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L'entrevue - L'illusion du libéralisme

«Je conviens que ce système est efficace, mais je refuse qu'il suffise pour favoriser le développement harmonieux de l'homme», dit Axel Kahn

Le généticien et philosophe Axel Kahn
Photo : Jacques Grenier
Le généticien et philosophe Axel Kahn
Homme de gauche, le généticien français Axel Kahn dénonce dans son dernier essai les dérives du libéralisme pur et dur, et souligne les méfaits qu'il engendre en ce tournant de siècle. Notamment, ce chamboulement des valeurs où tout est réduit à sa dimension marchande. Il affirme que l'homme, ce «roseau pensant» dont parle Blaise Pascal dans ses Pensées, doit intervenir pour prévenir les inégalités qui découlent du libéralisme débridé, car celles-ci risquent de conduire à de graves conflits.

Dans un entretien accordé au Devoir, Axel Kahn rappelle d'entrée de jeu que la pensée libérale définie par des auteurs comme Adam Smith repose sur la conviction que l'homme agit avant tout en fonction de ses intérêts. Et que «le libre cours des égoïsmes individuels est in fine garant du mieux-être collectif et du progrès». Selon cette logique, la meilleure garantie pour le consommateur de manger du bon pain par exemple n'est pas la bienveillance et l'altruisme des boulangers à l'égard des consommateurs, mais leur concurrence impitoyable, chacun d'entre eux tentant d'optimiser ses gains personnels.

Les pères du libéralisme préviennent que toute perturbation de ce mécanisme naturel du marché risque de nuire à l'efficacité du système et donc d'en amoindrir les bienfaits escomptés. «Laisser faire» est donc leur mot d'ordre. Ils ne manquent pas de souligner que la libre compétition, motrice du progrès économique, désigne inévitablement des vainqueurs et des vaincus, créant du coup des inégalités qui risquent d'entraîner des contestations susceptibles de devenir sources de désordres. Lesquels entraveront le «doux commerce».

C'est pourquoi Adam Smith et ses contemporains avaient prévu un libéralisme politique allant de pair avec le libéralisme économique, qui laissait le champ ouvert à la dénonciation des inégalités les plus choquantes afin de les maintenir à un niveau acceptable et ainsi éviter les révoltes populaires qui pourraient déstabiliser le système.

Cette dernière thèse a toutefois été battue en brèche dans les années 1960 sous l'impulsion de l'école économique de Chicago, qui fait de «la masse monétaire, imposée de manière exogène par des établissements bancaires autonomes, le régulateur de l'économie, et non son intermédiaire, soit l'outil privilégié du commerce, rappelle Axel Kahn. Produire pour s'enrichir devient un concept dépassé, le nouveau mot d'ordre étant de créer de la valeur, [...] à court terme si possible, et quels qu'en soient les moyens [...] pour satisfaire les actionnaires dont l'enthousiasme sera décuplé par la perspective de licenciements».

Une croyance ancrée dans la biologie

Pour les tenants de la doctrine libérale, «la poursuite de ses intérêts égoïstes constitue le déterminant principal des actions humaines». Les fondements du libéralisme seraient en fait inhérents à la nature humaine. Plus encore, ils seraient soumis aux mécanismes de la sélection naturelle darwinienne. Ainsi, les combats économiques et sociaux seraient comparables à la lutte pour la vie dans la nature sauvage. «Dans l'un comme dans l'autre cas, la victoire des plus aptes et l'élimination des inaptes sont censées constituer le moteur essentiel du progrès qu'il ne faut perturber à aucun prix», indique Axel Kahn. Pas question par conséquent de venir en aide aux entreprises menacées de disparition, ou de protéger par des dispositifs solidaires des segments de la population plus faibles, voués à la défaite. «Dans la logique commerciale, toute politique d'entraide est contreproductive.»

«La conviction que cette pensée libérale est fondée sur des processus naturels et l'ivresse engendrée par son efficacité et ses succès expliquent ses dérives messianiques, comme celles des néoconservateurs américains et de George Bush, pour lesquels le peuple américain a reçu la mission divine de convertir le monde entier aux prescriptions de la loi naturelle fondée sur la libre entreprise, la concurrence commerciale sans entraves et le respect scrupuleux des règles du marché.»

«Le libéralisme est une totale illusion, lance Axel Kahn. Il accroît le fonctionnement, voire l'efficacité de l'économie certes, mais si la société ne fixe pas d'objectifs, de mesures — sociales —, le pire arrivera certainement.»

