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L'après-fusion - Crise identitaire à Québec

La nouvelle ville, passe encore. Mais pas question d'acheter le logo qui vient avec!

Le principal sujet de discorde lié aux fusions municipales à Québec n'est pas l'harmonisation des conventions collectives ni la hauteur du fardeau fiscal des contribuables...

Les maisons d'hébergement de la capitale nationale manquent de lits, les itinérants sont de plus en plus nombreux dans les rues et le manque à gagner budgétaire de la Ville atteint cinq millions. Mais peu de tout ça importe. Le sujet qui anime tribunes téléphoniques et tavernes de Québec depuis le début du mois, c'est la création d'un nouveau logo pour la Ville.

Le 31 octobre dernier, à la demande du comité exécutif, la firme Parallèle communication dévoilait trois propositions de logo pour représenter la nouvelle municipalité fusionnée de Québec. D'outil permettant de renforcer le sentiment d'appartenance à la ville, ce sujet est vite devenu le sujet de la discorde, suscitant un mécontentement généralisé dans la population ainsi qu'à l'hôtel de ville.

Deux des trois dessins présentés sont très similaires à l'identité visuelle existante. Le bateau symbolisant l'histoire maritime de la ville et sa fondation par Samuel de Champlain a été repris par le concepteur, William Verge. Celui-ci a cependant décidé de le placer au-dessus du nom de la ville plutôt que devant, en plus de lui ajouter une légère inclinaison. La couleur bleue est toujours de mise et le mot Québec, écrit avec une police plus actuelle, gagne enfin sa majuscule. Le troisième logo, un peu plus différent, arbore un bateau encerclé, plus stylisé. Il est placé à gauche du nom de la ville et navigue sur des flots agités.

Pour ce travail et la création d'un guide sommaire de normes, Parallèle communication a empoché un chèque de 30 000 $. Il n'en fallait pas plus pour que la capitale s'enflamme et que les passions se déchaînent, surtout que le comité exécutif a précisé qu'il en coûtera de trois à cinq millions pour «installer» la nouvelle effigie sur tout ce que la Ville possède, de la papeterie aux camions en passant par les hôtels de ville des arrondissements.

Les mécontents se divisent en deux groupes. Il y a, d'une part, les citoyens, principalement des ex-banlieues, qui ne veulent tout simplement pas que la nouvelle ville assimile le symbole de l'ex-ville de Québec ou un vague succédané de celui-ci. L'opposition officielle, que dirige le président de l'arrondissement Beauport, Jacques Langlois, représente ce courant. Le jour de la présentation, ce dernier n'a d'ailleurs pas caché qu'il préférait le plus différent des trois logos... pour se rétracter par la suite et affirmer qu'il «badinait» et qu'aucun des logos ne fait son affaire.

Il y a, d'autre part, les citoyens, surtout concentrés dans l'ancienne ville de Québec, qui, voyant les logos présentés, protestent devant ce changement qui n'en est pas un et qui coûtera néanmoins cinq millions de dollars aux contribuables. Inutile de changer un logo par une copie actualisée, disent-ils. Et pour ce qui est du troisième logo, plus différent, ils considèrent, comme M. Langlois aujourd'hui, qu'il ressemble trop à celui qu'imprime Molson sur certaines de ses bouteilles de bière.

Bref, aucun des trois logos ne fait l'affaire. Devant cet inattendu tollé, qui s'est manifesté tant dans les lignes ouvertes que dans les courriers du lecteur et les pages éditoriales, le comité exécutif a joué la carte de la prudence. «Les membres ont décidé de recommander au conseil municipal d'adopter de façon définitive les symboles de l'ex-ville de Québec», raconte Alain Thériault, porte-parole de la Ville. Pas de chance, toutefois, puisque l'opposition est majoritaire à l'Hôtel de ville: la proposition a été défaite le 4 novembre dernier.

Le comité exécutif a donc été obligé de refaire ses devoirs en faisant appel, cette fois-ci, aux fonctionnaires. «La direction générale a demandé au Service des communications de produire une étude détaillée des coûts des deux solutions: étendre l'ancien logo à toute la ville ou créer un nouveau logo», a expliqué M. Thériault. Le rapport, qui sera remis aujourd'hui au cabinet du maire, Jean-Paul L'Allier, sera rendu public à la séance prochaine du conseil municipal, lundi. Une décision pourrait alors être prise. La préférence du maire pour le statu quo est de notoriété publique.

«Il est important de comprendre que quelle que soit la décision, un nouveau logo ou le statu quo, il va y avoir des coûts pour la Ville, a précisé M. Thériault. Il y a des milliers d'applications du logo, que l'on pense à la papeterie, aux anciens hôtels de ville, aux noms de rue dans certains arrondissements, etc.»

À la Ville de Montréal, on se croit à l'abri d'une telle réaction de la population. «L'idée est ici de créer une identité complètement nouvelle et non de diluer le logo existant, indique Philippe Roy, porte-parole du comité exécutif. Même qu'il y a un intérêt à ce que chaque arrondissement conserve son ancien logo.»

Selon les fonctionnaires municipaux, la Ville dépensera moins de

75 000 $ pour créer un nouveau logo alors que son «installation» ne coûtera pas un sou. On remplacera simplement les logos au fur et à mesure que le besoin se présentera, c'est-à-dire lorsque les camions devront être peinturés, lorsque la papeterie devra être changée, etc.
 
 
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