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Pourquoi au Québec?

Pourquoi est-ce dans la partie du Canada où la culture des armes à feu est la moins répandue que se produisent les tueries les plus spectaculaires de l'histoire de ce pays? Celle du caporal Lortie, à l'Assemblée nationale, en 1984 (trois morts). Celle de l'École polytechnique, en 1989 (14 morts). Celle de Concordia, en 1992 (quatre morts). Et maintenant, celle du Collège Dawson (deux morts au moment d'écrire ces lignes).

«On a très peu d'information à propos de cet événement. Moi, en tout cas, j'ai une question, qui m'a valu d'être qualifié de raciste la dernière fois que je l'ai posée: pourquoi au Québec?», s'interrogeait hier l'anthropologue Elliott Leyton, spécialiste des «meurtres de masse» à l'université Memorial, à Saint John's, Terre-Neuve, et auteur, notamment, de Hunting Humans (John Blake Publishing, 2003). «C'est un vrai mystère. Chose certaine, c'est arrivé trop souvent au Québec pour qu'on dise que c'est un hasard», a-t-il souligné hier de Terre-Neuve, où nous l'avons joint.

D'autres contestent cependant l'idée voulant que le Québec soit une «société distincte» sur le plan des meurtres de ce type. Un sociologue de l'Université Laval (qui refuse d'être cité!) faisait remarquer au Devoir hier que sur une liste de 11 «actes de violence» commis dans des écoles canadiennes, établie hier par la Presse canadienne, quatre se sont produits au Québec. «Ça existe dans toutes les sociétés contemporaines», a insisté le sociologue. Quatre sur onze: cela représente toutefois 36 % des cas recensés par la Presse canadienne, une proportion supérieure au poids de la population du Québec dans la fédération. Les tueries québécoises ont aussi, selon Elliott Leyton, certaines particularités: elles sont spectaculaires et passablement meurtrières.

Le «paradoxe québécois» a déjà été souligné par la présidente de la Coalition pour le contrôle des armes à feu, Wendy Cukier, professeur à l'université Ryerson. Dans un entretien au Devoir en 1998, elle avançait cette idée: «Ces épouvantables tragédies ont dû accentuer [chez vous] un dégoût déjà présent pour les armes, ce qui explique sans aucun doute les taux actuels du Québec en faveur du contrôle.» Elle rappelait aussi que l'horreur de Dunblane (16 écoliers et un enseignant assassinés en Écosse en 1996) était «survenue dans un pays possédant les lois les plus sévères en matière de contrôle des armes à feu». Autrement dit, un appui massif pour le contrôle et l'absence d'une culture des armes n'immunisent aucunement les sociétés. «Cet appui et cette culture permettent simplement de diminuer le nombre de cas. Ça diminue les probabilités», disait-elle à l'époque.

Jointe hier à Toronto, Mme Cukier était évidemment bouleversée à l'autre bout du fil. Elle a rappelé que c'est après la tuerie de Polytechnique qu'elle s'est engagée dans la lutte pour le contrôle des armes à feu. Qu'un événement comparable se soit produit dans la même ville, presque 17 ans plus tard, n'est-il pas décourageant pour la militante qu'elle est?

D'une part, Mme Cukier refuse d'y voir un échec du contrôle des armes à feu. D'abord, elle souligne que malgré les cas de tueries spectaculaires au Québec, le nombre de décès par arme à feu y est passé de 460 en 1990 à 206 en 2003, une baisse beaucoup plus marquée que dans le reste du pays, affirme-t-elle. Or cette baisse coïncide avec l'instauration de deux lois: celle, en 1991, de la loi C-17, qui a rendu plus «rigoureux» le processus de vérification pour les autorisations d'acquisition d'armes à feu (AAAF) et qui a amélioré les mesures d'entreposage. L'autre loi, c'est la fameuse loi C-68, adoptée en 1995, qui, comme on le sait, exige que tous les propriétaires détiennent un permis et que toutes les armes soient enregistrées. Une loi que le gouvernement Harper souhaite modifier de fond en comble.

Wendy Cukier persiste à dire que la «langue française protège le Québec des influences américaines», notamment du «caractère romantique» qu'une bonne partie des Américains entretiennent à l'endroit des armes à feu. Mais n'est-il pas curieux d'affirmer cela le jour où une tuerie à la Columbine se produit chez nous? «Oh, vous savez, aux États-Unis, il y a des événements à la Columbine chaque année ou presque!», dit-elle.

D'autre part, en la suivant, pourrions-nous expliquer en partie par la langue les tueries de Montréal? Deux tueries sur trois ne se sont-elles pas produites dans des établissements anglais (Concordia et Dawson), bref plus perméables aux «influences américaines» dont elle parle? «Je ne dirais certainement pas cela», insiste-t-elle, refusant net l'explication linguistique.

Crise du masculin

Dans l'entretien de 1998, Wendy Cukier, pour expliquer l'absence d'une culture des armes à feu au Québec, avait laissé tomber: «Rambo et John Wayne ne sont pas tellement le type de modèle masculin dans la société québécoise.»

Sans doute, mais justement: le filon de la crise de la masculinité québécoise a abondamment servi à expliquer deux autres des terribles tueries québécoises: Polytechnique et celle du caporal Lortie. La première est un massacre purement misogyne, commis par un homme qui se disait frustré de la place que les femmes avaient prise dans la société québécoise. Le second a été analysé dans le détail (de manière parfois obscure, il faut le dire) par le philosophe français Pierre Legendre, qui avait relevé une phrase révélatrice de Lortie: «Le gouvernement du Québec [qu'il voulait liquider] avait le visage de mon père.» Le Québec de l'après-Révolution tranquille, où l'institution de la famille est profondément ébranlée, serait en cause.

«Prenons garde à toutes ces explications globalisantes», insiste pourtant notre sociologue de l'Université Laval en se référant à son collègue français Denis Duclos, spécialiste des meurtriers en série et qui s'est récemment penché sur le massacre de Nanterre. «Chaque cas est particulier» et les généralisations en cette matière sont risquées et trompeuses. «Le paradoxe québécois dont vous parlez existe-t-il vraiment? Il faut être prudent.» Sage conseil à retenir pour les prochaines semaines, au fur et à mesure que nous en connaîtrons davantage sur les tenants et aboutissants de ce triste événement.
 
 
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  • Michel Trahan - Inscrit
    14 septembre 2006 09 h 40
    Pourquoi ou Quebec?
    Peut-être parce que le Québec est une des seuls province, avec l'Ontario, à supporter financièrement le registre des armes à feu. Peut-être que les autre province on réaliser que les troubles de comportement ne peuvent être régler par un registre d'objet. Peut-être que les autres provinces préfère faire face aux vrais problèmes sociaux plutôt que de supporter un système qui n'offre rien d'autre qu'un semblant de sécurité.
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