L'ampoule à incandescence sur le point de s'éteindre
C'est sans doute le début de la fin. Montrée du doigt par les ayatollahs de l'écologisme, dénigrée par les affolés du réchauffement climatique et surtout délaissée de plus en plus par des consommateurs en quête d'éthique et de bonne conscience, la vieille ampoule à incandescence, qui a fait la renommée d'un certain Thomas Edison et qui éclaire les chaumières depuis des lustres, serait aujourd'hui sur le point de s'éteindre. Pour faire place à ses homologues fluorescentes, moins énergivores.
Depuis quelques mois, un vaste mouvement visant à sonner le glas du filament est en train de s'emparer de la planète. Il n'épargne pas l'Amérique du Nord, alimenté non seulement par les discours alarmants sur l'état du monde mais aussi par la prise de conscience plus marquée des citoyens face aux petits gestes qui peuvent faire la différence environnementale. Prise de conscience sur laquelle le ministre de l'Environnement... australien a l'intention de surfer.
À la mi-février, l'homme — Malcolm Turnbull est son nom — a annoncé que l'Australie se préparait actuellement à devenir «le premier pays au monde» à bannir officiellement les ampoules à incandescence. La disparition programmée de ce produit pour 2015 vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) des Australiens de quatre millions de tonnes par an, à partir de cette date. L'invention d'Edison devrait alors être remplacée par des ampoules fluocompactes, comme on les appelle, offrant un éclairage certes plus vif mais aussi plus économique.
Turnbull n'est d'ailleurs pas le seul à imaginer un monde éclairé mais sans incandescence. En Californie, le député Lloyd Levine semble vouloir marcher dans ses traces. Et comment! Il vient de déposer un projet de loi visant à faire de l'État dirigé par Schwarzy un coin des États-Unis sans ampoules à filament d'ici 2012. Et ce, en rendant tout simplement illégal l'usage de ce type de bulbe lumineux. Franchement, il fallait y penser.
Gérer la décroissance
La mesure est bien sûr radicale. Mais elle risque de faire du chemin en Californie et même ailleurs, pour une raison bien simple: au-delà des législateurs, les fabricants d'ampoules eux-mêmes sont actuellement en train de penser à planifier la décroissance de ce type d'ampoules... au profit des versions nouvellement apparues sur le marché, moins énergivores.
L'enjeu est de taille. C'est qu'avec son filament, la bonne vieille ampoule est finalement une machine à gaspiller l'énergie puisqu'elle transforme 5 % de l'électricité en lumière et 95 % en... chaleur.
Les modèles fluocompacts produisent, eux, moins de chaleur (au sens propre et au sens figuré) mais permettent aussi d'économiser environ 75 % d'énergie selon les modèles. Ramenée à l'échelle des GES, une ampoule à incandescence de 75 watts va générer pendant sa vie active 500 kilos de plus de ces gaz polluants qui contribuent au réchauffement de planète qu'une 25 watts nouvelle génération tout aussi éclairante. Ce qui en fait un must pour ceux qui pensent que Kyoto n'est finalement qu'un objectif de réduction — ou le nom d'un chien!
C'est donc pour toutes ces bonnes raisons que la Fédération européenne des fabricants d'ampoules (ELC pour les intimes), qui regroupe des grands noms du globe de verre comme General Electric (GE), Sylvania ou Philips, a annoncé fin février qu'elle travaille sérieusement sur un plan qui vise à réduire la production des modèles avec filament, au profit du fluorescent, au cours des prochaines années. Aucune date d'échéance n'a toutefois été avancée pour le moment. La disparition totale des vieux modèles est par ailleurs exclue par les fabricants et General Electric planche en ce moment sur la création d'une ampoule à filament deux fois moins vorace que celle en vente à ce jour dans une quincaillerie près de chez nous.
Après l'Europe, la vague anti-incandescence pourrait aussi frapper plus généralement les industriels d'Amérique du Nord. C'est du moins ce qu'estime William Prindle, du Conseil américain pour les économies d'énergie. «Nous constatons la tendance, a-t-il expliqué récemment au Christian Science Monitor. Plusieurs chefs de file de l'industrie proposent un déplacement de la production des ampoules à incandescence vers les ampoules fluocompactes.» Et le transfert, s'il se produit rapidement, risque très certainement, selon lui, de faire fléchir les courbes de la pollution et, qui sait, les signes du réchauffement climatique. Et ce, un peu partout sur la planète.
