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Condition féminine Canada - La guerre, yes madam !

« Le gouvernement s'est livré à un exercice d'attaque en règle contre les femmes »

Les féministes du Canada sont en colère. Le gouvernement conservateur a entrepris une série de politiques qui risquent de réduire à néant des années de militantisme. Si la ministre de la Condition féminine affirme que la restructuration de son ministère vise une meilleure gestion des fonds publics, les groupes de femmes estiment plutôt qu'on tente de les faire taire.

«Désolant.» «Décourageant.» «Démobilisant.» Les groupes de femmes ne mâchent pas leurs mots quand vient le temps de discuter des politiques restrictives annoncées par le gouvernement conservateur l'automne dernier. Plusieurs vont même jusqu'à affirmer que la restructuration en profondeur de Condition féminine Canada (CFC), tant dans son financement que dans ses orientations politiques, fera reculer de 20 ans la cause des femmes.

De Vancouver à Moncton, des centaines de femmes ont manifesté depuis septembre contre les compressions de cinq millions de dollars sur deux ans dans le fonds de fonctionnement de CFC, qui entraîneront la fermeture de 12 des 16 bureaux régionaux dès le 1er avril. Un peu moins de la moitié des 131 emplois sera supprimée.

Les groupes de femmes ont aussi décrié sur toutes les tribunes les changements apportés au Programme de promotion de la femme, qui n'aura plus pour mandat de promouvoir l'égalité de la femme, mais plutôt sa «participation à la vie sociale, économique et culturelle» dans sa collectivité. Par conséquent, les organismes qui effectuent de la recherche ou travaillent à la défense des droits des femmes auprès des différents ordres de gouvernement ne seront plus financés.

Mesures rétrogrades

La liste des récriminations des féministes est longue. Elles n'ont pas digéré le remplacement du nouveau programme pancanadien de financement des services de garde par une allocation mensuelle taxable de 100 $ par enfant de moins de six ans, pas plus que l'abandon du projet de loi sur l'équité salariale. Elles reprochent enfin au gouvernement fédéral de les avoir privées d'un outil essentiel à leur travail, le Programme de contestation judiciaire, qui leur donnait l'appui financier nécessaire pour contester les lois et les politiques discriminatoires.

«Le gouvernement s'est livré à un exercice d'attaque en règle contre les femmes. Ces politiques sont en rupture avec l'histoire. Depuis l'adoption de la Charte des droits et libertés, personne, pas même les plus vieux conservateurs, n'avait osé aller si loin», résume d'une voix lasse Andrée Côté, directrice des affaires juridiques à l'Association nationale femmes et droit (ANFD). Comme plusieurs autres, cet organisme qui défend les droits des femmes ne sera plus financé à partir de septembre 2007.

Une Oda peu convaincante

La ministre du Patrimoine canadien et de la Condition féminine, Bev Oda, s'est défendue à maintes reprises de vouloir nuire à la condition de la femme. Selon elle, l'égalité entre les hommes et les femmes est atteinte puisqu'elle est enchâssée dans la Charte des droits et libertés. Elle estime ainsi qu'il n'est plus nécessaire de financer les organismes qui en font la promotion. «Je ne crois pas que les contribuables devraient payer pour du "lobbying"», affirme-t-elle en entrevue au Devoir.

La ministre croit plutôt que les fonds publics doivent être gérés de manière plus efficace pour appuyer des actions concrètes favorisant la participation directe des femmes. Elle donne en exemple la subvention que le gouvernement a octroyée à la Prince George New Hope Society, au début du mois de février. Les quelque 49 000 $ accordés permettront à cette organisation d'aider les travailleuses du sexe, en particulier les jeunes autochtones, à quitter la rue.

Le discours de la ministre Oda rallie toutefois peu de personnes. «Les critères d'accessibilité au financement sont modifiés de telle sorte que nous ne pouvons plus, par exemple, analyser les causes systémiques de la pauvreté, mais nous pouvons servir de la soupe au coin de la rue», constate Rosella Melanson, directrice générale du Conseil consultatif sur la condition de la femme du Nouveau-Brunswick.

