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Accommodements raisonnables - Taylor fait baisser les attentes

Il faut dédramatiser le cas du Québec, dit le philosophe

Le philosophe Charles Taylor, coprésident de la commission sur les accommodements raisonnables.
Photo : Jacques Nadeau
Le philosophe Charles Taylor, coprésident de la commission sur les accommodements raisonnables.
Québec — Charles Taylor ne prétend pas pouvoir faire pour les accommodements raisonnables ce que Bélanger-Campeau a réalisé dans l'après-Meech ou Laurendeau-Dunton dans le débat sur le bilinguisme, c'est-à-dire tenter de «clore le débat». «Je pense plutôt à une formule limitée qui permettra de terminer notre mandat dans le délai prévu d'une année et qui aura comme but non pas de clore le débat, non pas de définir LA solution, mais de susciter la discussion», a déclaré le philosophe à Chicago où nous l'avons joint. M. Taylor a été nommé le 8 février dernier président, avec l'historien Gérard Bouchard, de la «Commission de consultation sur les pratiques d'accommodements reliées aux différences culturelles».

Autrement dit, M. Taylor croit qu'il ne faut pas avoir des attentes trop élevées pour cette commission. C'est en réagissant aux commentaires des personnalités comme Françoise David, qui ont déploré l'absence d'une femme dans le duo de commissaires que M. Taylor a eu ce commentaire. Si l'on avait voulu une commission «représentative», il aurait faire une opération de l'envergure de Bélanger-Campeau, qui était composée de plusieurs «représentants».

Certes, la commission Bouchard-Taylor ne sera pas non plus une «commission Spicer» (autre commission de l'après-Meech qui avait fait le tour du Canada pour «faire discuter» des valeurs du Canada). Car, dans le mandat de la commission, il est indiqué, note M. Taylor, que les travaux doivent déboucher sur «des propositions de balises sur les accommodements raisonnables». Mais là n'est peut-être pas l'essentiel, soutient le philosophe. D'une part, les tribunaux ont déjà balisé la notion d'accommodement raisonnable. «Bon, il reste sans doute du travail à faire sur ce plan», note-t-il. D'autre part, «qu'est-ce qui fait que le bât blesse: qu'est-ce qui fait qu'il y a des divisions profondes? C'est qu'il y a différentes visions de la société québécoise, de ce qui constitue son identité, de la façon dont cette identité pourrait être en danger: c'est ça qui crée vraiment des problèmes et des malaises profonds. Et il faut trouver moyen d'ouvrir ce débat et d'échanger là-dessus.»

Il y a aussi peut-être urgence à dédramatiser. Quand on se compare, on se console! M. Taylor a fait de longs séjours en Europe dans les dernières années et rappelle que, en matière de gestion de la diversité, «il y a bien pire que la situation du Québec». Il suffit de constater le caractère empoisonné du débat en Allemagne et au Danemark, par exemple, pour en prendre conscience. «J'ai vu des débats de société beaucoup plus empoisonnés que ne l'est notre débat au Québec», dit-il, citant les exemples comme la «crise des caricatures» et les émeutes des banlieues en France. Mais il est urgent, justement pour éviter ce type de dérapages, d'avoir un vaste débat de société: «On peut glisser vers une situation à la danoise ou, au contraire, s'en éloigner. Et je me suis dit que, dans la mesure où nous avons la possibilité d'influer sur le résultat, il vaut la peine de s'y mettre.»

Hérouxville, l'énigme

Diplomate et un brin angélique, M. Taylor estime que tous ont des torts dans cette histoire, et que tous doivent tenter de faire un pas vers les autres. Il faut que chacun résiste à la tentation de «rester dans son petit coin en lançant des injures aux autres».

