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Quelques mots de plus au sujet de la langue française

Claude Guay - Sherbrooke  23 août 2006  Actualités en société
Récemment, Le Devoir a publié plusieurs textes sur la question de la langue parlée et écrite au Québec qui reflètent bien les divers courants de pensée qui s'expriment actuellement à ce sujet.

Il me semble cependant qu'il y manque un éclairage un petit peu plus objectif et sociologique et qu'on y confond souvent deux séries de problèmes différents:

- les problèmes reliés à la nature et aux caractéristiques de la langue française parlée au Québec;

- les menaces à la survie de la langue et de la culture françaises en terre canadienne et en Amérique.

Le français parlé au Québec

Il y a au moins trois niveaux de langue: le français familier, le français régional et le français international. On peut se contenter de parler un français familier lorsqu'on ne sort pas de son milieu d'origine. Mais toute personne qui veut communiquer avec un ensemble plus vaste est tout naturellement amenée à changer sa façon de parler, à adopter un autre niveau de langue, éventuellement à apprendre à parler une ou plusieurs autres langues.

J'ai déjà constaté que certaines personnes s'expriment différemment selon qu'elles s'adressent à des ouvriers d'usine, à des clients ou à des électeurs, et je ne parle pas ici du vocabulaire utilisé par des techniciens, des hommes de sciences ou des amateurs éclairés dans leurs différents domaines.

Qu'il y ait correspondance entre l'appartenance d'un individu à un groupe social et le niveau de langue qu'il utilise généralement est évident. On ne change de niveau de langue que par intérêt ou que par nécessité, et ceux qui sont intéressés à communiquer leurs sentiments, leurs idées et leurs connaissances à de plus vastes auditoires appartiennent nécessairement à un groupe limité de personnes, à une élite. C'est indéniable. Celui qui ne veut communiquer qu'avec les membres de sa famille ou de son groupe immédiat ne fera jamais partie que d'une élite locale.

Il y a par ailleurs des personnes dont le niveau de langue familial est naturellement international. Il ne faut pas se leurrer: il n'y en a pas tant que ça, et tous les Français n'ont pas d'origine l'accent pointu de Paris. Il faut des efforts pour apprendre à parler à un autre niveau de langue, et cet apprentissage n'est jamais fini.

Le joual est le niveau de langue couramment parlé au Québec dans les milieux populaires. Il n'y a pas de mal à cela et il n'y a pas à avoir honte de parler joual. Il est tout simplement important de faire comprendre aux personnes intéressées à ouvrir leurs horizons, à s'exprimer sur une scène plus grande, à communiquer avec tous les francophones d'Amérique et d'ailleurs et, tout simplement, à accroître leurs possibilités d'emploi qu'il leur faut apprendre à parler à un autre niveau de langue.

Il me semble que si cela était compris par les enseignants d'abord, il leur serait possible de répondre aux questions que leur posent les étudiants sur l'intérêt et la nécessité d'apprendre à parler un français de niveau plus international. Quant à ceux qui se contenteront d'apprendre à parler joual, grand bien leur fasse.

Les menaces à la survie

de la langue et de la culture

On parle de la langue comme s'il s'agissait d'un objet, ce qu'elle est en partie seulement. En effet, tant et aussi longtemps qu'elle sera vivante, la langue française fera partie intime de ceux qui la parlent, et il n'y aura qu'une seule façon de s'assurer qu'elle soit parlée par qui on veut et comme on le veut: la coercition.

C'est d'ailleurs par la coercition que la langue française est devenue pratiquement la seule langue parlée en France. D'autres langues en sont mortes. Au Québec, il nous a fallu une loi coercitive pour en assurer la survie jusqu'à présent. Cette loi est-elle suffisante pour assurer indéfiniment la survie de langue et de la culture françaises au Québec? Je ne sais. Faut-il aller plus loin dans cette direction? Sommes-nous prêts à le faire? Sommes-nous en mesure de le faire? J'en doute. Il me semble que cette bataille a été perdue à deux reprises, et je ne suis pas convaincu qu'il y aura une troisième manche.

Qu'importe! Il me semble qu'il y a par ailleurs un autre combat à livrer, bien plus beau, celui qui a pour but la libération de tous et chacun de nous par le développement des connaissances d'une part et le développement de l'esprit critique (et le gros bon sens qui en est la contrepartie) d'autre part. Il n'est pas nécessaire de parler pointu pour être libre, et la maîtrise de toutes les subtilités de la langue française n'est pas une condition essentielle à la libération de l'esprit.

Par contre, il faut savoir ce que les mots veulent dire, pouvoir les utiliser à bon escient et, surtout, ne pas se laisser berner par ceux qui manipulent les mots pour leur faire dire n'importe quoi. Et puis, surtout, il faut savoir, en écoutant toutes les belles paroles, ouvrir les yeux et pouvoir dire: «C'est bien beau, mais ce n'est pas ce que je vois.»

La langue française n'est pas l'objet qui nous intéresse ici. C'est une bien belle langue, mais je vois qu'il y a autre chose de plus important à faire lorsqu'on s'inquiète à son sujet, soit de ne pas prendre l'effet pour la cause. Je ne sais pas si nous parlons mieux le français qu'avant et je m'en balance totalement. Je souhaite que nous apprenions à voir et à penser mieux, quelle que soit la langue que nous utilisions pour le faire.
 
 
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