C'est la vie! - Se forger un pays
À la ferronnerie La Bigorne
La Bigorne de Saint-Jean-Port-Joli. Davantage qu’une ferronnerie, un endroit où se bricoler une fierté.
Photos: Jean-Marc Massie
Il fabrique des girouettes qui ne perdront jamais le nord. Clermont Guay fait naître une direction mais ne se bat pas contre les courants dominants. Avec la patience affable du paysan, il attend que la girouette tourne. Les deux pieds calés dans ses sabots, un tablier de cuir accroché à la taille, sa calotte de chemineau vissée sur la tête, ce gaillard, aux mains larges comme des souches, n'est pas avare de son verbe. Un pan d'homme, une voix qui porte, des anecdotes et des convictions politiques à la volée, ce grand six pieds a la carrure pour faire rougir le métal et crier l'enclume. Pour forger un pays aussi.
Avec un mélange de charisme du tribun et de force rurale, Clermont Guay, bientôt sexagénaire, milite ardemment au sein de sa forge pour que le Québec, son «pays», accède à la souveraineté. Au nom d'un peuple, Clermont est prêt à «mourir pour des idées, mais de mort lente», dit-il en citant Brassens. Chaque vendredi, lorsqu'il ferme boutique, une trentaine d'indépendantistes comme lui se retrouvent dans sa forge pour le «Sénat du vendredi». On sort les chips, la bière et le député de son placard, et on refait le monde à mesure d'homme: «Si tu veux partir des rumeurs, tu vas au bureau de poste ou tu viens à la forge...», explique-t-il.
En courbant la nuque des tiges de fer ou des feuilles de cuivre, ce ferronnier d'art récupère ce que les autres jettent, notre patrimoine, et le fait renaître grâce au feu sacré de ses deux fours alimentés au charbon. «Sauver le pays, moi j'aime ça!», me dit-il en me présentant le banc de bois dont il a récupéré les montants rouillés et auquel il a fixé des planchers de camion en guise de sièges. «Quand t'as pas de pays, tu jettes. Tu jettes la misère, mais la misère reste là. Place les bricoleurs au pouvoir et on récupère le pays...», laisse-t-il tomber avec un sourire allumé.
Clermont a repris la devise de son père, un charoyeux de pitounes de la Beauce: crée ou crève! «Dans ce temps-là, on savait juste faire une chose pour s'en sortir: des enfants.»
L'érection
Technicien forestier durant 30 ans, Clermont a pris sa retraite en 1997 pour ouvrir sa forge. Magnifique bâtiment érigé en une seule journée, «La Bigorne» est le fruit d'une corvée collective. «On a levé ça toute d'une venue, explique Clermont en me servant un café de forgeron noir comme du charbon. Soixante belles grosses épinettes portées par 30 hommes et 30 femmes. On a appelé ça "l'érection"! Le plus vieux charpentier de Saint-Jean-Port-Joli, Jean Julien, était là. Mon p'tit frère était maître d'oeuvre. Mon père et mon fils participaient. Les trois générations...»
La Bigorne, sa jolie ferronnerie campée sur la route 132 et placardée de vieux panneaux publicitaires de taule, attire le regard. Les clés anglaises accrochées au mur, de la plus grande à la plus petite, les dizaines de marteaux et de pinces, les crochets et les mâchoires de métal, chacun de ces outils a sa niche dans l'atelier: «Faut être à l'ordre pour faire de la belle création...», insiste l'artisan. Sa forge-boutique est un véritable musée voué à la sauvegarde des vieux métiers et de leurs outils. Ces objets moyen-âgeux témoignent d'une patiente évolution.