D'une part, il estime que la prise de position d'Hérouxville a quelque chose de douteux: «Le code de vie véhiculait des stéréotypes absolument affreux à propos de la situation musulmane. C'était insultant. Ce n'est pas comme ça qu'on entame une discussion», dit-il. D'autre part, la réaction a aussi eu quelque chose d'absurde. «L'accusation de racisme à l'égard des gens d'Hérouxville était excessive. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de racisme au Québec. Mais user de ce terme, c'est aussi une façon, dans le monde d'aujourd'hui, de rendre impossible une discussion, de délégitimer totalement l'adversaire.» De la même manière, il trouve excessive que l'on traite un politicien comme Mario Dumont de «Jean-Marie Le Pen» québécois: «C'est une erreur. Il faut savoir que Le Pen, c'est la torture en Algérie, c'est un antisémite qui s'est spécialisé dans les "petites phrases" pleines d'allusions perfides, c'est un homme qui veut renvoyer les immigrés chez eux...»

Ainsi, Charles Taylor, même s'il se dit «peu impressionné» par les réactions du type Hérouxville, croit qu'il faut faire l'effort de comprendre ce qu'elle sous-tend. «Nous avons le devoir de comprendre d'où ça vient et pas simplement de choisir la motivation la plus "disqualifiante", comme l'accusation de racisme», croit-il.

Pour lui, il s'agit d'une énigme. «Je ne prétends pas comprendre ce phénomène moi-même. Je suis très montréalais, j'ai toujours vécu à Montréal, toujours vécu dans la diversité au sein de ma famille.» Même les immigrants doivent participer à l'effort pour comprendre «quelle est la nature de la peur qui a provoqué un genre de résolution comme ça».

Justement, il a trouvé «absolument remarquable» la décision du Conseil islamique du Canada de laisser tomber l'idée de porter plainte contre Hérouxville devant la Commission des droits de la personne et d'y envoyer à la place, une délégation de femmes voilées. «Il y a un côté médiatique à tout cela, mais c'est malgré tout un geste qui évite que le débat ne s'enlise et qui permet qu'il devienne plus productif.»

Par ailleurs, pour Charles Taylor, des phénomènes profonds sont aussi à étudier pour mieux percevoir «les nouveaux défis de la diversité» dans nos sociétés. D'une part, les immigrants sont de plus en plus comparables à des membres d'une diaspora. Les possibilités de communication — ces soucoupes évoquées par Jacques Godbout — font que les immigrés peuvent comme jamais garder le contact avec leur pays d'origine. Mais le problème de la diversité, «c'est aussi celui des gens en place», ce que d'autres appelleraient les «de souche». Ces derniers, en réaction aux immigrants qui ont et conservent des identités fortes, sont amenés à se questionner sur eux, sur leur héritage. Cela peut mener à une volonté de redécouvrir les racines, «notre histoire». Et peut même glisser, souligne M. Taylor, à des tentatives de récupération assez saugrenues servant la mobilisation politique. Un cas extrême lui vient à l'esprit: «Souvenez-vous de Milosevic, athée, communiste, qui, soudain, redécouvrait la valeur des grandes Églises orthodoxes!»

Enfin, notons que les travaux de la commission commenceront début mars et impliqueront, dans l'année qui vient, des tournées régionales. M. Taylor fera jusqu'en avril la navette entre le Québec et l'Université de Chicago, où il donne des séminaires sur l'épistémologie, l'éthique et le développement de la sociologie moderne.
 
 
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  • Jean-Charles Blais
    Inscrit
    lundi 19 février 2007 01h09
    Tayler et les attentes
    enfin les deux lois fondamentales de la nature il faut voir venir la pluie et il faut semer pour récolter avant pas apres ni trop tard la paix ça se prepare si on ne cherche pas la querre on se dit la basse du respect

  • Andréa Richard
    Abonné
    lundi 19 février 2007 03h59
    Une demande
    Je demande que Madame Denise Bombardier, journaliste, fasse partie de l'équpe Taylor et Bouchard. Dans un pays où on reconnaît l'égalité homme et femme, il est important qu'une femme soit aussi nommée. J'aimerais qu'on fasse parvenir ma demande à Monsieur le Ministre Jean Charest.

    Andréa Richard, auteure et membre de l'UNEQ

  • Guy Lafond
    Abonné
    lundi 19 février 2007 04h04
    Paroles d'un sage
    Se référant au code de vie d'Hérouxville ou bien aux opinions de Jean-Marie Le Pen, Charles Taylor voit juste: il faut savoir peser nos mots et ne pas tomber dans les pièges du sensationnalisme ou du communautarisme identitaire.

