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Livre à paraître de Roméo Bouchard - Une nouvelle approche s'impose pour développer les régions

28 août 2006  Actualités en société
Québec — Les politiques traditionnelles de développement régional du Québec n'ont pas empêché la marginalisation des régions éloignées. Une nouvelle approche s'impose. Telle est la conclusion à laquelle en arrive Roméo Bouchard, un chercheur qui s'intéresse aux questions de développement rural et qui a fondé l'Union paysanne en 2001.

Dans un livre intitulé Y a-t-il un avenir pour les régions?, qui paraîtra le 4 octobre prochain aux éditions Écosociété, M. Bouchard trace un bilan sévère des programmes gouvernementaux de développement régional mis en place depuis 40 ans.

«Qui voudrait aller s'installer dans une région où il faut importer de la main-d'oeuvre, prendre l'avion pour aller se faire soigner, où il n'y a pas d'écoles spécialisées, où il faut faire 200 km pour le moindre besoin, où on n'a jamais accès à un bon spectacle, où on est isolé de tout et ignoré du reste du Québec?», se demande le chercheur.

En 1970, les autorités gouvernementales prétendaient qu'une «sagesse élémentaire pourrait être de reconnaître et d'admettre qu'il n'y a pas d'autre pôle de développement au Québec que Montréal».

«Un investissement à Montréal est donc plus utile à la Gaspésie qu'un investissement en Gaspésie. Les régions ne font partie du circuit économique qu'en passant par Montréal», ironise Roméo Bouchard.

Malgré de nombreux mouvements de protestation nés dans les régions, comme les Opérations Dignité dans le Bas-Saint-Laurent, ou plus récemment les États généraux du monde rural organisés par Jacques Proulx en février 1991, Bouchard note «l'échec des initiatives de développement local».

Les structures régionales mises en place ne constituent pas une véritable décentralisation et reposent sur des «postulats erronés». Certains croient faussement qu'il y a un manque d'entrepreneurship des citoyens des régions. D'autres veulent imposer un modèle de développement industriel urbain qui ne convient pas à l'économie des régions périphériques.

Occupation du territoire

Aussi, Roméo Bouchard propose une nouvelle approche, celle d'une politique d'occupation du territoire, qui «présuppose un changement radical de notre façon de voir le rôle des régions périphériques». Cette politique d'occupation du territoire devrait se situer à trois niveaux:

- sur le plan politique, en assurant aux régions les pouvoirs nécessaires pour exercer une gestion intégrée de leur territoire;

- sur le plan économique, par la mise en place d'un modèle basé sur les ressources régionales;

- sur le plan social, en faisant en sorte que les services offerts garantissent une qualité de vie comparable à celle des grandes villes.

Pour ce faire, les Municipalités régionales de comté (MRC) doivent devenir de véritables gouvernements territoriaux, avec de vrais pouvoirs et des budgets. Ces derniers pourraient provenir d'un partage des taxes (TPS, TVQ) et d'une redevance sur les ressources naturelles exploitées dans la région.

Les petites municipalités rurales homogènes de moins de 1000 habitants pourraient être regroupées pour leur assurer un meilleur poids dans chaque région.

La gestion des ressources naturelles locales doit être reprise localement. «Le type de concession pratiqué jusqu'ici en faveur des compagnies forestières ou minières a eu comme conséquence que l'État a perdu presque tout contrôle sur l'exploitation de ces ressources», écrit Bouchard. Il prône plutôt de retirer la gestion des forêts publiques aux industries de transformation pour la redonner à des instances régionales.

L'agriculture doit aussi retourner dans les régions et se développer localement. Le virage agricole vers une production hautement industrialisée et intégrée a fait en sorte que «les usines de transformation du lait ont toutes fini par quitter les régions. On observe la même chose pour les encans d'animaux et les abattoirs», note Bouchard.

Le dézonage du territoire agricole s'est également fait en faveur de grands projets de «développement anarchique de banlieues, de nouvelles routes, de parcs industriels, de terrains de golf et d'aéroports».

Pour la pêche, une partie de la solution se trouve dans la transformation locale de produits marins. «Le succès des poissonneries et fumoirs artisanaux qui se multiplient en fait la démonstration.»

Les compagnies minières doivent aussi investir dans leur milieu et ne pas «vider un site et s'en aller après avoir pris le meilleur. Les tentatives désespérées de sauvetage comme à Murdochville sont inefficaces et lamentables».

On doit d'autre part mettre l'accent sur le développement du récréotourisme. L'exemple de Kamouraska doit servir: il y existe 50 entreprises locale reliées au récréotourisme, lesquelles ont créé 150 emplois.

En matière de transports, il faudra cesser de rogner sur la qualité des services de train ou d'avion.
 
 
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