De nos jours, le métier de forgeron se divise en deux branches: le ferronnier, sédentaire, et le maréchal-ferrant, itinérant. «Ce sont les ferronniers qui fabriquent les outils des bijoutiers, des cordonniers et même leurs propres outils pour faire de l'ornementation.» Du travail bien minutieux pour de si grandes mains: «J'ai pris ma retraite des forêts parce que mes mains étaient trop grandes pour les claviers d'ordinateur. J'ai jamais pris le virage informatique parce que les claviers sont faits pour des Japonais.»
Après l'invention de la roue et du fer, il y a eu celle de Clermont Guay. Tel un personnage tiré d'un roman de Germaine Guèvremont ou de Gabrielle Roy, Clermont apostrophe le client comme s'il l'avait toujours connu, sachant bien que le touriste musarde davantage par désoeuvrement que par réel besoin: «Les vieux ont besoin de rien, les jeunes voudraient ben...», dit-il en philosophant. «Quand t'as des dents, t'as pas de pain pis quand t'as plus de dents, t'as du pain.»
En s'adressant à un couple d'Ontariens qui viennent d'entrer dans sa boutique: «Bonjour, parlez-vous français?» «Anglé si-vou-plé...», répond l'homme. «Pourquoi pas français? C'est de même que ça marche icitte!», laisse tomber le commerçant dont les allégeances souverainistes passent avant le chiffre d'affaires. Les clients repartent sans même goûter au sirop d'érable qu'il fabrique dans sa petite érablière chaque printemps. «Un cadeau du bon Dieu... goûte-moi ça!»
C'est en forgeant...
À bien y penser, on le dirait échappé d'un documentaire de Pierre Perrault: l'ingéniosité du vieux temps fondue à la fierté d'avoir survécu à la misère. On ne dira jamais assez l'éclat d'orgueil dans le regard du patenteux. C'est en forgeant un proverbe que Clermont Guay est devenu forgeron. «Comme dit mon frère, si tu veux savoir si c'est beau, regarde si c'est vrai. Si c'est pas vrai, ça peut pas être beau...»
Lorsque ses enfants fréquentaient l'université, Clermont allait consulter les livres de ferronnerie à la bibliothèque. «J'ai appris dans les livres. Quand t'as le feu de forge pis les livres, c'est facile!»
En le quittant, je me suis mise à fredonner Le Grand six pieds de Claude Gauthier: «Un Québécois comme y en a plus/Un grand six pieds, poilu en plus/ Fier de son âme/ Je suis de nationalité canadienne-française/ Et ces billots je les ai coupés/ À la sueur de mes deux pieds/ Dans la terre glaise. Et voulez-vous pas m'embêter/ Avec vos mesures à l'anglaise...»
J'ai eu la conviction que les grands six pieds meurent debout, comme les épinettes, les forges et les idéaux.
cherejoblo@ledevoir.com
***
Ceci n'est pas un blogue
Les 550 enfants de Francine
Mon amie Francine travaille comme intervenante communautaire scolaire à l'école primaire François-de-Laval dans le quartier de Bordeaux-Cartierville. La langue offerte au cours de PELO (Programme d'enseignement de la langue d'origine) est l'arabe. Les 550 enfants viennent surtout du Liban.
Lorsque Francine les a quittés à la fin des classes, le mois dernier, ils avaient un grand sourire aux lèvres: certains s'en retournaient pour les vacances au Liban. On s'en doute, Francine peut mettre des visages sur cette guerre, c'est toujours pire quand la guerre n'est pas qu'un nuage en forme de champignon:
«Je pense à Hajar et Sarah, deux petites soeurs aux yeux vert-jaune inimaginables, à Mohamed le Terrible que j'ai réussi à calmer grâce à la chorale que j'organise à l'école avec Tiphaine, une vraie chef de choeur, à Lara, la petite soeur de Mohamed, mon enfant sauvage que j'ai apprivoisée (j'arrive à lui tirer un sourire si timide qu'il se sauve je ne sais où dès qu'il apparaît). Je pense à Sara la souriante, leur grande soeur résiliente de tant de secrets d'enfant; à Salim, mon poète de huit ans; à Edgar, ma deuxième lune; à Edwin, le discret et à leur grande petite soeur Ingrid, que j'ai connue en poussette et qui sera en maternelle en septembre.»
