Société - Donner une voix au patrimoine d'expression
Immatériel, évanescent, incorporel, le patrimoine d'expression porte des valeurs fragiles et parfois difficiles à transmettre. Les traditions, les us et coutumes qu'il transporte sont bien souvent folklorisés, condamnés à survivre tant bien que mal dans l'ombre de l'industrie culturelle. Pour durer, ce patrimoine immatériel aurait pourtant besoin d'actions concrètes. Rencontre avec Guy Landry, secrétaire général de la Société du patrimoine d'expression du Québec (SPEQ), un organisme sans but lucratif de défense et de promotion du patrimoine d'expression tel qu'il se pratique au Québec.
Il est difficile de décrire le patrimoine d'expression en seulement quelques mots. «Souvent, on parle plutôt de ses formes "extérieures", comme la danse ou le chant, les divers moyens d'expression à travers lesquels on exprime nos valeurs», explique Guy Landry. «Mais le patrimoine d'expression, selon la définition de l'UNESCO, c'est tout ce qui relève du patrimoine culturel immatériel», par exemple les savoir-faire, les rituels, les traditions et les pratiques sociales. Toujours selon la définition de l'UNESCO, ce patrimoine cultuel immatériel est notamment transmis de génération en génération et procure aux communautés et aux groupes un sentiment d'identité et de continuité.
«Souvent, ce qui se passe, poursuit M. Landry, c'est que la forme d'expression reste mais les valeurs qu'elle véhiculait au départ se perdent.» Par exemple, au Québec, peu de gens se souviennent du message derrière les danses traditionnelles, des danses qui elles-mêmes ont bien souvent été reléguées aux oubliettes, et on oublie parfois que tout ce qui entoure la culture du maïs ou le sirop d'érable fait aussi partie du patrimoine d'expression.
À Montréal et au Québec en général, le patrimoine d'expression est spécialement riche, selon M. Landry, notamment à cause des nombreuses communautés culturelles qu'on y retrouve et qui apportent avec elles, en immigrant, diverses coutumes et traditions de leur pays d'origine. «Les communautés qui émigrent ici nous obligent à nous interroger sur nos propres valeurs, car les leurs sont différentes. Lorsque des valeurs différentes se retrouvent confrontées, ça peut avoir un effet stimulateur et permettre de faire évoluer les choses, car les valeurs d'une société sont reliées à son évolution, elles changent avec le temps.»
Un patrimoine en danger
Mais le patrimoine d'expression, de par son immatérialité, est fragile. «Le problème, c'est que les gens ne comprennent pas le rôle que ça joue», explique Guy Landry. Et les solutions concrètes pour aider à le maintenir vivant manquent. «Nos sociétés capitalistes ont encore du mal à reconnaître l'importance du patrimoine d'expression, mais d'autres sociétés, comme au Japon ou en Corée par exemple, reconnaissent beaucoup plus facilement le fait que les gens apportent quelque chose à la société.»
«Toutefois, on évolue et on commence tranquillement à changer, on souligne l'importance de certains personnages publics, on nomme des personnalités de la semaine, etc.» Selon M. Landry, le regain d'intérêt pour la musique traditionnelle québécoise ou les soirées de contes serait également un signe encourageant pour la survie du patrimoine d'expression.
Toutefois, le patrimoine culturel immatériel se retrouve bien souvent dans l'ombre du patrimoine bâti, dont la réalité est beaucoup plus palpable, et de l'industrie culturelle en général. À Montréal, par exemple, il existe, selon M. Landry, près de 1000 groupes actifs de près ou de loin dans la promotion de la diversité culturelle. Mais la plupart du temps, ils doivent gérer eux-mêmes leur financement et organiser des événements sans aucune aide extérieure.
Des solutions?
Pour venir en aide à ces groupes, Guy Landry, qui a vu naître la SPEQ il y a une vingtaine d'années, a eu l'idée de créer des centres du patrimoine d'expression. Différents des maisons de la culture, ces endroits privilégiés offriront des activités sur une base régulière et permettront à diverses communautés culturelles de travailler ensemble, d'apprendre l'une de l'autre tout en conservant leur identité propre. Les églises pourraient accueillir ces centres, selon M. Landry, puisqu'elles ont toujours joué le rôle de lieu de rencontre, de centre vers lequel les gens convergent. Le projet évolue lentement et ne s'est pas encore concrétisé, explique M. Landry, qui a récemment reçu le prix Dollard-Morin du bénévolat en loisirs et en sports pour son engagement dans la vie culturelle montréalaise.
