La lutte est toujours nécessaire
Michèle Asselin - Présidente de la Fédération des femmes du Québec et porte-parole de la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes
28 juin 2006
Actualités en société
Lettre à Carole Théberge, ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine
Dans une lettre d'opinion publiée dans Le Devoir le 19 juin 2006, vous vous étonniez de la sortie publique de la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF), le 16 juin précédent, où nous demandions une rencontre avec le premier ministre. Dans une entrevue, vous mentionniez votre surprise, alléguant que la lettre n'avait été transmise que quelques jours auparavant.
Or, depuis le 8 mars dernier, des milliers de personnes ont fait parvenir une lettre sollicitant une rencontre entre le premier ministre et les représentantes de la Coordination de la Marche mondiale des femmes. Elles appuyaient ainsi les revendications québécoises de la Marche mondiale des femmes. Aucune d'entre elles n'a reçu de réponse. Le cabinet du premier ministre n'a jamais pris contact avec les représentantes de la CQMMF.
Il y a plus d'un an, soit le 15 mars 2005, la CQMMF faisait parvenir une première demande de rencontre avec le premier ministre, demande que nous avons réitérée le 17 octobre 2005. À chaque occasion, nous avons été invitées à vous rencontrer, Mme la ministre. Ce que nous avons fait, bien sûr!
Contrairement à d'autres premiers ministres qui rencontraient régulièrement les représentantes du mouvement des femmes, soulignons que depuis l'arrivée au pouvoir du Parti libéral du Québec, le mouvement des femmes n'a rencontré le premier ministre qu'une seule fois au début de son mandat, alors que M. Charest avait «omis» de nommer une ministre responsable de la Condition féminine.
Des discussions autour des revendications que nous portons depuis le 8 mars 2005 ont certes cours avec le gouvernement du Québec. En matière de représentation politique, le mouvement des femmes a rigoureusement fait ses «devoirs». Ont été rencontrés ministres, attachés politiques, députés et fonctionnaires. Ce dialogue se poursuit toujours.
Encore des pas à faire
Rappelons que les revendications que nous portons couvrent un large éventail de questions cruciales dans la perspective d'atteindre une véritable égalité pour toutes les Québécoises. Bien que nous ayons connu des avancées, force est de constater qu'il reste encore de nombreux pas à faire.
Les conditions de vie des femmes en situation de pauvreté et celles des travailleuses au bas de l'échelle continuent de se détériorer. Alors que les gouvernements réduisent les prestations d'aide sociale depuis plus de 15 ans, votre gouvernement n'a pas cru bon d'accorder minimalement la pleine indexation de ces prestations!
Il est aussi inacceptable que dans le budget du Québec, on n'ait pas encore rétabli la gratuité des médicaments pour les personnes assistées sociales, et ce, malgré une promesse électorale formelle. Une partie des pensions alimentaires reçues pour les enfants continue d'être déduite des prestations d'aide sociale et des prêts-bourses alors qu'elle n'est pas considérée comme un revenu du parent par les règles fiscales.
Enfin, même si le salaire minimum est révisé chaque année, il demeure nettement insuffisant. La prime au travail n'est pas une mesure qui permet aux travailleuses qui gagnent le salaire minimum de sortir de la pauvreté. Nous constatons un véritable manque de volonté pour lutter contre la pauvreté.
Nous attendons toujours une politique gouvernementale globale et un plan d'action en matière de condition féminine, et ce, depuis 2003. Cette politique et le plan d'action qui en découlera se veulent des outils essentiels à la poursuite de l'engagement gouvernemental dans la lutte contre toutes les formes de discrimination envers les femmes.
Contre la violence, pour l'équité
Tous les jours, les femmes sont victimes de violence sous diverses formes. Depuis la Marche mondiale des femmes de l'an 2000, le mouvement des femmes réclame unanimement une vaste campagne de sensibilisation et d'éducation visant le grand public afin que les comportements et les attitudes changent profondément par rapport à l'ensemble du phénomène des violences envers les femmes.