«Je pense à Rebecca, Cristina et Alicia, mes trois petites boules rondes de bonté, à Hanine et Ahmad mes deux combattants du quotidien, à Élissa, Inanna et Ninar, mes trois petites fées que je retrouve parfois à la librairie Monet le dimanche, assises, en train de lire, les pattes croisées dans les fauteuils trop grands pour elles. Je pense aussi à leurs parents, gens de courage qui ont quitté tout ce qu'ils avaient pour se refaire une vie sans guerre ni peur, parfois dans des conditions si difficiles. Être sept dans un 4 1/2 est assez éprouvant, surtout quand le propriétaire coupe le chauffage en plein hiver parce qu'il a décidé de faire des économies sur le dos des locataires.»
«J'aide ces enfants à bien grandir en m'occupant d'eux et de leur famille. Mon travail en est un de bienveillance qui vole jusqu'au Liban. C'est pourquoi, avec toute ma tendresse, je me suis mise à tisser autour d'eux un grand cordon invisible de sécurité. J'ai envie de tous les retrouver et de les prendre dans mes bras à la rentrée en septembre et de plonger mes yeux dans les leurs, bordés d'un grand sourire...»
«Mes quatre gars me disent: "M'an, t'es passée d'une famille de quatre à 550 enfants!" Et je leur réponds: "Je suis chanceuse, han!"»
Chanceuse, mais 550 fois plus inquiète...
***
Retenu: l'adresse de la ferronnerie La Bigorne, au 711, De Gaspé Ouest (sur la 132), à l'entrée du village de Saint-Jean-Port-Joli. Clermont Guay vend beaucoup de girouettes en cuivre (150 $ à 700 $), mais aussi un peu d'antiquités et des créations sur commande. (418) 598-3887. Pour le Sénat du vendredi, l'assistance est gratuite; apportez votre bière.
Déniché: un cours de forge à l'École des vieux métiers de Longueuil. Deux niveaux au mois d'août: Forge 1 et 2. On apprend à fabriquer un outil. www.vieuxmetiers.ca ou (450) 677-2125.
Acheté: du pain cuit au four à bois chez Dame Tartine (70, de Gaspé Ouest, sur la 132) à Saint-Jean-Port-Joli. Une incontournable du Bas-du-Fleuve, Dame Tartine fabrique aussi ses chocolats, ses glaces et sorbet, ses tartes et cakes, ses confitures et bonbons. Arrêt obligé et l'odeur du fait maison.
Acheté: du rosé des Appalaches à la Cidrerie La Pomme du Saint-Laurent. Un cidre avec une pointe de canneberge, ce délicieux apéro n'est pas disponible à la SAQ terroir, contrairement aux deux autres produits de la cidrerie. «Parce qu'il faut se garder de quoi dans nos régions, sinon les gens ne viendront plus nous voir», m'a affirmé la propriétaire. Allez donc les voir! 503, chemin Bellevue Ouest, Cap-Saint-Ignace. lapommedustlaurent@globetrotter.net
Loué: le documentaire Pour la suite du monde de Pierre Perrault et Michel Brault. Tourné en 1962, ce document d'époque nous présente les habitants de l'Isle-aux-Coudres au moment où ils tentent de faire revivre la tradition de la pêche aux marsouins dans le fleuve Saint-Laurent. Magnifique témoignage d'une parlure et d'une façon d'aborder l'autre qui n'a plus cours qu'en région. www.onf.ca
Goûté: l'excellente cuisine de Carole Henstridge, la chef cuisinière de l'auberge-restaurant La Gobichonne à Cap-Saint-Ignace. Des produits frais et le plus souvent locaux, beaucoup d'amour, rien de trop étouffant, de la simplicité et un rien de retenue, font de cette table un détour charmant. www.aubergelagobichonne.com 1-800-757-5329
Piqué: une plonge dans le fleuve à la hauteur de l'Anse-à-Gilles. L'eau est brune mais les gens du coin racontent que c'est très efficace contre l'eczéma. Je ne fais pas d'eczéma. Mais c'est sûrement bon pour les nerfs, les cancers de peau et le sentiment de fierté nationale.
