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Vers un rationnement ?

Il faut mettre un terme à l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre

Martine Letarte   23 décembre 2006  Actualités en société
Nous polluons toujours davantage, la planète se réchauffe et un jour, probablement pas si lointain, nous en payerons les conséquences. Pendant ce temps, certains gouvernements se questionnent sur les moyens d'arriver à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), une problématique qui semble malgré tout hors de contrôle pour plusieurs. Et si les gouvernements en venaient à un véritable rationnement qui forcerait les différents acteurs de la société à remettre en question leurs agissements?

La question du rationnement a été étudiée sous toutes ses coutures à l'occasion d'un colloque réunissant des universitaires et des politiciens organisé dans le cadre des Entretiens du Centre Jacques Cartier qui se tenaient à Lyon, au début décembre. Évidemment, il a entre autres été question du transport.

«Le transport est la partie responsable des émissions de GES qui est en plus forte croissance. Selon le pays dans lequel on se trouve, le transport est responsable de 25 à 35 % des émissions totales et ça augmente à une vitesse inquiétante. Confrontés à cette réalité, les gouvernements se questionnent sur la façon la plus juste de déconnecter le développement économique de la consommation énergétique, puisqu'on ne peut pas laisser croître incessamment les GES. Les gouvernements doivent trouver une façon intelligente et raisonnable de les réduire graduellement, comme ç'a été fait, il y a quelques années, avec les pluies acides», explique le professeur à l'École supérieure d'aménagement du territoire et de développement régional de l'université Laval, Martin Lee-Gosselin.

De plus, malgré l'ampleur du problème, on ne pourra pas se fier à la science pour nous sortir du pétrin. «Il y a en effet un blocage technologique dans le domaine du transport. Pour le moment, nous demeurons dépendants des carburants fossiles, d'autant plus que, lors du colloque, nous avons appris que l'hydrogène n'est pas une solution, du moins, pas tant que nous n'arriverons pas à le produire efficacement avec de l'énergie propre», affirme l'ingénieur de recherche au laboratoire d'économie des transports du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Charles Raux.

Toutefois, il faut mentionner que tout n'est pas noir. Il y a quand même une bonne raison de se réjouir puisque nos efforts de réduction d'émissions de GES des dernières années n'ont pas été vains. «Au Canada, notre consommation énergétique a augmenté de 22 % entre 1990 et 2003. Si nous n'avions pas fait d'efforts, elle aurait augmenté de 34 %. Même si ce n'est pas suffisant pour atteindre la cible de Kyoto, c'est encourageant», croit M. Lee-Gosselin.

La diète des pays riches

Il semble donc inévitable que les différents pays doivent un jour se mettre à la diète sévère pour réduire leurs émissions de GES. «Pendant le colloque, il a été question du "facteur quatre" qui suppose que, pour éviter une trop grande hausse de la température sur la planète, nous devions avoir diminué de moitié nos émissions en 2050. Toutefois, pour y arriver tout en laissant de la place aux pays en développement, les pays riches devront diviser leurs émissions par quatre. La technologie pourra certainement améliorer la situation, mais elle ne pourra pas faire tout le travail. Ça ne suffira pas. Il faudra donc un jour agir sur la demande», soutient M. Raux.

Le rationnement dont il a été question lors du colloque consiste en fait à fixer un objectif global d'émissions de GES dans un pays donné et ensuite, de distribuer des quotas. «Dans l'Union européenne, nous avons un système de quotas d'émissions de GES chez les entreprises intensives en énergie comme les alumineries, les cimenteries, les raffineries, etc. Ce que nous avons essayé d'évaluer, c'est si ce système de quotas pouvait s'étendre à l'industrie du transport de marchandises», indique M. Raux.

Laisser sa voiture au garage pour se chauffer ?

La question du rationnement au niveau des individus a aussi été abordée, même si cette idée risquait d'être fortement contestée dans le monde politique. «La consommation d'énergie pourrait être quantifiée par individu et par ménage en distribuant des quotas. Évidemment, le but ne serait pas que tout le monde ait froid et demeure immobile, mais que l'idée de choix, de compromis, s'installe dans la tête des gens. Une famille ne pourrait plus, par exemple, avoir deux résidences chauffées et deux voitures pratiquement toujours sur la route», explique M. Lee-Gosselin.

Ces idées vont beaucoup plus loin que la simple sensibilisation. «Si les quotas d'énergie pour se déplacer et se chauffer coûtaient très cher, nous verrions vraiment un changement de comportement de la population. Les gens feraient très attention pour ne pas gaspiller de l'énergie et évidemment, n'hésiteraient pas à investir, par exemple, dans l'isolation de leurs maisons. Et les gens se mettraient aussi à comparer l'énergie qu'ils dépensent pour se chauffer, s'éclairer et utiliser leur voiture et essaieraient de voir, par exemple, à quel point ils peuvent se chauffer et s'éclairer avec l'énergie qu'ils économiseraient en laissant leur voiture dans leur garage. Ce serait toute une nouvelle façon de penser que nous développerions», poursuit le professeur de l'université Laval.

Évidemment, le colloque n'a pas été organisé dans le but de proposer des politiques. «Ce que nous souhaitions, c'est de se poser des questions, à la lumière de nos recherches, sur la faisabilité et l'acceptabilité de certaines possibilités qui pourraient être mises de l'avant le jour où la volonté politique sera au rendez-vous», précise M. Lee-Gosselin.

C'est vrai que pour les politiciens, l'idée de rationnement ne sera probablement pas la plus populaire auprès des électeurs. «Le mot fait peur en effet, mais le ministre des Transports français semble être ouvert à la réflexion à propos des quotas. C'est donc encourageant», conclut M. Raux.
 
 
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