Pour être efficace, cette campagne doit s'échelonner sur plusieurs années. Nous proposons une campagne sur dix ans. Nous mettons énormément d'espoir dans cette campagne. Pensons aux changements apportés par les campagnes gouvernementales sur l'alcool et la vitesse au volant en seulement quelques années. Et pourquoi pas le même engagement pour lutter contre les violences envers les femmes?
Nous saluons l'entente historique satisfaisante au chapitre de l'équité salariale dans le secteur parapublic que votre gouvernement a conclue. Cependant, les travailleuses des centres à la petite enfance, elles, attendent toujours!
Malgré un engagement électoral clair de maintenir les services de garde à 5 $ par jour, votre gouvernement a augmenté de 40 % le prix de ces services, les parents devant désormais payer 7 $ par jour. Modifiant la Loi sur les centres à la petite enfance, votre gouvernement a aboli le statut de salariées des responsables de services de garde en milieu familial et de celles qui les assistent, les contraignant au seul statut de travailleuses autonomes. On leur a enlevé le droit au salaire minimum, à des vacances payées, à des jours fériés, à des congés pour responsabilités familiales, à une majoration pour le temps supplémentaire, à des recours à la Commission des normes du travail, etc. On leur a même retiré le droit fondamental de se syndiquer!
À la suite de l'adoption de la loi 124, nous avons constaté la perte nette de plus de 1110 postes dans les CPE. Ces mises à pied touchent principalement des femmes, pionnières du réseau. Il s'agit d'une perte d'expertise inestimable.
À quand une véritable politique de conciliation famille-travail qui aura des dents et non pas seulement des mesures volontaires pour les employeurs?
À discuter avec le premier ministre
L'État a l'obligation d'agir et d'être un leader pour contrer toutes les formes de discriminations à l'encontre des femmes. Il doit assurer l'instauration de législations, de politiques et de mesures qui luttent contre toute forme d'entrave à l'exercice par les femmes de leurs droits fondamentaux. C'est pourquoi nous insistons pour discuter de ces questions avec le premier ministre à titre de chef de l'État québécois.
Les nombreux groupes de femmes, communautaires et syndicaux réunis au sein de la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes demeurent mobilisés et maintiennent leur détermination à obtenir des réponses adéquates à l'ensemble des revendications afin de contrer la pauvreté et les violences envers les femmes.
Dans une lettre d'opinion publiée dans Le Devoir le 19 juin 2006, vous vous étonniez de la sortie publique de la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF), le 16 juin précédent, où nous demandions une rencontre avec le premier ministre. Dans une entrevue, vous mentionniez votre surprise, alléguant que la lettre n'avait été transmise que quelques jours auparavant.
Or, depuis le 8 mars dernier, des milliers de personnes ont fait parvenir une lettre sollicitant une rencontre entre le premier ministre et les représentantes de la Coordination de la Marche mondiale des femmes. Elles appuyaient ainsi les revendications québécoises de la Marche mondiale des femmes. Aucune d'entre elles n'a reçu de réponse. Le cabinet du premier ministre n'a jamais pris contact avec les représentantes de la CQMMF.
Il y a plus d'un an, soit le 15 mars 2005, la CQMMF faisait parvenir une première demande de rencontre avec le premier ministre, demande que nous avons réitérée le 17 octobre 2005. À chaque occasion, nous avons été invitées à vous rencontrer, Mme la ministre. Ce que nous avons fait, bien sûr!
Contrairement à d'autres premiers ministres qui rencontraient régulièrement les représentantes du mouvement des femmes, soulignons que depuis l'arrivée au pouvoir du Parti libéral du Québec, le mouvement des femmes n'a rencontré le premier ministre qu'une seule fois au début de son mandat, alors que M. Charest avait «omis» de nommer une ministre responsable de la Condition féminine.
Des discussions autour des revendications que nous portons depuis le 8 mars 2005 ont certes cours avec le gouvernement du Québec. En matière de représentation politique, le mouvement des femmes a rigoureusement fait ses «devoirs». Ont été rencontrés ministres, attachés politiques, députés et fonctionnaires. Ce dialogue se poursuit toujours.
Encore des pas à faire
Rappelons que les revendications que nous portons couvrent un large éventail de questions cruciales dans la perspective d'atteindre une véritable égalité pour toutes les Québécoises. Bien que nous ayons connu des avancées, force est de constater qu'il reste encore de nombreux pas à faire.