«Il faut assigner à l'action humaine non seulement l'efficacité des moyens de développement — si c'est ce parti qui a été privilégié —, mais aussi leur mobilisation en faveur de tous, y compris des générations futures. Homo oeconomicus peut-être, mais aussi au service des autres, être moral se fixant des fins, délivré de l'illusion selon laquelle il peut s'en dispenser et se contenter de poursuivre son intérêt et de préoccuper seulement de son développement personnel, comme l'y incite l'air du temps», affirme-t-il pour dénoncer cette illusion selon laquelle toute politique d'entraide serait inutile.

Le socialisme ne doit toutefois pas s'exercer au détriment de la liberté humaine, prévient le scientifique-philosophe qui voit tout de même dans le libéralisme un moyen de redonner le pouvoir à l'humain.

Parmi les nombreuses objections qu'Axel Kahn formule à l'encontre d'Homo oeconomicus figure d'abord l'idée selon laquelle l'intérêt de l'humanité dans son ensemble, voire le bonheur de ses membres, impose la fuite en avant du «produire toujours plus».

«L'illusion selon laquelle les mécanismes autocorrecteurs de la société libérale et les effets du doux commerce seraient de nature à limiter l'accroissement des inégalités et à éviter des guerres et des conflits mérite d'être dénoncée», dit-il.

«Le progrès mû par l'égoïsme sacré, vanté par les pères de la pensée libérale, ne porte guère au souci des générations futures», poursuit-il. L'accroissement continu de la production s'est réalisé sans aucun souci de la préservation de l'environnement. Avec pour conséquences la destruction des espèces sur terre et en mer, la déforestation, l'effet de serre et les changements climatiques qui en découlent, l'accumulation de déchets toxiques d'origine chimique engendrés par l'activité industrielle et agricole.

La mondialisation des échanges commerciaux, qui était inévitable dans la logique économique libérale, favorise le développement de tensions, des violences sociales et du terrorisme, souligne Axel Kahn. Car «la pression est considérable dans tous les pays pour imposer aux travailleurs une augmentation de productivité sans progression salariale. Qui plus est, la délocalisation des activités de production vers des bassins d'emplois à faibles coûts salariaux et à protection sociale rudimentaire anéantissent toutes les revendications sociales. Il s'en suit une marée montante d'agressivité et de violence en réaction aux discriminations et aux inégalités engendrées».

Réduction des valeurs

La conception selon laquelle la poursuite par chacun de son intérêt économique constitue le seul moteur indiscutable de l'action humaine aboutit par ailleurs à une redoutable réduction des valeurs à leur dimension marchande, dénonce le Dr Kahn. La réduction des valeurs immatérielles d'ordre moral et esthétique à leurs dimensions économiques et techniques a conduit à des situations inacceptables pour ce généticien qui a été membre du Comité consultatif national d'éthique en France. «Les gènes sont des entités naturelles codant des propriétés biologiques des êtres vivants. Ils n'ont donc pas été inventés par les chercheurs qui en ont déterminé la composition. Pourtant, près d'un million de séquences génétiques d'origines diverses, humaines et non humaines, font l'objet de demandes de brevets, dont quelques milliers ont déjà été accordés. Et les biotechnologies modernes font espérer un marché qui pourrait atteindre les 400 à 500 milliards de dollars dans la décennie qui vient, précise-t-il. Dès lors, l'idée s'impose insidieusement qu'une telle stratégie, d'un intérêt économique tel qu'elle en acquiert une consistance de réalité, ne peut être franchement mauvaise...»

Et il en est de même pour tous les domaines — clonage humain, vente d'embryons testés — où une avancée scientifique et technique est valorisable et susceptible de déboucher sur un marché profitable, peu importe si le projet soulève des objections morales.

Dans le milieu culturel, les oeuvres d'art ne sont plus jugées à l'aune de leur valeur esthétique, mais sont réduites à leur cote sur le marché de l'art. Tel artiste sera porté aux nues par simple effet de mode.

Aussi, la dignité, une valeur qui n'a pas de prix, tend de plus en plus à adopter une dimension comptable. Il en résulte que «l'on traite de vieux cons les personnes âgées dont la capacité productive est nulle, qui coûtent et ne rapportent rien». Jadis, le grand âge était synonyme de sagesse, de lieu où était conservée la connaissance. Aujourd'hui, dans notre société dont «l'idéal est d'être beau, jeune, actif et productif, la vieillesse est une déchéance qu'il serait légitime d'éviter en reconnaissant à chacun le droit de mourir, en autorisant l'euthanasie librement consentie», fait remarquer le médecin.