    Que certains politiciens prennent exemple sur lui. Il nous sera alors tous plus facile de façonner le type de société que nous voulons léguer à nos enfants.

  • Driss Mbirkou
    Abonné
    lundi 19 février 2007 07h15
    Comprendre les inquiétudes de l'Autre
    Dédramatisons en premier. Restons sereins lorsqu'un groupe, une communauté exprime ses inquiétudes, son désarroi. Et, surtout gardons-nous de jeter l'anathème sur quiconque.

    Effectivement, le principe d'accommodement raisonnable et toute la jusrisprudence découlant de la Charte, des Chartes devrions-nous dire, protègent nos libertés. Il s'agit surtout de rappeler et de rendre compréhensibles à la plus grande partie possible de la population l'esprit de la loi (les Chartes) et sa conformité avec les valeurs québécoises et canadiennes. Protéger celles et ceux qui risquent de souffrir de discrimination.
    Toutefois, l'une des faiblesses des Chartes est qu'elles se cantonnent aux droits individuels. Quid des droits collectifs? Et, surtout, quid de la crainte de perte de repères collectifs, de la crainte d'être "submergés", d'être dépossédés au plans culturel, des valeurs. Le sentiment de menace identitaire peut être dévastateur.

    Sachons raison garder. Entendons les craintes d'Hérouxville ou d'ailleurs pour ce qu'elles sont, des craintes! Ne cédons ni à la surenchère populiste, ni aux réflexes de repli identitaire.
    Driss Mbirkou

  • Roland Berger
    Abonné
    lundi 19 février 2007 07h24
    Un retour au passé
    Les arguments de ceux et celles qui ne veulent pas déloger le crucifix qui « trône » à l'Assemblée nationale disent que le terrain est mûr pour un retour au passé, à ce passé où les Québécois et Québécoises étaient définis et se définissaient d'abord comme catholiques. En clair, les Québécois et Québécoises semblent prêts à opposer aux religions non chrétiennes qui s'affirment sur leur territoire une religion qu'ils ont mis 40 ans à encadrer, voire à ignorer. Obscurantisme contre obscurantisme ?

  • jacques noel
    Inscrit
    lundi 19 février 2007 08h10
    Dans le champ les gens d'Hérouxville
    Les grands Montréalais, comme Charles Taylor, n'en finissent plus de mépriser le code d'Hérouxville. On n'a pas de ça à Montréal l'excision! Après tout c'est interdit par le Code criminel.

    Dans La Presse du 1 octobre 1994, Eric Clément nous apprenait que "plusieurs communautés canadiennes viennent de pays où l'on pratique l'excision, notamment l'Egypte (qui a promis de l'éradiquer prochainement), la Somalie (98 pour cent des femmes), l'Ethiopie (90 pour cent des femmes), mais aussi le Mali (75 pour cent)."

    "Le docteur Claude Fortin, de Châteauguay, a confirmé hier qu'entre 10 et 15 opérations de défibulation (réouverture de sexes fermés après une excision) ont été pratiquées à l'hôpital La Salle et que l'excision existe au Québec mais qu'elle n'est pas pratiquée par des médecins "ou bien cela se fait anonymement."

    En 2003 (Louise Leduc 6 décembre) La Presse soutenait qu'un médecin montréalais voyait " environ une femme excisée par mois, et j'en ai probablement désinfibulé entre 50 et 75 jusqu'ici, explique-t-il en marge du forum sur les mutilations génitales féminines. Il s'agit en majorité de Somaliennes, mais aussi ,très souvent, de Nigériennes ou Sénégalaises."

    Dans le champ à Hérouxville?????

  • Roger Rousseau
    Abonné
    lundi 19 février 2007 08h26
    accomodements raisonnables.
    Pour ma part il y aurait lieu que toute personne sur la rue ne porte aucun signe distinctif religieux sur sa personne, alors nous serions tous égaux.

