Montréal, ville blessée
Panique, pleurs et attente insoutenable dans les rues du centre-ville
Les policiers sont arrivés rapidement au Collège Dawson. L’homme qui venait de semer la mort et la terreur a été abattu.
C'est un après-midi de terreur, de panique et de pleurs qu'a vécu Montréal, hier. Dans le doute et l'attente d'en savoir plus sur les événements, une grande confusion et une vive tristesse régnaient tout autour du périmètre de sécurité déployé par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
Ce périmètre représentait une immense scène de crime, au coeur même de la ville. La présence permanente des bruits de sirènes et l'éclat des dizaines de gyrophares allumés, jumelés à la panique palpable en tout point de la zone, donnaient des airs sinistres à Montréal, ville en alerte, ville blessée.
Dans les minutes ayant suivi les premiers coups de feu, un véritable vent de panique a soufflé sur le centre-ville. Lorsque les journalistes du Devoir sont arrivés sur les lieux, ils ont dû sauter par-dessus des policiers accroupis derrière leurs véhicules de patrouille, rue Atwater. Ils avaient dégainé leurs armes de service et les pointaient vers la place Alexis-Nihon, où des citoyens apeurés se bousculaient par dizaines vers la sortie. Des témoins ont rapporté avoir entendu des coups de feu au troisième étage de l'édifice, une information qui a été vite infirmée par la suite. La tragédie n'a eu qu'un seul «foyer», soit le Collège Dawson. Mais la panique, elle, était partout.
Les nouvelles technologies, le cellulaire en tête, n'ont été guère utiles pour faciliter l'intervention des policiers. Ils ont reçu des milliers d'appels, la plupart faisant état d'une fusillade impliquant plus d'un suspect. «Dans 90 % des cas, ils n'avaient pas vu un suspect, mais un policier», a dit Ian Lafrenière, un porte-parole du SPVM. Ne voulant prendre aucun risque, les policiers ont quand même ordonné la fermeture de la station de métro Atwater, sur la ligne verte, afin de couper toute possibilité de fuite à d'éventuels complices.
En outre, les étudiants sous le choc tentaient d'appeler leurs proches en bordure du périmètre de sécurité, à l'aide de leurs téléphones portables. Quand les dizaines de journalistes massés à leurs côtés ont commencé à alimenter les salles de rédaction, les ondes cellulaires ont été saturées par le volume des appels, au point où le SPVM a conseillé aux proches et aux parents de rentrer à la maison et de prendre des informations sur une ligne d'urgence.
Un service d'aide immédiate a par ailleurs été mis sur pied dans une salle de l'université Concordia, à quelques coins de rue. Au passage du Devoir, seules quelques dizaines d'étudiants de Dawson s'y trouvaient, dont la plupart ont été des témoins indirects des événements. «Les autres sont rentrés chez eux», disait une jeune fille. Des conseillers étaient sur place pour offrir de l'aide psychologique de première ligne. «On peut juste tenter de les calmer, leur dire de relaxer, disait une bénévole. Le reste, les flash-backs et tout, ça va venir plus tard. Là, c'est d'absorber le choc et de les sécuriser qui est important.»
Plus près du périmètre, les rumeurs les plus folles couraient sur le nombre des tireurs et des victimes. D'un coin de rue à l'autre, toujours la même scène: des attroupements de gens inquiets, de badauds curieux, retenus par des policiers sur le qui-vive. Les étudiants se serraient dans leurs bras, plusieurs en tremblant. «J'ai eu si peur, on ne savait rien de ce qui se passait, on entend parler d'un massacre», disait en pleurant Maria, jeune étudiante, dans les bras de ses amies.
«Est-ce qu'on est en train de revivre Polytechnique ou Columbine?», demandait un enseignant aux yeux rougis, sur le trottoir, rue Sainte-Catherine. Le souvenir de la tuerie de 1989 était dans bien des discussions. D'autres n'avaient toutefois pas le temps de réfléchir au passé. Ils faisaient face au drame actuel. Croisé à l'intersection Wood et Maisonneuve, le professeur Mario Pignoli tentait de convaincre les policiers de se rendre dans un local de classe précis.
«Je donnais mon cours quand nous avons entendu des coups de feu et du bruit, raconte-t-il nerveusement. Quand j'ai ouvert la porte, deux étudiants couraient, blessés au ventre par des tirs. J'ai dit à tous ceux qui étaient là d'entrer dans ma classe, parce que la porte est lourde et se barre. On a essayé d'appeler le 911, mais ça ne fonctionnait pas.» M. Pignoli est donc sorti pour tenter d'appeler des secours, mais il a été évacué par la police en chemin et n'a pu réintégrer la salle de classe où ses étudiants s'étaient réfugiés. «Je ne sais pas s'ils ont été secourus [il était 14h00 à ce moment], je me sens tellement mal de ne pas être resté avec eux.»