«Le succès économique de la plus méprisable des entreprises, du projet le plus vulgaire, du personnage le plus grossier leur assure ipso facto une respectabilité qui, s'articulant avec leur richesse, en accroît le pouvoir et l'influence sur la société. Dans les milieux défavorisés, l'observation d'une déconnexion entre la réussite financière et l'école aboutit à une dévalorisation du savoir. Le phénomène a même des répercussions sur le choix des carrières par les jeunes plus favorisés. La réussite vantée et vécue se confond avec la position rémunératrice, alors que le prestige de la connaissance et de la science en elles-mêmes est en chute libre», écrit Axel Kahn.

En tout lieu et en toute chose, l'accumulation des richesses est devenue la finalité, alors qu'elle devait à l'origine n'être que le moyen, souligne M. Kahn.

L'imposition d'un modèle dominant a aussi pour effet d'uniformiser, de standardiser la culture. Or «l'histoire témoigne de la fécondité de l'hybridation culturelle, alors que l'homogénéisation nuit à la fécondité des échanges, puisque c'est de la confrontation que naît l'idée». L'évolution vers un schéma standard de pensée, vers une culture unique, favorise par ailleurs le communautarisme au sein de certaines sociétés (on pense à l'islamisme), fait remarquer l'auteur. Celles-ci se referment alors sur elles-mêmes derrière des barrières étanches qui empêchent l'échange et ce dialogue enrichissant, qui a été le grand moteur du progrès des civilisations. Et, là encore, la richesse des cultures est réduite à l'état de marchandise, elle devient exotisme distrayant pour touristes en mal de dépaysement.

Dans son livre, L'Homme, ce roseau pensant publié chez Nil éditions, Axel Kahn s'applique à définir le «propre de l'homme», qui malgré sa grande proximité sur le plan génétique avec le chimpanzé, voire la souris, se distingue par «la responsabilité de s'imposer un devoir et de s'y conformer». Aux yeux du scientifique, cette notion de responsabilité est centrale, car «elle constitue le moyen de refonder un humanisme non essentialiste [non réduit au déterminisme] dans une perspective agnostique».

«Les relations économiques ont joué, jouent et joueront un rôle essentiel dans la structuration, le fonctionnement et l'évolution des sociétés humaines, admet Axel Kahn. La poursuite par tout être de son intérêt est incontestable. En ce sens la mobilisation à cet effet des capacités marchandes de l'homme ne peut nous étonner. Il revient cependant aussi à chacun de faire des choix, de se fixer des buts qui ne pourront prétendre à une valeur universelle s'ils n'incluent pas le souci de l'autre.»
 
 
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  • Guy Lafond - Abonné
    19 mars 2007 02 h 27
    Nous avons le devoir...
    Le généticien francais Axel Khan crie haut et fort que nous avons le devoir de réagir maintenant pour les générations futures.

    Avec les communications de masse, nous avons désormais les moyens d'agir et d'orienter nos choix en fonction du mieux être de tous et non d'une minorité. Nous pouvons renverser le cours des évenements et arrêter la disparition de nos espèces et la dégradation de notre environnement.

    Le président Chirac disait il n'y pas si longtemps qu'il nous faut maintenant entrevoir une révolution profonde de nos façons de faire.

    À mon avis, on ne peut pas croître et se multiplier indéfiniment sur ce magnifique vaisseau spatiale qu'est notre planète Terre sans faire face à des conséquences graves.

    Le commerce est là pour rester. Soit. Donnons-lui simplement une mission et une image plus concordantes avec l'homme, ce roseau pensant.

    Je rêve d'une ère pas si lointaine où la priorité de tous et chacun sera de cultiver les magnifiques espèces végétales qu'il a dans son jardin.