En attendant, d'autres événements jouent un rôle rassembleur en ce qui concerne le patrimoine d'expression. La Fête des enfants, qui a lieu chaque été, est un excellent exemple de diversité culturelle. L'événement, qui se veut l'illustration du Montréal de demain, «permet à différentes communautés culturelles de se rencontrer et de s'exprimer», selon Guy Landry, qui collabore d'ailleurs activement à la Fête des enfants de Montréal ainsi qu'aux Folklories, un autre événement annuel permettant de célébrer la diversité culturelle montréalaise.
Les stratégies pour 2007
La bataille pour la protection du patrimoine d'expression se poursuivra donc en 2007, et Guy Landry croit qu'il faudra porter une attention particulière aux arrondissements afin de tenter d'y créer des groupes plus à même de faire bouger les choses. Évidemment, les budgets restent limités et, d'habitude, l'argent investi en culture profite davantage à l'industrie culturelle qu'aux activités liées au patrimoine d'expression. Par exemple, le Fonds du patrimoine culturel québécois, créé en septembre dernier, touchait uniquement les biens culturels matériels comme les oeuvres d'art ou le patrimoine bâti.
Afin d'assurer au patrimoine immatériel une meilleure visibilité et, surtout, d'entraîner des actions concrètes, Guy Landry croit que l'une des solutions consisterait à faire accepter, par le gouvernement fédéral, la Convention de l'UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel en tentant, par exemple, de l'intégrer à la Convention sur la diversité culturelle déjà ratifiée par le Canada.
À l'heure de l'accommodement raisonnable, la sauvegarde du patrimoine d'expression semble prendre toute son importance. «On doit favoriser la conservation de l'identité des groupes sur le plan de la langue ou des coutumes, explique M. Landry. Lorsqu'ils immigrent, les gens apportent avec eux leur culture, leur savoir-faire. C'est un atout pour nous, ça nous permet de connaître une autre culture, une autre façon de raisonner, de réagir à la réalité.»
Le Devoir
- Société du patrimoine d'expression du Québec (SPEQ) www.seq.qc.ca.
Il est difficile de décrire le patrimoine d'expression en seulement quelques mots. «Souvent, on parle plutôt de ses formes "extérieures", comme la danse ou le chant, les divers moyens d'expression à travers lesquels on exprime nos valeurs», explique Guy Landry. «Mais le patrimoine d'expression, selon la définition de l'UNESCO, c'est tout ce qui relève du patrimoine culturel immatériel», par exemple les savoir-faire, les rituels, les traditions et les pratiques sociales. Toujours selon la définition de l'UNESCO, ce patrimoine cultuel immatériel est notamment transmis de génération en génération et procure aux communautés et aux groupes un sentiment d'identité et de continuité.
«Souvent, ce qui se passe, poursuit M. Landry, c'est que la forme d'expression reste mais les valeurs qu'elle véhiculait au départ se perdent.» Par exemple, au Québec, peu de gens se souviennent du message derrière les danses traditionnelles, des danses qui elles-mêmes ont bien souvent été reléguées aux oubliettes, et on oublie parfois que tout ce qui entoure la culture du maïs ou le sirop d'érable fait aussi partie du patrimoine d'expression.
À Montréal et au Québec en général, le patrimoine d'expression est spécialement riche, selon M. Landry, notamment à cause des nombreuses communautés culturelles qu'on y retrouve et qui apportent avec elles, en immigrant, diverses coutumes et traditions de leur pays d'origine. «Les communautés qui émigrent ici nous obligent à nous interroger sur nos propres valeurs, car les leurs sont différentes. Lorsque des valeurs différentes se retrouvent confrontées, ça peut avoir un effet stimulateur et permettre de faire évoluer les choses, car les valeurs d'une société sont reliées à son évolution, elles changent avec le temps.»