« L'individu est devenu une entreprise »

La directrice de la programmation de l'Alliance canadienne féministe pour l'action internationale, Nancy Peckford, croit pour sa part que Bev Oda a une vision «simpliste» de la condition féminine. «Elle n'a même pas pris le temps de rencontrer les groupes de femmes. Elle applique la même recette à tout le monde. Par exemple, elle veut aider les artistes, mais pas les groupes d'artistes.» Cela laisse dire à la députée bloquiste Johanne Deschamps que, aux yeux des conservateurs, «l'individu est devenu une entreprise».

La levée de boucliers semble générale. Inquiètes, les ministres provinciales de la Condition féminine ont décidé de s'unir contre le fédéral afin que la ministre Oda revienne sur ses décisions. Entre-temps, la tension monte à Ottawa. Au Comité permanent de la condition féminine, les couteaux volent bas entre les députés conservateurs et ceux des partis de l'opposition. Le Comité doit d'ailleurs déposer sous peu une étude sur les impacts des changements effectués à CFC. «Parmi les nombreux groupes de femmes qui sont venus témoigner, environ 97 % sont en défaveur des nouvelles mesures, raconte la députée bloquiste Nicole Demers. C'est un véritable cri d'alarme, surtout chez les autochtones, qui sont trop souvent laissées pour compte.»

Un Real Women of Canada antiféministe

Quelques organisations se montrent cependant plus que satisfaites des nouvelles orientations de CFC. Real Women of Canada (RWC) en fait partie. L'organisation, qui se dit contre l'avortement et le mariage gai, est à l'origine d'une intense campagne visant à abolir Condition féminine Canada qui a eu lieu au cours de l'été dernier. Depuis longtemps, l'élimination de ce ministère constitue l'un des chevaux de bataille de RWC, qui le considère comme un véritable «nid de féministes».

Aux dires de sa directrice exécutive, Gwendolyn Landolt, CFC ne finançait que les féministes et ignorait les groupes comme le sien — bien que RCW ait reçu à deux reprises des subventions fédérales. «CFC est devenu un outil de propagande pour les féministes radicales, déclare-t-elle. Elles affirment représenter toutes les femmes, alors que ce n'est pas vrai. C'est une insulte à l'intelligence des femmes que de dire qu'elles sont toutes supposées penser de la même manière. Pire, les féministes sont hypocrites. Elles disent ne pas avoir besoin des hommes, alors qu'elles quémandent au gouvernement comme si c'était leur "sugar daddy".»

Gwendolyn Landolt croit fermement que le mouvement féministe fait des femmes des éternelles victimes. Elle prône au contraire que la plupart d'entre elles savent se tenir debout et sont capables de faire leurs propres choix. «Quelques femmes ont par contre besoin d'aide, comme les personnes âgées, les autochtones et les immigrantes», dit-elle.

Une lutte politique

Outrée par ces propos, la députée libérale Maria Minna ne ménage pas sa réplique: «S'il y a une hypocrite dans la salle, c'est bien elle. C'est facile de parler comme ça quand on bénéficie d'une situation privilégiée. Beaucoup de femmes sont toujours incapables de participer pleinement à la vie politique, sociale et économique. Si le gouvernement refuse de financer la recherche pour défendre les droits de ses citoyens, je me demande bien dans quelle société nous vivons.»

La députée bloquiste Johanne Deschamps soupçonne pour sa part que le gouvernement de Stephen Harper a cédé à l'influence de RWC. «Un vent de droite souffle sur Ottawa, observe-t-elle. On l'a constaté avec la question du mariage gai et les différents projets de réformes judiciaires. Les conservateurs veulent s'assurer que les femmes ne pourront plus se défendre. Ils ont une idée très précise du rôle de la femme...» «Qu'elle reste à la maison et qu'elle s'occupe des enfants», conclut amèrement la directrice des affaires juridiques de l'ANFD, Andrée Côté.

À ceux qui la traitent d'antiféministe, la ministre Oda répond que le fait de se crier des noms par la tête ne mène nulle part. Quand on lui demande si le travail des féministes est toujours pertinent, elle se défile. «Ça dépend de ce que vous entendez par féministe... Je sais par contre que défendre des droits à partir d'une certaine idéologie n'est pas efficace», dit-elle.