    Et tout commence par une utopie. Ne baissons pas les bras.
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  • Françoise Labelle - Inscrite
    19 mars 2007 07 h 38
    C'est la solution qui nous intéresse.
    Les lecteurs du Devoir sont convaincus, M.Kahn et Mme Gravel. Ce qui nous intéresse, ce sont les solutions, les démonstrations simplistes et téléspectaculaires qui permettront aux bienheureux-les-simples-d'esprit de comprendre que le balancier est allé beaucoup trop loin à droite.
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  • André Couture - Abonné
    19 mars 2007 10 h 15
    Confusions intellectuelles et diabolisation
    L'entrevue avec Axel Kahn nous fait voir ce qu'il y a de pire chez certains intellectuels français.Confusions intellectuelles entre le libéralisme politique et le capitalisme, entre l'égalité et la justice, entre intérêts et valeurs,réalité et représentation.Et, en plus ,il a trouvé le grand coupable universel de tous les malheurs.Ce modèle à une seule variable explicative ne traduit pas la complexité de la réalité mais l'impuissance de l'illibéralisme à comprendre le monde.Raymond Boudon y voit l'un des problèmes majeurs qui empêche la France de s'adapter à la modernité (Pourquoi les intellectuels français n'aiment pas le libéralisme?)
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  • Pierre-Yves Pau - Inscrit
    19 mars 2007 10 h 32
    Sophismes keynesiens
    Le premier problème des Kahn et cie, c'est qu'il prennent argument du fait que la logique commerciale ne peut pas tout régenter, pour justifier l'instauration, la préservation ou même la préemption de logiques ANTI-commerciale; il s'agit évidemment d'un abus de méthode. Le deuxième problème, c'est qu'ils prennent comme prémisse qu'il faut juger une politique à ses intentions, et non à ses résultats, ce qui est évidemment absurde. C'est le slogan éco-dépot: si le keynesianisme marchait, on le saurait.
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  • Zach Gebello - Inscrit
    19 mars 2007 10 h 35
    Le libéralisme du PQ
    Il a parfaitement raison ce penseur.

    C'est en voulant chatouiller ce même fond néo-libéral qui a menné le PQ a centrer son discours indépendantiste sur le déséquillibre fiscal et autres considérations purement économiques.

    C'est devenu leur talon d'Achille. Harper s'apprête à tirer sa flêche.

    L'excellent "Devoir de Philo" de Marianne Di Croce, dans le Devoir de samedi, était bien à propos.

    P.S. Un incontournable, ce Devoir de Philo.
    J'espère qu'on lui réserve une longue vie. J'attend toujours impatiemment le suivant.
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  • Pierre François Gagnon - Inscrit
    19 mars 2007 11 h 35
    L'arnarcho-capitalisme de la mondialisation actuelle
    Un ami écrivain, avec qui je débattais de ce genre de question, m'écrivait encore cette semaine : « Agir en catimini et de manière anarchique. Pas de plan, pas de parti. C'est comme ça qu'internet s'est propagé. C'était uniquement fondé sur l'initiative individuelle. »

    C'est curieusement un anarchiste de l'extrême-gauche européenne. Je lui ai répondu : « Garde bien présent à l'esprit, cher ami, que l'individualisme anglo-saxon à tout crin, à l'origine d'Internet, a capoté dans l'arnarcho-capitalisme qui nous mène aujourd'hui tout droit à notre propre perte globale. »
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  • André Duchastel de Montrouge - Abonné
    19 mars 2007 11 h 57
    Il est grand temps de passer au Post-humanisme! par André du Chastel de Montrouge
    Que de grands mots pour répéter la même chose: "l'humanité est au centre de l'univers". Je suis très déçu de voir un autre scientifique discourir sur le bonheur de l'homme. Et un généticen en plus! Il devrait lire Dawkins...
    Il est grand temps de passer au Post-humanisme, où le centre de nos préocupations serait la Biosphère et non pas l'Humain. Avec 6 600 000 bêtes humaines sur la planète nous avons grandement dépassé la capacité portante (carrying capacity) de notre "maison". A preuve, l'extinction massive des espèces, sans précédent par sa vitesse, que nous causons autour de nous.
    Oublions le "bonheur" et recherchons, plutôt, notre co-évolution dans la complexité des espèces, essentielle à la survie d'un écosystème habitable par l'humanité sur Terre.
    Ceci n'est PAS compatible avec la promotion de l'humanité comme nous le concevons maintenant...
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  • ethan solal - Inscrit
    19 mars 2007 12 h 15
    Principe de responsabilité
    Oui, Khan a raison... Mais que ça ne vous empêche pas de (re)lire "le principe de responsabilité", de Hans Jonas.
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  • Normand Desjardins - Abonné
    19 mars 2007 12 h 22
    @ André Couture
    Stiglitz, Ziegler, Stern, Chomsky, et bien d'autres, ne sont pas français mais arrivent aux mêmes conclusions : Le libéralisme économique et politique mène à de dangereuses dérives. La notion de bien commun et du partage responsable des ressources ne peut se soustraire à la vie en société. La barbarie économique actuelle ne peut trouver justification à une époque de surabondance comme la nôtre. Pour un peu qu'on soit éclairé et lucide, ici, il n'est surtout pas question d'une exclusivité d'intellectuels français.
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  • Serge Beauchamp - Inscrit
    19 mars 2007 12 h 53
    L'arrogance et l'ignorance des intellectuels de gauches
    Vraiment, c'est incroyable que le propos de Kahn soit aussi gonflé d'ignorance et d'arrogance. Lorsqu'il affirme que:

    "Pour les tenants de la doctrine libérale, «la poursuite de ses intérêts égoïstes constitue le déterminant principal des actions humaines»."

