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Alerte terroriste mondiale

Arrestation de 24 Britanniques soupçonnés de vouloir faire exploser des avions en plein vol

Le Devoir   11 août 2006  Actualités en société
Le renforcement des mesures de surveillance a immédiatement entraîné des files d’attente et des cohues monstres dans tous les aéroports de Grande-Bretagne et surtout à Londres-Heathrow, où 200 000 passagers ont été touchés par des annulations
Photo : Agence Reuters
Le renforcement des mesures de surveillance a immédiatement entraîné des files d’attente et des cohues monstres dans tous les aéroports de Grande-Bretagne et surtout à Londres-Heathrow, où 200 000 passagers ont été touchés par des annulations
Les autorités britanniques ont démantelé hier un vaste complot terroriste qui impliquait un grand nombre de personnes qui planifiaient d'embarquer à bord d'avions de ligne à destination des États-Unis avec des explosifs liquides dans leurs bagages à main pour les faire sauter une fois l'avion en vol. Le modus operandi place d'ailleurs l'organisation al-Qaïda en tête de liste des suspects. Et le spectre du terrorisme a mis les autorités en état d'alerte, ce qui a paralysé plusieurs aéroports, surtout britanniques et américains, pendant toute la journée.

Au moins 24 Britanniques musulmans, la plupart issus de la communauté pakistanaise, ont été arrêtés alors que leur plan se trouvait dans la phase finale des préparatifs, selon le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, Paul Chertoff, tandis qu'une source britannique estimait que les terroristes «étaient à environ deux jours d'un test, et à quelques jours de passer à l'acte». Le nombre d'appareils qui auraient été ciblés variait de trois à 20 hier, selon les sources et les rumeurs qui circulaient. Le quotidien britannique The Guardian, citant des sources policières, évoque le chiffre de 10 avions concernés, 10 Boeing 747 transportant plus de 400 passagers.

Le complot avait «une dimension mondiale» qui impliquait «un grand nombre de personnes» tant en Grande-Bretagne qu'à l'étranger, a soutenu le chef de l'unité antiterroriste de la police, Peter Clarke. La plupart des suspects ont été interpellés dans la nuit de mercredi à jeudi à Londres, mais aussi dans sa grande banlieue et, pour deux d'entre eux, à Birmingham. Des perquisitions étaient toujours en cours à leurs domiciles hier soir. La police, qui ne les a pas nommés, estime qu'ils sont les principaux auteurs du complot. Elle recherche toujours au moins cinq autres personnes qui seraient impliquées dans ce projet, qui aurait pu faire plus de victimes que les attentats de septembre 2001. Un responsable du renseignement américain a indiqué que United Airlines, American Airlines et Continental Airlines faisaient partie des compagnies aériennes visées, précisant que des compagnies non américaines pourraient également avoir été concernées. Les vols devaient relier la Grande-Bretagne à des villes américaines qui sont «des destinations touristiques»: New York, Washington, Los Angeles, Boston et Chicago. Le complot visait «jusqu'à dix vols», selon lui. D'après des responsables américains, les auteurs du complot semblaient vouloir profiter du pic du trafic aérien pendant l'été et non faire nécessairement coïncider les attaques avec l'anniversaire de celles perpétrées contre le World Trade Center.

Pour l'instant, l'attention des enquêteurs semble se focaliser plus particulièrement sur l'emploi par les terroristes d'explosifs liquides. Ainsi, de Londres aux aéroports américains, mais aussi à Prague ou à Rome, les passagers ne sont autorisés à emporter ni liquides ni gels dans leurs bagages à main. Boissons, shampooings, lotions solaires, crèmes, dentifrices ou gels pour les cheveux sont donc bannis des cabines des avions. La police londonienne a toutefois refusé de confirmer cet élément de l'enquête.

«N'importe quel liquide, mélangé avec une autre substance, peut devenir explosif», a expliqué David Hill, un ancien expert britannique de l'antiterrorisme. Selon d'autres spécialistes consultés par le quotidien anglais The Independant, plusieurs hypothèses concernant la nature de la bombe sont possibles: un engin à base de nitroglycérine liquide dont aurait été imbibé du coton hydrophile ou, plus probablement, du nitrate d'ammonium en poudre rendu explosif par l'ajout d'acide sulfurique ou d'acétone liquide, ou les deux.

Pour éviter toute détection pendant les contrôles, le détonateur aurait pu être composé des filaments d'une ampoule et déclenché par l'impulsion électrique d'une montre digitale ou d'un téléphone portatif. Les kamikazes auraient pu cacher les composants de leurs bombes dans des boîtes de talc et des bouteilles avant de les assembler dans les toilettes de l'avion une fois en vol.