  • Pierre Faubert
    Inscrit
    lundi 19 février 2007 09h40
    une sagesse enfin!
    Je suis très heureux de constater que nous reconnaissions enfin que c'est l'esprit ou la pensée (la mentalité) qui s'exprime dans nos comportement. Il est temps que nous soignions l'esprit de l'humain si nous voulons vivre dans un corps sain. Ne trouvez-vous pas que nos préoccupations écolo-planeto-bio-etcetero... cachent l'"essentiel qui est invisible aux yeux"?

  • Zach Gebello
    Inscrit
    lundi 19 février 2007 10h43
    Un peuple de Milosevics
    À mon avis, le titre de la commission est bien mal choisi. Nous ne sommes pas devant des problèmes d'accommodements reliés aux différences culturelles. Je ne vois rien de culturel dans les cas qui ont provoqué cette crise.

    Qu'une femme musulmane refuse de se faire soigner par un médecin de sexe masculin n'a rien de culturel. Dans la majorité des pays musulmans de telles demandes sont rejettées sur le champ. Certains pays musulmans n'ont même pas assez de femmes médecins (des taux d'analphabétisme de 50% chez les femmes) pour appliquer de telles règles. Ce n'est en rien une question d'identités fortes ou culturelles. Au Maroc on ne se préoccuppe pas de tels caprices.

    Il faut se demander sérieusement si ce sont des philosophes qu'il nous faut à la tête de cette commission. M. Taylor ne voit pas du tout les tentatives de récupérations de mobilisations politiques dans ces demandes d'accommodements purement manipulatrices, par des organisations aux visées politiques bien précises, dans un Québec ignorant non seulement de ces cultures mais surtout de sa propre culture, mais y va plutôt d'une mise en garde, dans l'éventualité qu'il nous viendrait le désir, oh combien malsain, de redécouvrir nos propre racines qu'elles nous trasformeraient à coup sûr en un peuple de Milosevics!

    Ce ne sont pas un groupe de femmes musulmanes qui se sont rendues à Hérouxville, mais le Conseil Islamique du Canada. Conseil qui fait pression pour permettre l'instauration de la charia (loi du code de la famille islamique). Et laissez moi vous dire qu'en fait de stéréotypes , le code d'Hérouxville fait amateur à côté de celui-là!
    Mais, pour notre philosophe, c'est une énigme!

    Parcontre, ce qui ne semble pas être une énigme pour M. Taylor, c'est la diversité culturelle. Il se dit très "montréalais" et vit dans la "diversité" au sein de sa famille. Est-ce que M. Taylor mange casher une semaine puis mange du porc une autre? Ou est-ce que M. Taylor est une diversité culturelle à lui tout seul au sein de sa famille? Ça prend combien de personne pour faire une culture? Est-ce que les hassidims d'Outremont vivent dans la diversité au sein de leurs familles? Sont'ils moins "montréalais" que M. Taylor? Et si oui, alors sont'ils moins Québécois? J'usqu'où cette communauté accepte la diversité culturelle en son sein? Et la communauté musulmane? Et les autres communautés culturelles du Québec?

    Et la nôtre? La "de souche" qu'on ne veut pas nommer tellement elle dérange. C'elle qui ne devrait pas être mennée à redécouvrir ses racines. Ou comme l'autre philosophe-sociologue de la commission, Gérard Bouchard, qui l'a si bien résumé: "Que ce peuple jette définitivement ses souches dans le feu de la Saint-Jean!".
    Cette communauté culturelle donc, dont on voit bien qu'elle n'est pas morte mais respire encore en régions, jusqu'où peut'elle accepter la diversité en son sein avant qu'elle ne se reconnaisse même plus, comme ce "montréalais philosophe", et disparraît définitivement dans le dernier feu de la Saint-Jean?

  • Lucien Brunet
    Abonné
    lundi 19 février 2007 11h10
    Paroles d'un sage inconnu
    On peut faire toutes les enquêtes que l'on voudra, il est dit que le chaos arrive avec le mélange des races, la montée de l'homosexualité et le dérèglement de la femme.