    Ça montre à quel point il ne saisit pas les fondement de la praxeologie et de la science économique. Le comportement de l'être humain dans le marché libre (free market) na rien à voir avec l'égoïsme. Mère Térèsa agit selon ses intérets tout autant que n'importe quel autre consommateur. Aider les pauvre est seulement, pour elle, plus bénéfique pour elle qu'un autre choix économique.

    Le pire, c'est quant il dit que:

    "Le succès économique de la plus méprisable des entreprises, du projet le plus vulgaire, du personnage le plus grossier leur assure ipso facto une respectabilité qui, s'articulant avec leur richesse, en accroît le pouvoir et l'influence sur la société"

    Ah oui? Et qui est-ce qui juge de cette médiocrité? Mr Kahn sans doute possède cet ultime privilège. Manifestement, si une entreprise s'enrichit, c'est parce qu'elle offre des services que des gens considèrent comme valables.

    Le fait qu'il méprise ce que d'autre gens jugent valable montre à quel point il se croit au dessus du peuple, qui consome des biens "médiocres".

    Il voudrait sans doute que les gens écoutent des lectures de philosophie le samedi soir au lieu d'écouter les matchs de hockey.

    Je suis très content que le liberalisme économique puisse libérer le peuple de l'arrogance crasse d'intellectuels comme Kahn.

    Enfin, les États-Unis de George W. Bush ne s'intéressent que marginalement au liberalisme économique, ils poursuivent une politique de mercantilisme corporatif qui n'a rien à voir avec la libre enterprise.
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  • Martin Paquet - Abonné
    19 mars 2007 14 h 01
    Sophismes idéologiques - À M. Pierre-Yves Pau
    Vos arguments reposent sur deux arguments fallacieux et une extrapolation.

    1- En quoi la prémisse voulant que "la logique commerciale ne peut pas tout régenter", qui est un jugement de fait au sens wébérien, constituerait "évidemment un abus de méthode" lorsqu'il est employé "pour justifier l'instauration, la préservation ou même la préemption de logiques ANTI-commerciale"? D'une part, l'emploi d'une prémisse pour constituer un raisonnement n'est pas un abus de méthode: c'est au contraire un trait de méthode. D'autre part, vous en dégagez en conclusion ce que l'on appelle en rhétorique une "ignoratio elenchi" - une "conclusion excessive" - puisque vous discréditez sur la seule assise de votre opinion la position de votre adversaire. Votre premier argument est donc un argument fallacieux.

    2- Deuxième argument fallacieux, celui voulant que "Le deuxième problème, c'est qu'ils [Kahn et cie] prennent comme prémisse qu'il faut juger une politique à ses intentions, et non à ses résultats, ce qui est évidemment absurde". Vous dégagez en conclusion un jugement de valeur, qui est en soi un autre argument non sequitur, qui débouche encore sur une "ignoratio elenchi". Encore ici, il s'agit d'un argument fallacieux. De plus, comme l'indique Francis Fukuyama dans _D'où viennent les néo-conservateurs ?_ (Paris, Grasset, 2006), les néo-conservateurs américains comme Irving Kristol ou Richard Perle ont établi leur conception de la politique - contrairement à "l'école réaliste" d'un Henry Kissinger, sur les intentions primordiales - la liberté dans le monde, etc.. Selon ces derniers, ce sont sur les intentions que l'on doit juger les politiques, car elles déterminent les résultats. Est-ce "évidemment absurde"?

    3- Dernier point, celui de l'extrapolation: "C'est le slogan éco-dépot: si le keynesianisme marchait, on le saurait". Quel est le rapport entre la prémisse voulant que "la logique commerciale ne peut pas tout régenter" et la théorie économique keynésienne - peu importe ses mérites et ses faiblesses - ? La théorie économique keynésienne n'a jamais nié la logique commerciale: elle traite essentiellement de l'épargne, de la monnaie, de l'investissement et du pouvoir d'achat - comme l'indique son principal ouvrage, _The General Theory of Employment, Interest and Money_, paru en 1936. Votre extrapolation ne repose sur aucun rapport de causalité.