La perspective a tout pour réjouir l'écolo radical qui sommeille en nous — si, bien sûr, il y en a un. Elle indique également aux autres consommateurs qu'il va leur falloir se faire à l'idée et s'habituer très vite aux éclairages secs, durs, et aux ambiances glaciales (pour ne pas dire glauques) qu'offrent pour le moment les ampoules économes. À moins que, dans le plan de gestion de la disparition des modèles d'ampoules à filament, la recherche d'un éclairage chaleureux et doux ait été inscrite au programme des fabricants.
***
En quête de lumière, certains se demandent depuis des années, c'est sûr, ce qu'est véritablement un «altermondain». Allez, avouez!
Eh bien, la réponse est simple: il s'agit d'une personne «dont le coeur, à la suite d'une mutation désintéressée, se trouve désormais sur la main gauche. Pour souligner ostensiblement cette particularité physique, les altermondains se serrent le plus souvent possible la main droite en public. Chaque hiver, les altermondains migrent vers Porto Alegre, la côte Ouest américaine ou le mont Orford. L'été, on les voit à Outremont.»
L'altermondain aurait-il des liens de parenté avec le «révolustationnaire»? Travaille-t-il dans les «relations pudiques»? Est-il parfois un «nain-vestisseur» déprimé par la «disneylandisation» du Québec, cette «petite contrée qui ne paye pas de mine et pourtant nous est chère, surtout quand on y paye des impôts»? Qui sait? Mais pour le savoir, c'est très certainement dans Le Petit Lexique du Fric Show (HMH) qu'il faut plonger.
«Dictionnaire calculé des mots d'argent et de leur valeur ajoutée», l'ouvrage écrit par Pascal Henrard s'inscrit dans la pure tradition loufoque de l'émission débridée sur la consommation — et ses travers — animée dans les dernières années par le nécessaire Marc Labrèche. Mais, bien sûr, il faut s'alléger de quelques dollars pour mettre la main dessus. Preuve que même dans la marge, on peut très bien dénoncer la surconsommation avec la main gauche et encaisser avec la main droite.
conso@ledevoir.ca
Depuis quelques mois, un vaste mouvement visant à sonner le glas du filament est en train de s'emparer de la planète. Il n'épargne pas l'Amérique du Nord, alimenté non seulement par les discours alarmants sur l'état du monde mais aussi par la prise de conscience plus marquée des citoyens face aux petits gestes qui peuvent faire la différence environnementale. Prise de conscience sur laquelle le ministre de l'Environnement... australien a l'intention de surfer.
À la mi-février, l'homme — Malcolm Turnbull est son nom — a annoncé que l'Australie se préparait actuellement à devenir «le premier pays au monde» à bannir officiellement les ampoules à incandescence. La disparition programmée de ce produit pour 2015 vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) des Australiens de quatre millions de tonnes par an, à partir de cette date. L'invention d'Edison devrait alors être remplacée par des ampoules fluocompactes, comme on les appelle, offrant un éclairage certes plus vif mais aussi plus économique.
Turnbull n'est d'ailleurs pas le seul à imaginer un monde éclairé mais sans incandescence. En Californie, le député Lloyd Levine semble vouloir marcher dans ses traces. Et comment! Il vient de déposer un projet de loi visant à faire de l'État dirigé par Schwarzy un coin des États-Unis sans ampoules à filament d'ici 2012. Et ce, en rendant tout simplement illégal l'usage de ce type de bulbe lumineux. Franchement, il fallait y penser.
Gérer la décroissance
La mesure est bien sûr radicale. Mais elle risque de faire du chemin en Californie et même ailleurs, pour une raison bien simple: au-delà des législateurs, les fabricants d'ampoules eux-mêmes sont actuellement en train de penser à planifier la décroissance de ce type d'ampoules... au profit des versions nouvellement apparues sur le marché, moins énergivores.
