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Terreur au centre-ville

Une fusillade mortelle sème la panique au Collège Dawson

Une victime est transportée d’urgence après avoir été la cible du tireur. Le forcené a fait un mort et 19 blessés, dont certains gravement, avant d’être abattu par la police.
Une victime est transportée d’urgence après avoir été la cible du tireur. Le forcené a fait un mort et 19 blessés, dont certains gravement, avant d’être abattu par la police.
Un tireur fou a fait un mort et 19 blessés, dont cinq dans un état grave, parmi les étudiants du Collège Dawson hier après-midi, semant l'émoi et la terreur au centre-ville. Les policiers de Montréal ont prouvé qu'ils avaient retenu les leçons de la tuerie de Polytechnique, en 1989, en abattant le suspect trois minutes après qu'il eut ouvert le feu sur la rue et dans l'école, évitant par le fait même un massacre.

Le tueur drapé d'un long manteau noir, à l'instar des assassins de l'École Columbine (Colorado), a tout de même fauché la vie d'une jeune femme de 20 ans, un décès confirmé sur les lieux du crime par un médecin légiste. Cinq hommes et six femmes, tous des étudiants, ont passé la nuit à l'Hôpital Général de Montréal après avoir été atteints de balles au cerveau, à la tête, au thorax, au bras ou aux jambes. Cinq d'entre eux se trouvaient dans un état critique, et leur pronostic sera réévalué ce matin. Les huit autres blessés ont subi des traumatismes mineurs, et ils ont été conduits dans d'autres hôpitaux de Montréal, à moins de s'y être rendus par leurs propres moyens.

L'identité et les motivations du meurtrier n'étaient pas encore connues au moment de mettre sous presse. Il s'agirait d'un jeune homme de 25 ans, né au Canada et domicilié dans la couronne nord. Son origine ethnique reste à déterminer.

Il était 12h41 quand la fusillade a éclaté sur la rue Maisonneuve. La providence a voulu que deux patrouilleurs appelés pour une banale affaire de drogue entendent les détonations, par pur hasard, et repèrent le suspect sur la voie publique. Ils ont aussitôt foncé sur ses traces à l'intérieur de l'école, au péril de leur vie, car ils ont essuyé de nombreux tirs. À 12h44, l'individu arborant une coupe mohawk et des perçages a été cerné près de la cafétéria. «Foutez-moi la paix», aurait-il dit aux agents avant d'être abattu à l'intérieur.

Les réseaux de télévision ont diffusé les premières images de la tragédie en soirée, filmées par un étudiant de Dawson à l'aide de la caméra de son téléphone cellulaire. Les images montrent deux policiers pointant leurs armes vers le suspect caché dans un coin de l'édifice. Pendant qu'il crie aux agents de partir, il pointe dans sa mire une centaine de personnes.

«Les policiers ont agi rapidement dans cet événement, ce qui a fait en sorte de limiter les dégâts», a dit Yvan Delorme, commandant du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). «On a appris des événements de Polytechnique, a-t-il enchaîné. Avant, les policiers étaient formés pour protéger les scènes de crime, pour prendre le contrôle d'une situation en formant des périmètres. Depuis 1989, il y a eu beaucoup de formation au niveau de l'intervention. Beaucoup de policiers arrivés sur les lieux se sont dirigés vers l'endroit chaud, où était l'individu, et ils ont procédé.»

Au moins trois armes

Les témoins immédiats rapportent tous de 15 à 20 coups de feu tirés en rafale. Le suspect était muni de trois armes à feu, dont une automatique, ce qui est interdit au Canada.

L'individu aurait garé sa voiture de marque Pontiac Sunfire sur le boulevard de Maisonneuve avant d'ouvrir le feu sur des étudiants en pleine rue. «Il a tiré sur quelqu'un dehors et couru à l'intérieur de l'édifice», a dit Mark, un étudiant. Un employé de Bell Canada, Mario Boutin, a vu deux personnes gisant ensanglantées sur le boulevard de Maisonneuve, près de la rue Atwater.