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    lundi 19 février 2007 12h02
    Les solitudes montréalaises
    Ça commence bien, monsieur Taylor dit que, comme montréalais, il est abitué à la diversité culturelle. Je suis de Québec et aime aussi rentrer en contact avec d'autres cultures. Encore faut-il que ces personnes d'autres cultures veulent bien apprécier la nôtre. Que fait-il de ces communautés qui refusent de s'intégrer à la nôtre et qui multiplient les signes visibles pour s'affirmer... différents? Il les ignore comme le font bien des montréalais ou il vit en banlieu? Hors Montréal point de contacts avec les autres cultures? Ça commence bien. Monsieur Bouchard devrait être plus ouvert aux communautés hors Montréal, j'espère. Quand à moi, j'aime toujours rencontrer, dans Louis-Hébert, des espagnols, des haïtiens, des africains, des libanais, des mexicains, des marocains...

  • Line Bastrash
    Inscrite
    lundi 19 février 2007 12h11
    Lecture obligée pour messieurs les commissaires: "La femme mystifiée"
    À défaut de nommer une femme à la coprésidence de la commission (outre Denise Bombardier ou Louise Vandelac, déjà citées par d'autres, je suggère à Lise Payette ou Ariane Émond), on devrait obliger messieurs Bouchard et Taylor à lire, ou relire, "La femme mystifiée" de Betty Friedan, pour qu'ils soient mieux en mesure de reconnaître, et de démonter, le discours de certains groupes religieux qui proposent leur propre conception de l'égalité des hommes et des femmes ("égale mais séparée") ou encore qui justifient la sujétion de la femme et le déni de sa sexualité par le "respect" qu'ils lui portent et l'exigence que leur fait leur religion de la protéger. (Refrain connu!)

    Ils pourraient y reconnaître les mécanismes du conditionnement social, politique ou religieux dont les femmes ont été victimes pendant des siècles, et dont elles ne se sont affranchies que très récemment pour parvenir à une plus grande égalité au sein de la société québécoise. Un combat encore inachevé et dont les acquis sont aujourd'hui remis en question par certaines femmes, par ailleurs éduquées, qui se revendiquent du "droit des femmes musulmanes" à porter le foulard, le voile ou la burka en affirmant qu'elles le font au nom de l'égalité, de la dignité et du respect de la femme! « Le hidjab, c'est mon droit », ce n'est rien d'autre que le droit à la soumission à sa communauté, revendiqué comme l'expression d'une liberté!

    Ce genre de discours, nous l'avons déjà entendu. C'est le même discours que les féministes ont déconstruit et dénoncé dans le passé, et qu'elles ont rejeté en s'affirmant "ni putes ni soumises".

  • Pierre François Gagnon
    Inscrit
    lundi 19 février 2007 12h55
    Taylor et son multicularisme trudeauiste
    Il faut lire l'essai de Taylor « multiculturalisme, différence et démocratie », paru en poche, dans Champs, chez Flammarion, pour comprendre combien le monsieur a trempé jusqu'au cou dans l'ambivalence multiculturelle de la fameuse Charte canadienne des droits conçue par Trudeau qui a fait du "Canadien français" une tribu blanche au Canada... Je pense que la crédibilité de Taylor est très équivoque quant à la question de tous ces accommodements déraisonnables qui empoisonnent notre identité non-négociable, vieille de 400 ans. Car il n'y a d'authentiquement multiculturel, que le monde entier. Chaque peuple fondateur a sa propre histoire et les Québécois font partie du concert des Nations. Que les Taylor arrêtent de louvoyer et tergiverser là-dessus, en se drapant dans leur prestige universitaire, s'il vous plaît ! Taylor est bien né à Montréal, alors qu'il cesse donc de faire l'innocent, ça commence à bien faire!