L'enjeu est de taille. C'est qu'avec son filament, la bonne vieille ampoule est finalement une machine à gaspiller l'énergie puisqu'elle transforme 5 % de l'électricité en lumière et 95 % en... chaleur.
Les modèles fluocompacts produisent, eux, moins de chaleur (au sens propre et au sens figuré) mais permettent aussi d'économiser environ 75 % d'énergie selon les modèles. Ramenée à l'échelle des GES, une ampoule à incandescence de 75 watts va générer pendant sa vie active 500 kilos de plus de ces gaz polluants qui contribuent au réchauffement de planète qu'une 25 watts nouvelle génération tout aussi éclairante. Ce qui en fait un must pour ceux qui pensent que Kyoto n'est finalement qu'un objectif de réduction — ou le nom d'un chien!
C'est donc pour toutes ces bonnes raisons que la Fédération européenne des fabricants d'ampoules (ELC pour les intimes), qui regroupe des grands noms du globe de verre comme General Electric (GE), Sylvania ou Philips, a annoncé fin février qu'elle travaille sérieusement sur un plan qui vise à réduire la production des modèles avec filament, au profit du fluorescent, au cours des prochaines années. Aucune date d'échéance n'a toutefois été avancée pour le moment. La disparition totale des vieux modèles est par ailleurs exclue par les fabricants et General Electric planche en ce moment sur la création d'une ampoule à filament deux fois moins vorace que celle en vente à ce jour dans une quincaillerie près de chez nous.
Après l'Europe, la vague anti-incandescence pourrait aussi frapper plus généralement les industriels d'Amérique du Nord. C'est du moins ce qu'estime William Prindle, du Conseil américain pour les économies d'énergie. «Nous constatons la tendance, a-t-il expliqué récemment au Christian Science Monitor. Plusieurs chefs de file de l'industrie proposent un déplacement de la production des ampoules à incandescence vers les ampoules fluocompactes.» Et le transfert, s'il se produit rapidement, risque très certainement, selon lui, de faire fléchir les courbes de la pollution et, qui sait, les signes du réchauffement climatique. Et ce, un peu partout sur la planète.
La perspective a tout pour réjouir l'écolo radical qui sommeille en nous — si, bien sûr, il y en a un. Elle indique également aux autres consommateurs qu'il va leur falloir se faire à l'idée et s'habituer très vite aux éclairages secs, durs, et aux ambiances glaciales (pour ne pas dire glauques) qu'offrent pour le moment les ampoules économes. À moins que, dans le plan de gestion de la disparition des modèles d'ampoules à filament, la recherche d'un éclairage chaleureux et doux ait été inscrite au programme des fabricants.
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En quête de lumière, certains se demandent depuis des années, c'est sûr, ce qu'est véritablement un «altermondain». Allez, avouez!
Eh bien, la réponse est simple: il s'agit d'une personne «dont le coeur, à la suite d'une mutation désintéressée, se trouve désormais sur la main gauche. Pour souligner ostensiblement cette particularité physique, les altermondains se serrent le plus souvent possible la main droite en public. Chaque hiver, les altermondains migrent vers Porto Alegre, la côte Ouest américaine ou le mont Orford. L'été, on les voit à Outremont.»
L'altermondain aurait-il des liens de parenté avec le «révolustationnaire»? Travaille-t-il dans les «relations pudiques»? Est-il parfois un «nain-vestisseur» déprimé par la «disneylandisation» du Québec, cette «petite contrée qui ne paye pas de mine et pourtant nous est chère, surtout quand on y paye des impôts»? Qui sait? Mais pour le savoir, c'est très certainement dans Le Petit Lexique du Fric Show (HMH) qu'il faut plonger.
«Dictionnaire calculé des mots d'argent et de leur valeur ajoutée», l'ouvrage écrit par Pascal Henrard s'inscrit dans la pure tradition loufoque de l'émission débridée sur la consommation — et ses travers — animée dans les dernières années par le nécessaire Marc Labrèche. Mais, bien sûr, il faut s'alléger de quelques dollars pour mettre la main dessus. Preuve que même dans la marge, on peut très bien dénoncer la surconsommation avec la main gauche et encaisser avec la main droite.
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