Joseph Esteves et une trentaine d'étudiants se trouvaient en classe lorsqu'ils ont entendu une série de détonations. Esteves s'est penché à la fenêtre et a vu trois personnes en sang étendues sur la chaussée, dont une atteinte sérieusement au cou ou à la tête. «Le suspect a couru à l'intérieur et je l'ai perdu de vue.» Sa version est corroborée par sa collègue de classe, Tiffany Ip.

Michel Boyer se trouvait dans l'école. Il a cru à une blague lorsqu'il a entendu les premières détonations dans la cafétéria. «J'ai regardé à partir de l'atrium et j'ai vu un homme vêtu en noir qui tirait à l'aveugle, je ne sais pas sur qui», a-t-il dit.

Selon des témoignages recueillis sur place par Le Devoir et entendus sur les ondes de RDI, le tueur n'a donné aucun signe avant-coureur de ses intentions. «Nous étions assis à fumer, il y avait quelqu'un qui se promenait avec un long manteau noir, une coupe de cheveux vraiment ridicule et des piercings. Il avait peut-être 19 ans. Je ne l'avais jamais vu avant. Personne ne lui a rien dit. Il a commencé à tirer et nous nous sommes sauvés», a raconté une jeune femme à RDI.

Panique

L'incident initial a duré à peine trois minutes mais a plongé des centaines d'étudiants dans la terreur absolue pendant quelques heures alors qu'ils s'étaient barricadés dans les salles de classe après les premières décharges.

C'était la panique au centre-ville, où les policiers ont initialement bouclé un quadrilatère formé des rues Sherbrooke (nord), Sainte-Catherine (sud), Wood (ouest) et Atwater (est) pendant que des proches et des parents des étudiants de Dawson, affolés, accouraient sur les lieux. Une cinquantaine d'ambulanciers répartis dans une vingtaine de véhicules ont été dépêchés sur les lieux, de même qu'une centaine de policiers.

L'escouade tactique du SPVM a ratissé l'immeuble avec des maîtres-chiens, étage après étage, à la recherche de suspects additionnels. Elle a ordonné aux étudiants et aux professeurs de s'accroupir dans les classes, étroitement surveillées, et d'attendre son signal avant d'évacuer les lieux. L'opération a été complétée un peu avant 16 heures.

Les policiers ont pensé tout au long de la journée qu'un deuxième, voire une troisième tueur auraient pu se réfugier au Collège Dawson, en raison des informations contradictoires acheminées par les étudiants. Les enquêteurs disposent d'une centaine de témoins, mais seulement une quinzaine d'entre eux disposeraient d'une connaissance directe de l'événement. En fin de soirée, M. Delorme a répudié la thèse des tireurs multiples. «Je peux vous confirmer qu'il n'y avait qu'un seul suspect sur les lieux. Il n'était assisté de personne d'autre», a-t-il dit.

Le ministre de la Sécurité publique a confié à la Sûreté du Québec (SQ) le soin d'enquêter sur la mort du suspect aux mains des agents du SPVM. Il s'agit de la procédure habituelle en pareilles circonstances. Les enquêteurs passeront les prochains jours à rencontrer les témoins et à visionner les films des caméras de surveillance postées dans l'école et dans les commerces du voisinage, afin de reconstituer cette journée insensée avec la plus grande précision possible.

Le Collège Dawson restera fermé jusqu'à lundi prochain. De l'assistance psychologique sera fournie aux étudiants, leurs parents et le personne de l'école. «C'est certainement le jour le plus long et le plus triste de l'histoire du Collège Dawson», a dit le directeur-général de l'établissement, Richard Filion. «Nous allons repenser la sécurité à Dawson, mais je ne veux pas que l'école devienne une forteresse, a-t-il ajouté. Nous devons nous demander pourquoi ce genre d'événements surviennent dans nos sociétés, et grâce à l'éducation, s'assurer qu'ils seront éradiqués dans l'avenir.»