  • Diane Guilbault
    Abonnée
    lundi 19 février 2007 13h24
    Je m'inquiète
    Désolant! J'espère que les propos de M.Taylor qui sont rapportés ce matin dans Le Devoir, ne résument pas toute sa pensée sur les enjeux que représente le débat actuel sur les accommodements. En effet, à part de dire que les femmes sont un groupe parmi d'autres, pas un mot sur le fait que c'est le statut des femmes qui a été le plus mis à mal par toutes ces histoires d'accommodements et d'arrangements mal ficelés, empêtrés de rectitude politique. M.Taylor est un philosophe que je respecte mais si on en juge par ce qui est rapporté ce matin dans ces pages, on peut penser que les études sur les luttes qu'ont menées les femmes pour améliorer leur statut et s'affranchir de la tutelle des Églises n'ont pas fait partie de ses lectures de chevet....

    Comme M.Taylor, je crois que l'immigration apporte une valeur ajoutée : la plus grande solidarité familiale de beaucoup d'immigrants, leur expérience de vie, leur savoir sont parmi ces éléments positifs. Mais je refuse de considérer que l'intégrisme religieux que revendiquent certains soit de ces valeurs ajoutées. Les femmes ont trop à perdre avec la reconnaissance des lois religieuses. Et c'est désespérant de voir à quel point ce retour en arrière est banalisé sous prétexte d'ouverture à l'immigration!

    Selon moi, de toutes façons, c'est faire offense à la grande majorité des immigrants que de les associer, eux exclusivement, à ce retour du religieux dans la gouverne publique, puisque, on le constate, les natifs nostalgiques de l'époque où la religion était loi, redécouvrent le pouvoir qui semblait leur avoir échappé avec la sécularisation de la société.

    Vivement que le vrai débat commence : pas celui sur l'immigration mais bien celui sur la laïcité!

  • Jocelyne Lalonde
    Inscrite
    lundi 19 février 2007 13h42
    Surprise
    Bien des mots me viennent à l'esprit en lisant cet article. Surprise étant peut-être le premier. Surprise du côté édulcoré, ou devrais-je dire, politique, de la réponse qui nous apprend, d'entrée de jeu, ce que ne sera pas la Commission et ce qu'elle ne réalisera pas. Moi qui croyais qu'il fallait d'abord énoncer l'hypothèse de travail avant d'en déterminer les limites, me voilà un brin ...surprise...

    Moi qui croyais que la discussion était déjà bel et bien amorçée, voilà que j'apprends qu'il n'en est rien et qu'il faudra un an avant que je connaisse le ton, le contenu, bref les balises qui me permettront(sic) de me faire un avis philosophique, à défaut de sociologique, sur la question.

    Moi qui croyais que le tollé soulevé par le code de vie d'Hérouxville portait principalement sur la situation des femmes dans certaines parties du monde, situation que les gens de la municipalité craignaient voir devenir réalité dans leur milieu, voià que j'apprends que l'avis d'une femme sur ces tristes réalités n'est pas nécessaire...voilà que j'apprends aussi que c'est billevesées et balivernes de croire que les pratiques dénoncées par le code puissent un jour exister dans notre beau pays. Pourtant j'avais eu vent, comme Monsieur Noël (Dans le champs, les gens d'Hérouxville), des compte-rendus de certains médecins d'ici sur ces questions. Quant à la lapidation, aucun cas répertorié ici, mais la pratique ne se poursuit pas moins ailleurs dans le monde. Il n'y a qu'à lire les rapports d'Amnistie Internationale pour le savoir, ou le Journal du Barreau, qui, dans un article paru le 1er novembre (La Charte et la chari'a) tentait de faire le point sur les craintes nées de la demande de l'application de la chari'a au Canada. Craintes exprimées haut et fort par certaines femmes musulmanes d'ici. Surprise, encore et toujours...

    Surprise que l'on parle de sagesse, là où je vois surtout la volonté, fort honorable mais aussi fort politique, de dédramatiser une situation qui en dit long sur nos peurs et notre ignorance face à la différence. À toutes les différences. Et notre difficulté à nous affirmer dans ce que sont nos différences à nous.

    Pascal disait qu'à trop vouloir faire l'Ange, on fait souvent la Bête...Et moi je persiste à croire que l'on n'éteint pas les incendies avec des attentes...