Mobilisation en vue des élections

Alors que certains observateurs évoquent la possibilité que le gouvernement soit défait sur son budget, qui sera déposé à la fin du mois de mars, les partis de l'opposition et les groupes de femmes fourbissent déjà leurs armes. Autant au provincial qu'au fédéral, de nouveaux groupes de pression se forment, comme la Coalition spéciale pour l'égalité des femmes et des droits de la personne, ou encore le groupe néo-écossais The Women Are Angry.

Selon Andrée Côté, les conservateurs souffriraient d'un «gender gap». L'électorat féminin serait moins sympathique au parti de Stephen Harper que les hommes. «Nous comptons bien creuser cet écart», lance l'avocate. Rosella Melanson remarque cependant que les actions entreprises viseront surtout les autres partis. «Nous avons perdu espoir d'obtenir du changement de Stephen Harper», avoue-t-elle, attristée.

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  • Démos Thène
    Inscrit
    samedi 3 mars 2007 10h14
    Ça promet...
    La remarque de Gwendolyn Landolt selon laquelle les féministes prennent l'État pour un « sugar daddy » est tout à fait juste. Elles n'ont fait que remplacer la « dépendance » à l'égard du mari par une autre. Cela recoupe les propos du livre L'Amère Patrie, de la féministe Diane Lamoureux, qui y voit malgré tout de nets avantages.
    En fait, le féminisme est l'avatar ultime du patriarcat qu'il prétend combattre. Les histoires entourant la prostitution ou le port du hijab illustrent bien les contradictions de cette idéologie : qui définit la liberté de la femme? L'individu ou l'église féministe, avec son clergé, ses dogmes, ses anathèmes? Est-on passé d'une dépendance soi-disant patriarcale une autre qui impose les critères de la libération?

  • Hermil LeBel
    Inscrit
    dimanche 4 mars 2007 09h52
    SOW
    L'intervention de la ministre Oda s'avère malheureusement trop timide par rapport aux sanctions à prendre. Elle reflète cependant la timidité de nos politiciens lorsqu'il s'agit de combattre le monstre du fémisexisme d'état. Condition Féminine Canada (CFC), mieux connu sous son acronyme anglophone Statuts Of Women (SOW), n'a jamais eu aucune raison d'être. Non seulement son budget devrait être totalement supprimé, mais les personnes qui sont responsables de cette vaste fraude devraient répondre d'accusations en matière criminelle pour leurs méfaits. Car il s'agit bien là de délits criminels consistant en du détournement de fonds à des fins de propagande et manipulation de l'opinion, tripotage de statistiques, financement d'activités illicites contrevenant aux dispositions de la charte en matière d'égalité et de droit. Souhaitons seulement que le gouvernement Harper ait le courage de mener à bien son projet de faire le ménage au sein de cette association de malfrats.

  • Étienne Goulet
    Inscrit
    dimanche 4 mars 2007 15h08
    Une réduction justifiée
    Selon la députée libérale, "Beaucoup de femmes sont toujours incapables de participer pleinement à la vie politique, sociale et économique".

    Beaucoup de gens ne participent pas pleinement à la vie politique, sociale et économique pour toutes sortes de raisons. Ce n'est pas un problème spécifiquement féminin.

    Il semble au contraire qu'il n'y ait plus tellement d'obstacles à la participation des femmes à la vie politique, sociale et économique, du moins pas beaucoup plus qu'il y en a pour les hommes. Il me semble donc justifié que les fonds destinés à faciliter cette participation soient réduits progressivement.

  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    mardi 6 mars 2007 20h08
    De l'argent jeté par les fenêtres
    Que l'émancipation des femmes ait fait des pas de géant au Canada depuis la cération du CSF, c'est une évidence. En fait, la seule catégorie de contribuable dont le revenu a progressé en dollars constants depuis 20 ans sont les femmes célibataires, témoignage d'un rattrappage éloquent. Les fonds publics sont limités et plusieurs organismes financés par le CSF sont devenu des officines de propagande utilisées non pas pour aider les femmes, mais plutôt pour progager des messages sexistes et d'un goût douteux. Il est faux de parler de "levée de bouclier", il s'agit simplement de l'agitation habituelle de groupuscules vivant aux frais de la société et qui ne veulent pas perdre leur privilège. J'espère que Mme Oda ne se laissera pas impressionner et maintiendra le cap, si ces groupuscules veulent continuer leurs campagnes de désinformation, qu'ils le fassent à leur frais. Égalité = responsabilité.

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