées avec moi, on en fera une autre chronique. De la santé-fiction! Bien plus vaste que la nationalisation d'Hydro-Québec. Si on commence le projet à la grossesse, ce ne sera pas avec un chèque! Ou pas seulement: on ne refusera jamais l'argent... parce que consommer, ce n'est pas fini!
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- M. Montignac, Recettes et menus pour maigrir avec les index glycémiques, Flammarion.
- J. Roques, Guérir avec l'EMDR, Seuil.
vallieca@hotmail.com
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