    Puisque vous employez des arguments fallacieux et une extrapolation pour condamner la postion d'un Axel Kahn, deux options se présentent pour comprendre votre opinion. Ces deux options ne s'excluent pas mutuellement

    1- Ou vous êtes tellement obnubilé par votre idéologie que vous ne pouvez pas admettre des arguments qui viendraient contredire ou nuancer des points de votre foi;

    2- Ou vous ne savez pas de quoi vous parlez - votre référence au keynésianisme en constituerait une preuve - mais vous faites semblant, en arguant de votre "autorité" - les autres sont "évidemment absurdes", mais "Je ne le suis jamais".

    Chose certaine, pour contribuer de manière constructive à une discussion, le recours aux sophismes idéologiques n'est pas très convaincant. Pis encore, c'est plutôt dommage.
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    19 mars 2007 14 h 52
    Le libéralisme à tous crins
    Qu'Axel Kahn aie raison ou tort, là n'est pas la question. Il a le droit de dire ce qu'il en pense et noua sa avons le droit d'en penser ce qu'on veut. Une économie qui n'a que le capital pour balise n'est pas nécessairement de bon augure quant à notre avenir, autant sur le plan économique que social.

    Que l'on soit pour ou c0ntre ce que dit Axel Kahn, ça n'empêchera pas les choses d'évoluer dans un sens ou dans l'autre. Le plus important serait d'avoir une certaine ouverture d'esprit face à cet inconnu qu'est l'avenir, que l'on soit dans un camp ou dans l'autre.
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  • Zach Gebello - Inscrit
    19 mars 2007 15 h 03
    @Serge Beauchamp
    "Ah oui? Et qui est-ce qui juge de cette médiocrité? Mr Kahn sans doute possède cet ultime privilège. Manifestement, si une entreprise s'enrichit, c'est parce qu'elle offre des services que des gens considèrent comme valables."(Serge Beauchamp)

    C'est la nature qui juge.
    La loi sur l'équivalence fait de l'enrichissement une illusion. Rien ne se gagne, rien ne se perd. L'univers est ce qu'il est. On ne fait que déplacer des choses.

    Une entreprise est médiocre si elle ne prend pas en compte cette loi. L'économie actuelle qui dépend du pétrole ne prend pas en compte les 500 millions d'années de travail qu'a nécessité sa production par la nature.
    Nous utilisons cette production gratuitement, sans "payer" la nature qui l'a produite.
    Faudra "payer", selon la loi de l'équivalence, d'une façon ou d'une autre.

    Le seul enrichissement est celui de l'esprit de l'homme. Celui-ci n'a aucune limite. Il est le seul qui n'est pas assujeti à la loi de l'équivalence. Il peut même faire plus avec moins.
    Pourtant, c'est celui qui est le moins exploité.
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  • Christian Tallon - Inscrit
    19 mars 2007 15 h 27
    Pourquoi on s'est battu en 39 - 45
    Contrairement à ce qu'on peut dire, les plus grands capitalistes (d'Etat) ont été Hitler à partir de 1943 et Staline) et les économies de guerre planifiées américaine et canadienne.

    Sur le plan matériel Hitler et Staline ont donné une maison, résorbé le chômage. Et pourtant il est évident que l'Homme n'est pas une fourmi ou une termite. Ni même un robot.

    Heureusement, on est revenu après une frayeur immense dans un monde différent de la termitière où il y a de la liberté mais aussi un peu d'inefficacité, d'originalité de liberté.

    Les pressions des actionnaires détenteurs de firmes qui exigent 10 % de rentabilité pour des entreprises don't ils se fichent reviennent à une économie de guerre dans si le dirigeant ne veut pas être viré, il doit "presser le citron" de plus en plus. Les plus faibles "craquent" les premiers, les autres sont licenciéset se retrouvent à la charge de la société (en théorie employés et entreprises). Mais dans une concurence fiscale entre Etats, il faut diminuer l'imposition des entreprises et le coût du travail et l'aide aux personnes rejetées par le système est de moins en moins possible et la rue est le seul exutoire possible. Le propriétaire lui joue le jeu du marché.