Avec un mélange de charisme du tribun et de force rurale, Clermont Guay, bientôt sexagénaire, milite ardemment au sein de sa forge pour que le Québec, son «pays», accède à la souveraineté. Au nom d'un peuple, Clermont est prêt à «mourir pour des idées, mais de mort lente», dit-il en citant Brassens. Chaque vendredi, lorsqu'il ferme boutique, une trentaine d'indépendantistes comme lui se retrouvent dans sa forge pour le «Sénat du vendredi». On sort les chips, la bière et le député de son placard, et on refait le monde à mesure d'homme: «Si tu veux partir des rumeurs, tu vas au bureau de poste ou tu viens à la forge...», explique-t-il.
En courbant la nuque des tiges de fer ou des feuilles de cuivre, ce ferronnier d'art récupère ce que les autres jettent, notre patrimoine, et le fait renaître grâce au feu sacré de ses deux fours alimentés au charbon. «Sauver le pays, moi j'aime ça!», me dit-il en me présentant le banc de bois dont il a récupéré les montants rouillés et auquel il a fixé des planchers de camion en guise de sièges. «Quand t'as pas de pays, tu jettes. Tu jettes la misère, mais la misère reste là. Place les bricoleurs au pouvoir et on récupère le pays...», laisse-t-il tomber avec un sourire allumé.
Clermont a repris la devise de son père, un charoyeux de pitounes de la Beauce: crée ou crève! «Dans ce temps-là, on savait juste faire une chose pour s'en sortir: des enfants.»
L'érection
Technicien forestier durant 30 ans, Clermont a pris sa retraite en 1997 pour ouvrir sa forge. Magnifique bâtiment érigé en une seule journée, «La Bigorne» est le fruit d'une corvée collective. «On a levé ça toute d'une venue, explique Clermont en me servant un café de forgeron noir comme du charbon. Soixante belles grosses épinettes portées par 30 hommes et 30 femmes. On a appelé ça "l'érection"! Le plus vieux charpentier de Saint-Jean-Port-Joli, Jean Julien, était là. Mon p'tit frère était maître d'oeuvre. Mon père et mon fils participaient. Les trois générations...»
La Bigorne, sa jolie ferronnerie campée sur la route 132 et placardée de vieux panneaux publicitaires de taule, attire le regard. Les clés anglaises accrochées au mur, de la plus grande à la plus petite, les dizaines de marteaux et de pinces, les crochets et les mâchoires de métal, chacun de ces outils a sa niche dans l'atelier: «Faut être à l'ordre pour faire de la belle création...», insiste l'artisan. Sa forge-boutique est un véritable musée voué à la sauvegarde des vieux métiers et de leurs outils. Ces objets moyen-âgeux témoignent d'une patiente évolution.
De nos jours, le métier de forgeron se divise en deux branches: le ferronnier, sédentaire, et le maréchal-ferrant, itinérant. «Ce sont les ferronniers qui fabriquent les outils des bijoutiers, des cordonniers et même leurs propres outils pour faire de l'ornementation.» Du travail bien minutieux pour de si grandes mains: «J'ai pris ma retraite des forêts parce que mes mains étaient trop grandes pour les claviers d'ordinateur. J'ai jamais pris le virage informatique parce que les claviers sont faits pour des Japonais.»