  • Édouard Lavallière
    Abonné
    lundi 19 février 2007 15h07
    @ Lucien Brunet
    Qui dit "que le chaos arrive avec le mélange des races, la montée de l'homosexualité et le dérèglement de la femme." En tout cas, je ne l'ai jamais entendu. Est-ce que c'est dit dans un "grand livre sacré" ou sur un "hot line"?

  • Baptiste1
    Abonné
    lundi 19 février 2007 15h34
    Le mandat de cette commission doit être revu
    M. Taylor nous informe que la commission qu'il co-présidera ne proposera rien de pratique et ne fera qu'offrir des pistes de réflexion. Selon lui, il faut "faire un pas vers les autres" ou "discuter avec les autres". Les québécois "de souche" ont-il jamais fait autre chose que cela? je crois que ce n'est pas de pistes de réflexion dont nous avons besoin mais de jalons bien clairs qui serviront à éclairer tout le monde sur ce qui est permissible comme accomodements et ce qui ne l'est pas. J'ai peu d'espoir que cette commission apporte une résolution au problème. Après un an de palabres, nous ne serons pas plus avancé. Il nous faut des politiques et des règlements et à court terme pas dans un an. Un homme d'action aurait du être choisi pour présider cette commission et non un philosophe.

  • André Julien
    Inscrit
    lundi 19 février 2007 16h24
    Susciter la discussion ? Parler pour parler ? Sans solutionner ?
    Est-ce souhaitable que cette comité débute son étude si les membres n'entendent pas proposer de solution ?

  • André Julien
    Inscrit
    lundi 19 février 2007 16h48
    A Lire dans Le Monde ''En finir avec le multiculturalisme'' par Pascal Bruckner,
    Il faut cesser de vouloir ré-inventer la roue. Le débat n'est pas d'Hérouxville il est mondial.
    A partir d'un texte du journal le monde.
    http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0
    écrit par Pascal Bruckner on trouve des réponses à nos interrogations et d'autres interrogations.
    Cet article nous renvoie à
    http://www.signandsight.com/
    qui nous plonge dans un plus grand débat qui sera aussi le nôtre.
    EDITOR'S PICK the multicultural issue.
    Who should the West support: moderate Islamists like Tariq Ramadan, or Islamic dissidents like Ayaan Hirsi Ali? Are the rights of the group higher than those of the individual? With a fiery polemic against Ian Buruma's "Murder in Amsterdam" and Timothy Garton Ash's review of this book in the New York Review of Books, Pascal Bruckner has kindled an international debate. By now Ian Buruma, Timothy Garton Ash, Necla Kelek and Paul Cliteur have all stepped into the ring.

  • jacques noel
    Inscrit
    lundi 19 février 2007 19h33
    L'ERREUR HISTORIQUE DE NOS PETITES ÉLITES NAIVES...
    Nos problèmes ayant toujours été d'ordre linguistique, les Anglais et le gros des immigrants ayant toujours refusé de parler français, on s'est dit: on va aller en chercher qui parlent notre langue. Y'en aura pu de problèmes!

    Comme si les Blacks et les Maghrébins ne parlaient pas français en France? Comme si les Indiens, les Pakistanais et les Arabes ne parlaient pas anglais en Grande-Bretagne. Comme si les Turcs et les Arabes ne parlaient pas allemand en Allemagne?

    Voilà où nous a mené la bêtise de nos petites élites obsédées par la langue: à une crise européenne en plein coeur de la Métropole. Pis on a encore rien vu...

    Les Américains accueillent environ 400,000 nouveaux immigrants par année. Avec une population 50 fois moindre, on devrait en accepter 8000. On parle de 48 à 50,000 cette année, dont 80% à Montréal, la ville la plus pauvre du continent. La ville qui se ghettoise à vue d'oeil.

    Le Québec compte maintenant plus d'immigrants (12%) que les États-Unis (11,7%). Plus d'immigrants que dans 38 États. Le Québec compte 2 fois plus d'immigrants qu'en France (6%), trois fois plus qu'en Hollande (4%). Sky is the limit..