***

Avec la collaboration d'Alexandre Shields
Une victime est transportée d’urgence après avoir été la cible du tireur. Le forcené a fait un mort et 19 blessés, dont certains gravement, avant d’être abattu par la police. D’un coin de rue à l’autre hier dans les environs du Collège Dawson, toujours la même scène: des attroupements de gens inquiets, de badauds curieux, retenus par des policiers sur le qui-vive.
 
 
 
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  • Ariel Coulombe
    Inscrit
    vendredi 15 septembre 2006 01h54
    Dawson : à bas les faux débats!
    Alors que le monde est secoué par l'annonce d'un nouveau drame sanglant dans une école, voilà que ressurgissent les vieux bouc-émissaires de service que sont la musique heavy metal, le cinéma et les jeux vidéo. Ce faux débat n'a-t-il pas encore épuisé ses ressources? Ayons le courage de creuser un peu plus loin, de grâce!

    Pourquoi, lorsqu'on fait le profil d'un meurtrier quadragénaire, ne dit-on jamais qu'il « portait la cravate » ou qu'il « collectionnait les timbres »? La réponse est simple : parce que ça n'a rien à voir! Pourquoi en est-il autrement lorsqu'il est question d'un jeune? Quiconque a été adolescent sait que les choix culturels ou vestimentaires que l'on fait à cet âge sont des moyens d'expression, or on nous enseigne que l'expression est une bonne chose. En revanche, on sait que la plupart des meurtriers, dont celui du collège Dawson, sont des gens plutôt renfermés et solitaires, bref, des gens chez qui l'expression n'est pas le principal atout. Tiens donc.

    Bien sûr, il est tentant de tirer des conclusions à partir des données les plus frappantes : le type s'habille tout en noir, il est fasciné par la mort, il écoute de la musique sombre. comme un paquet de gens qui n'ont rien d'assassins, comme Edgar Poe en son temps, comme Tim Burton, comme Léo Ferré. En revanche, les pires atrocités de l'histoire ont été commises bien avant l'arrivée des Marilyn Manson et autres clowns du côté obscur. Et j'en connais qui diront volontiers que l'écoute de Beethoven ou de Bartok leur inspire davantage de frissons morbides que les frasques théâtrales des plus sombres « métaleux » de ce monde.

    Alors de quoi faut-il s'inquiéter? De l'accessibilité des armes? Je répondrai à cette question par d'autres : est-ce l'arme qui mène à la violence, ou est-ce plutôt la violence qui mène à l'arme? Y a-t-il un plus grand nombre de suicides chez les fabricants de corde? Peut-on sincèrement prétendre que le désir de tuer ou le mal de vivre puisse être tributaire d'un facteur aussi banal que la plus ou moins grande facilité d'accès au moyen d'arriver à ses fins?

    Ne devrait-on pas se préoccuper davantage des taux alarmants et croissants de maladie mentale, de dépressions et de suicides dans les sociétés mêmes qui se prétendent les plus saines?

    Il est temps de donner du leste aux arts et aux modes, et d'abandonner les remèdes miracles afin de mettre toutes nos ressources à la compréhension de ce qui peut réellement, au quotidien, dans ce contexte social que nous partageons tous et toutes, pousser un jeune homme sans histoire, en santé, n'ayant jamais connu la guerre, ni la famine, ni même la pauvreté, à débarquer dans une école et faire feu sur ses semblables, des inconnus, avant de s'enlever la vie.



    C'est un ÊTRE HUMAIN qui a tué mercredi dernier, pas une ARME. Et encore moins une chanson! Ce n'est qu'en s'intéressant aux causes de la violence, plutôt qu'à ses conséquences qu'on peut espérer la dominer.

    Cela, tout le monde en convient. Mais c'est tellement plus divertissant, et surtout plus facile, de papoter au sujet des vêtements noirs des « gothiques » et de se convaincre que le contrôle des armes à feu est un remède à la folie.

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