Après l'invention de la roue et du fer, il y a eu celle de Clermont Guay. Tel un personnage tiré d'un roman de Germaine Guèvremont ou de Gabrielle Roy, Clermont apostrophe le client comme s'il l'avait toujours connu, sachant bien que le touriste musarde davantage par désoeuvrement que par réel besoin: «Les vieux ont besoin de rien, les jeunes voudraient ben...», dit-il en philosophant. «Quand t'as des dents, t'as pas de pain pis quand t'as plus de dents, t'as du pain.»
En s'adressant à un couple d'Ontariens qui viennent d'entrer dans sa boutique: «Bonjour, parlez-vous français?» «Anglé si-vou-plé...», répond l'homme. «Pourquoi pas français? C'est de même que ça marche icitte!», laisse tomber le commerçant dont les allégeances souverainistes passent avant le chiffre d'affaires. Les clients repartent sans même goûter au sirop d'érable qu'il fabrique dans sa petite érablière chaque printemps. «Un cadeau du bon Dieu... goûte-moi ça!»
C'est en forgeant...
À bien y penser, on le dirait échappé d'un documentaire de Pierre Perrault: l'ingéniosité du vieux temps fondue à la fierté d'avoir survécu à la misère. On ne dira jamais assez l'éclat d'orgueil dans le regard du patenteux. C'est en forgeant un proverbe que Clermont Guay est devenu forgeron. «Comme dit mon frère, si tu veux savoir si c'est beau, regarde si c'est vrai. Si c'est pas vrai, ça peut pas être beau...»
Lorsque ses enfants fréquentaient l'université, Clermont allait consulter les livres de ferronnerie à la bibliothèque. «J'ai appris dans les livres. Quand t'as le feu de forge pis les livres, c'est facile!»
En le quittant, je me suis mise à fredonner Le Grand six pieds de Claude Gauthier: «Un Québécois comme y en a plus/Un grand six pieds, poilu en plus/ Fier de son âme/ Je suis de nationalité canadienne-française/ Et ces billots je les ai coupés/ À la sueur de mes deux pieds/ Dans la terre glaise. Et voulez-vous pas m'embêter/ Avec vos mesures à l'anglaise...»
J'ai eu la conviction que les grands six pieds meurent debout, comme les épinettes, les forges et les idéaux.
cherejoblo@ledevoir.com
***
Ceci n'est pas un blogue
Les 550 enfants de Francine
Mon amie Francine travaille comme intervenante communautaire scolaire à l'école primaire François-de-Laval dans le quartier de Bordeaux-Cartierville. La langue offerte au cours de PELO (Programme d'enseignement de la langue d'origine) est l'arabe. Les 550 enfants viennent surtout du Liban.
Lorsque Francine les a quittés à la fin des classes, le mois dernier, ils avaient un grand sourire aux lèvres: certains s'en retournaient pour les vacances au Liban. On s'en doute, Francine peut mettre des visages sur cette guerre, c'est toujours pire quand la guerre n'est pas qu'un nuage en forme de champignon:
«Je pense à Hajar et Sarah, deux petites soeurs aux yeux vert-jaune inimaginables, à Mohamed le Terrible que j'ai réussi à calmer grâce à la chorale que j'organise à l'école avec Tiphaine, une vraie chef de choeur, à Lara, la petite soeur de Mohamed, mon enfant sauvage que j'ai apprivoisée (j'arrive à lui tirer un sourire si timide qu'il se sauve je ne sais où dès qu'il apparaît). Je pense à Sara la souriante, leur grande soeur résiliente de tant de secrets d'enfant; à Salim, mon poète de huit ans; à Edgar, ma deuxième lune; à Edwin, le discret et à leur grande petite soeur Ingrid, que j'ai connue en poussette et qui sera en maternelle en septembre.»