Plusieurs étudiants ont ainsi passé de longues heures barricadés dans leur salle de classe, sans savoir ce qui se passait, pendant que les policiers fouillaient les salles du collège une à une. «On était dans un studio de radio quand deux amis sont entrés pour nous dire qu'il y avait des tirs plus bas. On s'est barricadé derrière deux portes et on est resté là presque trois heures», indique Michelle Ayoub, 18 ans, étudiante en cinéma et communication. Elle affirme avoir entendu au moins une douzaine de coups de feu. Quand elle et ses amis sont sortis, escortés par les policiers, ils ont vu du sang et de la vitre par terre.
Élisabeth Gagnon a aussi vu du sang, mais sur le visage d'une étudiante. «Tout le monde courait. J'étais au troisième étage, j'étais sortie pour prendre une pause. Puis j'ai entendu les tirs, j'ai vu des gens courir partout, il y en avait une de blessée, on criait qu'il y avait eu un shooting. Je suis retournée dans ma classe, paniquée. On est resté là jusqu'à ce que les policiers viennent.»
Bilal Sakr jure pour sa part avoir vu le tireur [il apparaît plus probable qu'il s'agissait d'un policier]. «Il était dans un corridor au troisième étage avec son fusil pointé au sol, un gros fusil. J'ai eu peur, je suis revenu sur mes pas pour descendre un escalier et sortir en courant. J'ai entendu des coups de feu, plusieurs coups de feu.»
L'opération policière a affecté de nombreux commerces. Au passage du Devoir dans la rue Wood, à l'extrémité ouest du collège, des bambins étaient évacués d'une garderie, les parents ou éducatrices couraient en protégeant par réflexe la tête des petits. Aux curieux rassemblés, un policier indiquait: «Il y a des fenêtres partout, tassez-vous! On ne sait pas où est le suspect. Il faut dégager.» Plusieurs de ses collègues étaient embusqués derrière chaque angle mort des bâtiments de cette zone, prêts à tirer.
Tout près, une unité d'intervention fouillait une Pontiac Sunfire noire, qui pourrait appartenir à l'auteur de la tuerie. Vrai ou faux: comme des dizaines d'autres éléments, cela restait à vérifier au moment de mettre sous presse. Par contre, la peur et la panique qui ont frappé Montréal ont été bien réelles.
Ce périmètre représentait une immense scène de crime, au coeur même de la ville. La présence permanente des bruits de sirènes et l'éclat des dizaines de gyrophares allumés, jumelés à la panique palpable en tout point de la zone, donnaient des airs sinistres à Montréal, ville en alerte, ville blessée.
Dans les minutes ayant suivi les premiers coups de feu, un véritable vent de panique a soufflé sur le centre-ville. Lorsque les journalistes du Devoir sont arrivés sur les lieux, ils ont dû sauter par-dessus des policiers accroupis derrière leurs véhicules de patrouille, rue Atwater. Ils avaient dégainé leurs armes de service et les pointaient vers la place Alexis-Nihon, où des citoyens apeurés se bousculaient par dizaines vers la sortie. Des témoins ont rapporté avoir entendu des coups de feu au troisième étage de l'édifice, une information qui a été vite infirmée par la suite. La tragédie n'a eu qu'un seul «foyer», soit le Collège Dawson. Mais la panique, elle, était partout.
Les nouvelles technologies, le cellulaire en tête, n'ont été guère utiles pour faciliter l'intervention des policiers. Ils ont reçu des milliers d'appels, la plupart faisant état d'une fusillade impliquant plus d'un suspect. «Dans 90 % des cas, ils n'avaient pas vu un suspect, mais un policier», a dit Ian Lafrenière, un porte-parole du SPVM. Ne voulant prendre aucun risque, les policiers ont quand même ordonné la fermeture de la station de métro Atwater, sur la ligne verte, afin de couper toute possibilité de fuite à d'éventuels complices.
En outre, les étudiants sous le choc tentaient d'appeler leurs proches en bordure du périmètre de sécurité, à l'aide de leurs téléphones portables. Quand les dizaines de journalistes massés à leurs côtés ont commencé à alimenter les salles de rédaction, les ondes cellulaires ont été saturées par le volume des appels, au point où le SPVM a conseillé aux proches et aux parents de rentrer à la maison et de prendre des informations sur une ligne d'urgence.