    Mais des gens dans la rue qui n'ont rien deviennent dangereuses et haineuses et nécessitent des dépenses accrues en police, gardiens, prisons, asiles, caméras etc ... et les gains de productivités sont finalement "mangés" par l'inhumanisation croissante du système économique darwinien. Un poste de gardien dans un supermarché est un faux poste de travail. Dans une société humaine, on ne vole pas. Une alarme de voiture n'est que de la fausse production. Il y eut un temps où personne n'imaginait penser fermer sa voiture à clef, voire sa maison.

    Si on rajoute à ça des millions de gens qui viennent tenter leur chance dans des pays encore un peu riches, il n'est pas difficile de voir comment ça va se terminer. 3 agressions à l'arme blanche hier à Paris dont une pour "un regard mauvais". Peut-être un simple regard mal décodé.

    Alors finalement, plus de flaneurs, plus d'amoureux, plus de peintres, plus de poètes au clair de Lune, plus personne sur les ponts de Paris et finalement plus de restaurants, plus de rentrée tard dans le métro etc .... Le centre du vieux Montréal après 21 heures où on presse le pas.

    C'est tout une civilisation qui fiche le camp quand chaque jour peut être le dernier (pas besoin de bombe atomique pour ça au niveau individuel) . Dans ce cas, plus d'épargne (à quoi bon épargner). Le système capitaliste semble en course de vitesse avec lui même pour subsister.
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  • Serge Beauchamp - Inscrit
    19 mars 2007 16 h 50
    @ Zach Gebello Les hommes n'aiment pas crever de faim
    Zach Gebello:
    "C'est la nature qui juge.
    La loi sur l'équivalence fait de l'enrichissement une illusion"

    Eh bien non. La nature ne juge rien. Les australopithèque ont disparu, ainsi que les dinosaures. Les homo sapiens sont apparus, ainsi que des milliers d'espèces animales et végétales. La nature ne juge rien.

    Ce sont les hommes qui jugent.

    Les biens et services économique n'existent pas dans la nature. Ils existent dans la tête des être humains.

    Zach Gebello:
    "Une entreprise est médiocre si elle ne prend pas en compte cette loi. L'économie actuelle qui dépend du pétrole ne prend pas en compte les 500 millions d'années de travail qu'a nécessité sa production par la nature."

    Désolé, mais ce n'est pas parce que ça a pris 500 millions d'années pour créer le pétrole que nous devrions nous en priver. Que cela réchauffe la planète, c'est une autre paire de manche. Que vous en faire du pétrole, l'exposer dans un musé?

    Selon vous, nous ne devrions pas utilisé les rayons du soleil puisque ça a pris des milliards d'années pour que le soleil se forme, et qu'a terme (dans quelques milliards d'années également), il s'éteindra. Le soleil n'est pas une source d'énergie renouvelable, il fusione petit à petit toute ses sources d'hydrogène jusqu'à ce qu'il soit épuisé.

    Voilà trois siècles, personne ne se préoccupait de la destruction de l'environnement. Les gens se préoccupaient des famines chroniques à chaque 15 ans, des millions de gens qui mourrait de faim à travers le monde.

    Ce serait très facile d'arrêter de faire l'exploitation du pétrole: votez une loi: interdiction d'utilisation du pétrole et de biens dérivés.

    Sauf que nous ne serions capable, selon certaine estimations, que de faire manger environ 1 milliars de personne sur terre.

    Qui donc s'offre volontaire pour la purge? Seulement 5 milliards de personne qui devrait mourir de faim.

    Les hommes sont toujours morts de faim à travers les siècles, voyez par vous même quelques exemples:

    1005: famine en Angleterre.
    1016: famine en Europe.
    1064-72: sept ans de famine en Egypte.
    1148-59: onze ans de famine en Inde.
    1235: Famine et peste en Angleterre ; 20,000 personnes meurent à Londres
    1586: famine en Angleterre.
    hiver 1709: famine en France, plus d'un million de personnes meurent
    1769-70: grande famine au Bengal; un tier de la population -10 million de personnes- meure.

    En moyenne, entre 1201 et 1600, il y avait sept famines et 10 années de famine par siècles en Angleterre.

    Depuis la révolution industrielle au 19ème siècle, la seule famine dans les pays industrialisé eu lieu en Irlande, où ils vivaient encore selon un modèle moyenâgeux avec une agriculture basé sur une seule plantation (la pomme de terre).

    Donc, les gens qui se plaignent que l'exploitation du pétrole et la révolution industrielle est une calamité pour la planète, et bien, je crois qu'ils sont hypocrites. L'immense majorité de la population humaine vivrait encore dans la misère sans elle.