Un patrimoine en danger
Mais le patrimoine d'expression, de par son immatérialité, est fragile. «Le problème, c'est que les gens ne comprennent pas le rôle que ça joue», explique Guy Landry. Et les solutions concrètes pour aider à le maintenir vivant manquent. «Nos sociétés capitalistes ont encore du mal à reconnaître l'importance du patrimoine d'expression, mais d'autres sociétés, comme au Japon ou en Corée par exemple, reconnaissent beaucoup plus facilement le fait que les gens apportent quelque chose à la société.»
«Toutefois, on évolue et on commence tranquillement à changer, on souligne l'importance de certains personnages publics, on nomme des personnalités de la semaine, etc.» Selon M. Landry, le regain d'intérêt pour la musique traditionnelle québécoise ou les soirées de contes serait également un signe encourageant pour la survie du patrimoine d'expression.
Toutefois, le patrimoine culturel immatériel se retrouve bien souvent dans l'ombre du patrimoine bâti, dont la réalité est beaucoup plus palpable, et de l'industrie culturelle en général. À Montréal, par exemple, il existe, selon M. Landry, près de 1000 groupes actifs de près ou de loin dans la promotion de la diversité culturelle. Mais la plupart du temps, ils doivent gérer eux-mêmes leur financement et organiser des événements sans aucune aide extérieure.
Des solutions?
Pour venir en aide à ces groupes, Guy Landry, qui a vu naître la SPEQ il y a une vingtaine d'années, a eu l'idée de créer des centres du patrimoine d'expression. Différents des maisons de la culture, ces endroits privilégiés offriront des activités sur une base régulière et permettront à diverses communautés culturelles de travailler ensemble, d'apprendre l'une de l'autre tout en conservant leur identité propre. Les églises pourraient accueillir ces centres, selon M. Landry, puisqu'elles ont toujours joué le rôle de lieu de rencontre, de centre vers lequel les gens convergent. Le projet évolue lentement et ne s'est pas encore concrétisé, explique M. Landry, qui a récemment reçu le prix Dollard-Morin du bénévolat en loisirs et en sports pour son engagement dans la vie culturelle montréalaise.
En attendant, d'autres événements jouent un rôle rassembleur en ce qui concerne le patrimoine d'expression. La Fête des enfants, qui a lieu chaque été, est un excellent exemple de diversité culturelle. L'événement, qui se veut l'illustration du Montréal de demain, «permet à différentes communautés culturelles de se rencontrer et de s'exprimer», selon Guy Landry, qui collabore d'ailleurs activement à la Fête des enfants de Montréal ainsi qu'aux Folklories, un autre événement annuel permettant de célébrer la diversité culturelle montréalaise.
Les stratégies pour 2007
La bataille pour la protection du patrimoine d'expression se poursuivra donc en 2007, et Guy Landry croit qu'il faudra porter une attention particulière aux arrondissements afin de tenter d'y créer des groupes plus à même de faire bouger les choses. Évidemment, les budgets restent limités et, d'habitude, l'argent investi en culture profite davantage à l'industrie culturelle qu'aux activités liées au patrimoine d'expression. Par exemple, le Fonds du patrimoine culturel québécois, créé en septembre dernier, touchait uniquement les biens culturels matériels comme les oeuvres d'art ou le patrimoine bâti.
Afin d'assurer au patrimoine immatériel une meilleure visibilité et, surtout, d'entraîner des actions concrètes, Guy Landry croit que l'une des solutions consisterait à faire accepter, par le gouvernement fédéral, la Convention de l'UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel en tentant, par exemple, de l'intégrer à la Convention sur la diversité culturelle déjà ratifiée par le Canada.
À l'heure de l'accommodement raisonnable, la sauvegarde du patrimoine d'expression semble prendre toute son importance. «On doit favoriser la conservation de l'identité des groupes sur le plan de la langue ou des coutumes, explique M. Landry. Lorsqu'ils immigrent, les gens apportent avec eux leur culture, leur savoir-faire. C'est un atout pour nous, ça nous permet de connaître une autre culture, une autre façon de raisonner, de réagir à la réalité.»
Le Devoir
- Société du patrimoine d'expression du Québec (SPEQ) www.seq.qc.ca.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