Un service d'aide immédiate a par ailleurs été mis sur pied dans une salle de l'université Concordia, à quelques coins de rue. Au passage du Devoir, seules quelques dizaines d'étudiants de Dawson s'y trouvaient, dont la plupart ont été des témoins indirects des événements. «Les autres sont rentrés chez eux», disait une jeune fille. Des conseillers étaient sur place pour offrir de l'aide psychologique de première ligne. «On peut juste tenter de les calmer, leur dire de relaxer, disait une bénévole. Le reste, les flash-backs et tout, ça va venir plus tard. Là, c'est d'absorber le choc et de les sécuriser qui est important.»
Plus près du périmètre, les rumeurs les plus folles couraient sur le nombre des tireurs et des victimes. D'un coin de rue à l'autre, toujours la même scène: des attroupements de gens inquiets, de badauds curieux, retenus par des policiers sur le qui-vive. Les étudiants se serraient dans leurs bras, plusieurs en tremblant. «J'ai eu si peur, on ne savait rien de ce qui se passait, on entend parler d'un massacre», disait en pleurant Maria, jeune étudiante, dans les bras de ses amies.
«Est-ce qu'on est en train de revivre Polytechnique ou Columbine?», demandait un enseignant aux yeux rougis, sur le trottoir, rue Sainte-Catherine. Le souvenir de la tuerie de 1989 était dans bien des discussions. D'autres n'avaient toutefois pas le temps de réfléchir au passé. Ils faisaient face au drame actuel. Croisé à l'intersection Wood et Maisonneuve, le professeur Mario Pignoli tentait de convaincre les policiers de se rendre dans un local de classe précis.
«Je donnais mon cours quand nous avons entendu des coups de feu et du bruit, raconte-t-il nerveusement. Quand j'ai ouvert la porte, deux étudiants couraient, blessés au ventre par des tirs. J'ai dit à tous ceux qui étaient là d'entrer dans ma classe, parce que la porte est lourde et se barre. On a essayé d'appeler le 911, mais ça ne fonctionnait pas.» M. Pignoli est donc sorti pour tenter d'appeler des secours, mais il a été évacué par la police en chemin et n'a pu réintégrer la salle de classe où ses étudiants s'étaient réfugiés. «Je ne sais pas s'ils ont été secourus [il était 14h00 à ce moment], je me sens tellement mal de ne pas être resté avec eux.»
Plusieurs étudiants ont ainsi passé de longues heures barricadés dans leur salle de classe, sans savoir ce qui se passait, pendant que les policiers fouillaient les salles du collège une à une. «On était dans un studio de radio quand deux amis sont entrés pour nous dire qu'il y avait des tirs plus bas. On s'est barricadé derrière deux portes et on est resté là presque trois heures», indique Michelle Ayoub, 18 ans, étudiante en cinéma et communication. Elle affirme avoir entendu au moins une douzaine de coups de feu. Quand elle et ses amis sont sortis, escortés par les policiers, ils ont vu du sang et de la vitre par terre.
Élisabeth Gagnon a aussi vu du sang, mais sur le visage d'une étudiante. «Tout le monde courait. J'étais au troisième étage, j'étais sortie pour prendre une pause. Puis j'ai entendu les tirs, j'ai vu des gens courir partout, il y en avait une de blessée, on criait qu'il y avait eu un shooting. Je suis retournée dans ma classe, paniquée. On est resté là jusqu'à ce que les policiers viennent.»
Bilal Sakr jure pour sa part avoir vu le tireur [il apparaît plus probable qu'il s'agissait d'un policier]. «Il était dans un corridor au troisième étage avec son fusil pointé au sol, un gros fusil. J'ai eu peur, je suis revenu sur mes pas pour descendre un escalier et sortir en courant. J'ai entendu des coups de feu, plusieurs coups de feu.»
L'opération policière a affecté de nombreux commerces. Au passage du Devoir dans la rue Wood, à l'extrémité ouest du collège, des bambins étaient évacués d'une garderie, les parents ou éducatrices couraient en protégeant par réflexe la tête des petits. Aux curieux rassemblés, un policier indiquait: «Il y a des fenêtres partout, tassez-vous! On ne sait pas où est le suspect. Il faut dégager.» Plusieurs de ses collègues étaient embusqués derrière chaque angle mort des bâtiments de cette zone, prêts à tirer.
Tout près, une unité d'intervention fouillait une Pontiac Sunfire noire, qui pourrait appartenir à l'auteur de la tuerie. Vrai ou faux: comme des dizaines d'autres éléments, cela restait à vérifier au moment de mettre sous presse. Par contre, la peur et la panique qui ont frappé Montréal ont été bien réelles.
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