Les conditions de vie des femmes en situation de pauvreté et celles des travailleuses au bas de l'échelle continuent de se détériorer. Alors que les gouvernements réduisent les prestations d'aide sociale depuis plus de 15 ans, votre gouvernement n'a pas cru bon d'accorder minimalement la pleine indexation de ces prestations!
Il est aussi inacceptable que dans le budget du Québec, on n'ait pas encore rétabli la gratuité des médicaments pour les personnes assistées sociales, et ce, malgré une promesse électorale formelle. Une partie des pensions alimentaires reçues pour les enfants continue d'être déduite des prestations d'aide sociale et des prêts-bourses alors qu'elle n'est pas considérée comme un revenu du parent par les règles fiscales.
Enfin, même si le salaire minimum est révisé chaque année, il demeure nettement insuffisant. La prime au travail n'est pas une mesure qui permet aux travailleuses qui gagnent le salaire minimum de sortir de la pauvreté. Nous constatons un véritable manque de volonté pour lutter contre la pauvreté.
Nous attendons toujours une politique gouvernementale globale et un plan d'action en matière de condition féminine, et ce, depuis 2003. Cette politique et le plan d'action qui en découlera se veulent des outils essentiels à la poursuite de l'engagement gouvernemental dans la lutte contre toutes les formes de discrimination envers les femmes.
Contre la violence, pour l'équité
Tous les jours, les femmes sont victimes de violence sous diverses formes. Depuis la Marche mondiale des femmes de l'an 2000, le mouvement des femmes réclame unanimement une vaste campagne de sensibilisation et d'éducation visant le grand public afin que les comportements et les attitudes changent profondément par rapport à l'ensemble du phénomène des violences envers les femmes.
Pour être efficace, cette campagne doit s'échelonner sur plusieurs années. Nous proposons une campagne sur dix ans. Nous mettons énormément d'espoir dans cette campagne. Pensons aux changements apportés par les campagnes gouvernementales sur l'alcool et la vitesse au volant en seulement quelques années. Et pourquoi pas le même engagement pour lutter contre les violences envers les femmes?
Nous saluons l'entente historique satisfaisante au chapitre de l'équité salariale dans le secteur parapublic que votre gouvernement a conclue. Cependant, les travailleuses des centres à la petite enfance, elles, attendent toujours!
Malgré un engagement électoral clair de maintenir les services de garde à 5 $ par jour, votre gouvernement a augmenté de 40 % le prix de ces services, les parents devant désormais payer 7 $ par jour. Modifiant la Loi sur les centres à la petite enfance, votre gouvernement a aboli le statut de salariées des responsables de services de garde en milieu familial et de celles qui les assistent, les contraignant au seul statut de travailleuses autonomes. On leur a enlevé le droit au salaire minimum, à des vacances payées, à des jours fériés, à des congés pour responsabilités familiales, à une majoration pour le temps supplémentaire, à des recours à la Commission des normes du travail, etc. On leur a même retiré le droit fondamental de se syndiquer!
À la suite de l'adoption de la loi 124, nous avons constaté la perte nette de plus de 1110 postes dans les CPE. Ces mises à pied touchent principalement des femmes, pionnières du réseau. Il s'agit d'une perte d'expertise inestimable.
À quand une véritable politique de conciliation famille-travail qui aura des dents et non pas seulement des mesures volontaires pour les employeurs?
À discuter avec le premier ministre
L'État a l'obligation d'agir et d'être un leader pour contrer toutes les formes de discriminations à l'encontre des femmes. Il doit assurer l'instauration de législations, de politiques et de mesures qui luttent contre toute forme d'entrave à l'exercice par les femmes de leurs droits fondamentaux. C'est pourquoi nous insistons pour discuter de ces questions avec le premier ministre à titre de chef de l'État québécois.
Les nombreux groupes de femmes, communautaires et syndicaux réunis au sein de la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes demeurent mobilisés et maintiennent leur détermination à obtenir des réponses adéquates à l'ensemble des revendications afin de contrer la pauvreté et les violences envers les femmes.
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