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Pourquoi 17h ?

Depuis 1992, la loi autorise tous les types de commerces à garder leurs portes ouvertes jusqu'à 21h du lundi au vendredi et jusqu'à 17h le samedi et le dimanche. Pour certains commerces (fleuristes, librairies, tabagies, marchands d'antiquités, clubs vidéo et quelques autres), ces restrictions tombent. Dans le cas des marchés d'alimentation et des pharmacies, l'ouverture est aussi permise en tout temps, mais avec un maximum de quatre employés après les heures normales.

Dans notre édition d'hier, nous apprenions que les grandes chaînes d'alimentation reviennent à la charge pour inciter Québec à modifier cette loi inchangée depuis 14 ans afin d'éliminer cette restriction sur le nombre d'employés. Selon elles, il est devenu impossible de respecter cette règle sans brimer la clientèle. Les grandes surfaces d'aujourd'hui font souvent plus de 100 000 pieds carrés et exigent la présence d'un minimum de 10 à 15 personnes pour fonctionner. Certaines préfèrent enfreindre la loi au risque de devoir payer l'amende plutôt que de subir les foudres d'une clientèle frustrée de faire la file.

Évidemment, on peut répondre que ces supermarchés n'ont qu'à fermer leurs portes s'ils ne sont pas capables de répondre aux attentes de la clientèle à cause de leur taille. Après tout, n'était-ce pas là l'objectif du législateur, c'est-à-dire décourager l'ouverture des plus gros pour favoriser les plus petits qui, de toute façon, ont moins de quatre employés?

Or les temps changent et les petits en question sont eux-mêmes devenus gros, voire très gros. Qui aujourd'hui se portera à la défense du pauvre petit Couche-Tard avec ses 37 000 employés (non syndiqués) et son chiffre d'affaires de dix milliards de dollars? Les grandes surfaces sont ouvertes le soir et, on le voit bien, cela n'empêche nullement les dépanneurs, qui savent bien cibler leur clientèle, de faire d'excellentes affaires.

Bien sûr, il y a aussi les employés, qui ont droit comme tout le monde à un repos bien mérité. Mais cet argument ne vaut pas pour les marchés d'alimentation puisque ces commerces sont déjà ouverts aux heures dites et que, à cause du nombre insuffisant d'employés, ce sont ceux-ci qui subissent une surcharge de travail et un stress déraisonnable. Compte tenu du mode de vie contemporain, avouons que l'ouverture des marchés d'alimentation le samedi et le dimanche soir se justifie autant que celle des grandes librairies ou des tabagies.

En guise de compromis, les représentants des chaînes d'alimentation proposent de seulement retarder à 19h, au lieu de 17h, le moment où le nombre d'employés doit être limité à quatre et de fermer complètement leurs commerces les jours fériés. C'est une suggestion très raisonnable qui mérite d'être étudiée. Mais de grâce, qu'on cesse cette comédie ridicule du samedi soir: des jeunes disposés à travailler jusqu'à 21h, il y en a à la centaine. De toute façon, pour eux, la vraie journée ne commence pas avant 23h!

***

j-rsansfacon@ledevoir.com
 
 
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