«Je pense à Rebecca, Cristina et Alicia, mes trois petites boules rondes de bonté, à Hanine et Ahmad mes deux combattants du quotidien, à Élissa, Inanna et Ninar, mes trois petites fées que je retrouve parfois à la librairie Monet le dimanche, assises, en train de lire, les pattes croisées dans les fauteuils trop grands pour elles. Je pense aussi à leurs parents, gens de courage qui ont quitté tout ce qu'ils avaient pour se refaire une vie sans guerre ni peur, parfois dans des conditions si difficiles. Être sept dans un 4 1/2 est assez éprouvant, surtout quand le propriétaire coupe le chauffage en plein hiver parce qu'il a décidé de faire des économies sur le dos des locataires.»
«J'aide ces enfants à bien grandir en m'occupant d'eux et de leur famille. Mon travail en est un de bienveillance qui vole jusqu'au Liban. C'est pourquoi, avec toute ma tendresse, je me suis mise à tisser autour d'eux un grand cordon invisible de sécurité. J'ai envie de tous les retrouver et de les prendre dans mes bras à la rentrée en septembre et de plonger mes yeux dans les leurs, bordés d'un grand sourire...»
«Mes quatre gars me disent: "M'an, t'es passée d'une famille de quatre à 550 enfants!" Et je leur réponds: "Je suis chanceuse, han!"»
Chanceuse, mais 550 fois plus inquiète...
***
Retenu: l'adresse de la ferronnerie La Bigorne, au 711, De Gaspé Ouest (sur la 132), à l'entrée du village de Saint-Jean-Port-Joli. Clermont Guay vend beaucoup de girouettes en cuivre (150 $ à 700 $), mais aussi un peu d'antiquités et des créations sur commande. (418) 598-3887. Pour le Sénat du vendredi, l'assistance est gratuite; apportez votre bière.
Déniché: un cours de forge à l'École des vieux métiers de Longueuil. Deux niveaux au mois d'août: Forge 1 et 2. On apprend à fabriquer un outil. www.vieuxmetiers.ca ou (450) 677-2125.
Acheté: du pain cuit au four à bois chez Dame Tartine (70, de Gaspé Ouest, sur la 132) à Saint-Jean-Port-Joli. Une incontournable du Bas-du-Fleuve, Dame Tartine fabrique aussi ses chocolats, ses glaces et sorbet, ses tartes et cakes, ses confitures et bonbons. Arrêt obligé et l'odeur du fait maison.
Acheté: du rosé des Appalaches à la Cidrerie La Pomme du Saint-Laurent. Un cidre avec une pointe de canneberge, ce délicieux apéro n'est pas disponible à la SAQ terroir, contrairement aux deux autres produits de la cidrerie. «Parce qu'il faut se garder de quoi dans nos régions, sinon les gens ne viendront plus nous voir», m'a affirmé la propriétaire. Allez donc les voir! 503, chemin Bellevue Ouest, Cap-Saint-Ignace. lapommedustlaurent@globetrotter.net
Loué: le documentaire Pour la suite du monde de Pierre Perrault et Michel Brault. Tourné en 1962, ce document d'époque nous présente les habitants de l'Isle-aux-Coudres au moment où ils tentent de faire revivre la tradition de la pêche aux marsouins dans le fleuve Saint-Laurent. Magnifique témoignage d'une parlure et d'une façon d'aborder l'autre qui n'a plus cours qu'en région. www.onf.ca
Goûté: l'excellente cuisine de Carole Henstridge, la chef cuisinière de l'auberge-restaurant La Gobichonne à Cap-Saint-Ignace. Des produits frais et le plus souvent locaux, beaucoup d'amour, rien de trop étouffant, de la simplicité et un rien de retenue, font de cette table un détour charmant. www.aubergelagobichonne.com 1-800-757-5329
Piqué: une plonge dans le fleuve à la hauteur de l'Anse-à-Gilles. L'eau est brune mais les gens du coin racontent que c'est très efficace contre l'eczéma. Je ne fais pas d'eczéma. Mais c'est sûrement bon pour les nerfs, les cancers de peau et le sentiment de fierté nationale.
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