    Enfin, le liberalisme économique est parfaitement compatible avec le développement durable.

    Le problème est (seulement) que nous ne pouvons par survivre par le développement durable pour le moment, et qu'il s'agit d'une nouveauté scientifique récente (i.e. que nos methodes de productions industrielles en générale ne peuvent pas soutenir un développement à long terme) que nous ne savons pas encore comment intégrer dans la législature.

    Les critiques gratuites contre le liberalisme économique de Mr Khan et autres sont injustes, et nuisent au progrès économique, scientifique et environmental.
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  • Jean-Francois Marcal - Inscrit
    19 mars 2007 18 h 11
    Libéralisme & Libéralisme
    Le texte d M. Khan me semble bien bizarre. D'un côté, il semble condamner autant le libéralisme politique qu'économique. De l'autre, il semble en faveur des libertés...libérales. Je crois, sans être expert en la matière, qu'il s'agit d'une mauvaise association entre libéralisme politique (un système de limitation des pouvoirs basé sur la valeur de l'autonomie réelle des individus), le libre-marché (système de production et de fixation des prix basé sur les échanges volontaires) et le capitalisme (principe d'accumulation légitime de la richesse sans contrainte). Les trois ne sont pas équivalents. On peut être pour le libre-marché (et donc contre une économie planifiée) et contre le capitalisme. J.S. Mill, célèbre libéral, a bien montré que les deux questions étaient différentes. Quel est le système produisant le plus de richesse collective et comment devrions-nous répartir cette richesse, sont deux questions distinctes.

    De plus, il est faux de croire que le libéralisme est ancré dans une conception caricaturale (et donc fausse) de l'hommo oeconomicus. Les individus sont motivés par des préférences et elles-ci peuvent être de toutes sortes: égoistes ou altruistes.
    Pour finir, M. Khan devrait relire Adam Smith. Dans La richesse des nations, il laisse une large part à l'État afin de fournir les biens publics (ce qui est nécessaire à tous peu importe leurs idéaux de vie) et ce sont finalement des libéraux comme Smith, Hume, Mill ou Rawls qui ont tenté avec le plus de vigueur de concillier l'égalité et la liberté des individus avec un souci de justice sociale quelque fois fortement égalitaire (Rawls).

    Mais il semble bien que les penseurs français prennent un malin plaisir dans la critique du libéralisme. C'est est devennu un industrie...
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  • Line Bastrash - Inscrite
    20 mars 2007 15 h 55
    Où sont les intellectuels québécois?
    S'il est vrai que les intellectuels français semblent faire actuellement leur fonds de commerce de la critique du néo-libéralisme et des dérives d'un capitalisme débridé, on ne peut en dire autant de nos intellectuels québécois.

    Où sont-ils? Nous en aurions pourtant bien besoin en cette campagne électorale pour sortir le discours de nos commentateurs politiques des ornières de la gestion de l'État à la petite semaine et l'élever au niveau de la critique du modèle néolibéral et de son bilan désastreux pour l'environnement ("Comment les riches détruisent la planète", Hervé Kempf) et sur la crise géopolitique mondiale.

    Pourrait-on imaginer au Québec un politicien dénoncer, à l'image de Michel Rocard, premier ministre de France de 1988 à 1991 et député européen, ce "capitalisme prédateur" qui est, selon lui, parvenu à un tel niveau d'immoralité qu'il n'est plus défendable? L'entendre fustiger "L'âpreté au gain de cette nouvelle couche de rapaces, actionnaires et dirigeants, [qui] pousse aujourd'hui les entreprises à la fraude, pour compte personnel ou pour compte d'autrui"? Et l'entendre réclamer "de plafonner fiscalement les hautes rémunérations, de limiter à l'extrême les OPA, et de mettre fin au racket des cabinets spécialisés sur les pouvoirs d'actionnaires"?*

    Pourtant, on pourrait difficilement taxer l'ancien premier ministre français d'illibéralisme, comme le laisse entendre M. André Couture à propos des critiques français du libéralisme.

    De tels comportements prédateurs sont évidemment encouragés par la multiplication des paradis fiscaux et des centres offshore. Et, comme de bien entendu, personne n'en parle dans cette campagne.

    *"Le capitalisme éthique, un principe fragile", par Michel Rocard, Le Monde, 9 janvier 2007. Ce texte est aussi accessible sur le site du MÉDAC:
    http://www.medac.qc.ca/index.php?option=com_conten
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