La marque d'al-Qaïda?

Les autorités américaines ont évidemment été prompts à pointer du doigt la nébuleuse d'al-Qaïda. «Cela porte certainement la marque d'al-Qaïda», a soutenu un représentant. «Ils connaissent bien le secteur aérien. C'est quelque chose qu'ils ont essayé de viser depuis de nombreuses années», a-t-il ajouté. La complexité de l'opération nécessitait des individus bénéficiant d'un entraînement et d'une expertise difficiles à acquérir en Grande-Bretagne, a estimé ce responsable. Cela soulève, selon lui, plusieurs questions: «Est-ce que ces types ont voyagé? Où sont-ils allés? Ont-ils eu une formation dans des camps d'al-Qaïda ou d'autres camps d'organisations terroristes liées à al-Qaïda?»

À trois mois des élections de mi-mandat, le président George W. Bush a lui aussi passé outre l'enquête en cours pour répondre aux détracteurs de sa politique de «guerre contre le terrorisme». Ce projet d'attentats est «le parfait rappel que cette nation [les États-Unis] est en guerre contre les fascistes islamiques», a-t-il déclaré. Croire que les États-Unis ne sont pas menacés est une «erreur», a dit M. Bush.

Selon un haut responsable de l'administration républicaine, le président a été informé des détails de l'affaire vendredi, puis tenu constamment au courant par le premier ministre britannique Tony Blair. Le directeur du FBI, Robert Mueller, s'est tout de même voulu rassurant, déclarant qu'il n'y avait «pas d'indication pour le moment d'un complot à l'intérieur des États-Unis».

De son côté, la police britannique a seulement évoqué «des gens qui se cachent derrière certaines religions», tandis que le ministre britannique de l'Intérieur, John Reid, a souligné que la violence des terroristes était une menace pour «toutes les communautés» confessionnelles. «L'enquête est complexe et elle se poursuit», a-t-il ajouté.

Selon la chaîne de télévision américaine ABC, 22 des 24 personnes arrêtées seraient d'origine pakistanaise. Il y aurait également un suspect d'origine bangladeshi et un autre d'origine iranienne. Le réseau a aussi affirmé que deux des suspects arrêtés avaient préparé des cassettes où ils se vantaient des attentats qu'ils comptaient commettre. D'après un responsable de la police britannique, tous les suspects ont grandi en Grande-Bretagne, même s'il n'était pas précisé s'ils étaient tous de nationalité britannique.

Les autorités pakistanaises ont par ailleurs joué un rôle important dans cette affaire, procédant à plusieurs arrestations qui ont contribué à déjouer le complot visant à faire exploser des avions assurant la liaison entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. «Le Pakistan a joué un rôle très important dans la découverte et le démantèlement de ce réseau terroriste international», a déclaré hier la porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères, Tasnim Aslam. «Il y a eu quelques arrestations au Pakistan, qui ont été faites en coordination avec celles menées en Grande-Bretagne», a-t-elle ajouté.

Mme Aslam n'a fourni aucune précision sur la date des arrestations ou l'identité des personnes arrêtées. Les arrestations effectuées en Grande-Bretagne sont le résultat d'une «coopération internationale active entre le Pakistan, le Royaume-Uni et les États-Unis», a souligné Mme Aslam. Selon elle, cette coopération s'est déroulée «pendant un certain laps de temps».

Une telle opération de contre-terrorisme a aussi mis les autorités sur le pied d'alerte. La Grande-Bretagne a été placée, pour la première fois, au niveau d'alerte «critique», qui avertit d'une «attaque terroriste imminente». Elle a ainsi adopté des mesures de sécurité exceptionnelles qui ont provoqué le chaos dans tous les aéroports du pays et dans le ciel européen. La sécurité a aussi été renforcée dans les ports maritimes et dans le tunnel sous la Manche.

Washington a également décrété l'alerte maximale pour les vols commerciaux en provenance de Grande-Bretagne. Le niveau «rouge», le plus haut sur l'échelle américaine, a été décrété pour les vols venant de Grande-Bretagne, a annoncé le département de la Sécurité intérieure. «Nous avons également placé au niveau élevé, ou "orange", le niveau d'alerte concernant tous les autres vols commerciaux», a-t-il ajouté.

Avec Associated Press, l'Agence France-Presse, The Independant, Le Monde et Reuters
 
 
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