    A qui profite toute cette immigration? Aux patrons qui y voient là une manne de cheap labor, aux proprios qui peuvent gongler leur loyer à la torontoise et au Parti Libéral, mais certainement pas au peuple québécois qui voit leur salaire stagner, leur loyer monter et les Libéraux réélus.

  • Brigitte lemay
    Inscrite
    mardi 20 février 2007 11h57
    d'où sortent ces chiffres?
    Monsieur Jacques Noel,

    Pourrais-je savoir où vous vous êtes procuré les chiffres que vous avancez. Ils sont très parlant et il serait vraiment important pour moi de pouvoir les consulter à mon tour.

  • Nicolas Rivard
    Inscrit
    jeudi 22 février 2007 13h23
    Une nécessaire archéologie de notre culture
    M. Taylor et M. Bouchard sont des intellectuels de renom qui donneront une envergure nouvelle à ces débats qui souvent se passe au premier degré. Je crois, à l'instar de M. Taylor que tout ce processus ne sera qu'une introduction à une nécessaire réflexion continuelle sur la question.

    Tellement d'éléments périphériques ou encore intrisèques à la question s'ajoutent lorsque nous parlons d'accommodements raisonnables ; multiculturalisme, rapport entre religion et société, immigration, identité culturelle, politique, rapport homme femme, laïcisme etc.

    Le seul point que j'aimerais ajouter est la nécessité de faire une archéologie de notre culture. De questionner notre histoire et de nous réfléchir collectivement. Je suis convaincu que tout dialogue implique l'écoute et une certaine compréhension de l'autre et le préalable à cet exercise est d'abord une certaine compréhension de soi-même.

    Le Québec n'est que tout récemment sortie d'un mode d'organisation confessionnelle de sa culture. Plutôt que de tenter d'intégrer son histoire religieuse les québécois ont évacué tout référent religieux ou confessionnel. Toutefois ces référents demeurent en grande partie en nous-même, ils conditionnement, parfois inconsciemment, notre vision du monde et par le fait même notre identité et notre culture.

    J'espère que sans résoudre le débat, sans le finaliser, que la commission aura le courage d'initier ces questions essentielles et combien complexes.

    Car si on se plait à dire que dans une société laïque la religion est affaire privée on oublie que depuis la nuit des temps la religion est exactement le contraire. Soit une affirmation collective et publique d'une vie spirituelle d'un peuple et d'une culture donnée. Contrairement à la spiritualité qui est intrinsèquement privée, la religion est d'abord publique.

    Si par choix nous avons evacué la nôtre pour la remplacer par le matérialise et le positivisme de la modernité, il est normal que les référents et les paradigmes qui animent les autres peuples nous rendent mal à l'aise. Nous aurions, dans ce processus, beaucoup à gagner à nous parler et comprendre pour vraiment trouver des accommodements raisonnables, qui respectent les valeurs constitutives ou non négonciables de notre société.

    Plutôt que de vouloir assimiler cet étranger que nous ne saurions voir.

  • Line Bastrash
    Inscrite
    jeudi 22 février 2007 17h22
    Je me souviens - Le cri du coeur d'une grand-maman
    À lire Sur PlanèteQuébec, le cri du coeur d'une grand-mère pour que l'on oublie pas le combat des Québécoises pour l'égalité et leur lutte pour se libérer du carcan de l'Église:

    http://www.planete.qc.ca/samyrabbat/samyrabbat-212

  • Jacques M.
    Inscrit
    mercredi 28 mars 2007 13h06
    Une autre demande pour la commission
    Cette commission manque de représentation des minorités en question. Je déplore cette absence et cette ignorance et le faite de mettre a cote toute participation de l'immigrant.
    Je ne comprends pas comment une commission qui va traiter un problème sur les AR et n'implique pas les immigrants et surtout les musulmans qui sont au centre de ce débat.
    Si j'ai a proposé une personne pour représenter les minorités et surtout les musulmans dans cette commission, je proposerais le président du MCM: Salam Minyawi.
    De cette façon, la commission aura même une credibite de tout bord. Ainsi, le débat sera constructif et ne pourra qu'apporter des solutions réelles pour le vivre ensemble.

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