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Libre-Opinion: À la CSDM, un achat qui manque d'éthique

Françoise Careil - Librairie du Square  6 juin 2006  Actualités en société
Dans son édition du mercredi 31 mai, Le Devoir rendait publique la nouvelle de l'achat, par la Commission scolaire de Montréal (CSDM), de 77 000 livres pour son projet Lire en été. Nous apprenions par le fait même que le montant de ce budget s'élevait à 1 085 000 $ et qu'il avait été réparti dans trois librairies agréées de Montréal. Cette décision, malgré la bonne intention qui l'anime, celle de susciter le plaisir de lire chez les jeunes, est selon nous une décision injuste, irresponsable et qui contrevient aux règles de l'éthique dans la gestion de fonds publics.

Le montant exceptionnel de ce budget aurait dû pousser la direction de la CSDM à prendre des mesures d'exception. Ce n'est pas tous les jours, en effet, que de tels budgets sont alloués. En commandant dans trois librairies agréées, la CSDM ne répond qu'aux conditions minimales de la loi 51 qui exige que les achats soient faits non pas dans trois librairies, mais dans au moins trois librairies.

La direction de la CSDM aurait dû prendre exemple sur la Grande Bibliothèque qui avait pris la décision, lors de sa création, d'étendre ses achats à l'ensemble des librairies agréées et de le faire en édictant en toute transparence des politiques d'acquisitions équitables et exemplaires.

La direction de la CSDM n'a bien entendu rien fait d'illégal, elle a seulement raté l'occasion d'adopter un comportement éthique dans l'application de ses politiques d'achat. En ouvrant ses achats à l'ensemble des librairies de son territoire, la CSDM aurait montré sa compréhension des responsabilités inhérentes à la gestion de fonds publics. Car, ne l'oublions pas, l'obligation qu'ont les bibliothèques d'acheter dans les librairies agréées tient au fait que ces budgets sont en réalité des subventions indirectes allouées par le gouvernement afin de préserver la vitalité et la diversité de la chaîne du livre.

Dans le secret

Le secret qui a entouré cette opération montre encore une fois combien il est difficile de faire comprendre que l'octroi de fonds public ne peut se faire qu'à l'avantage de quelques-uns mais doit être un droit offert à tous ceux qui répondent aux exigences de la loi.

Quels sont les critères qui ont été retenus dans ce choix? Comment les librairies choisies ont-elles été mises au courant de ces surplus au budget de l'année en cours? Pourquoi avoir tenu à l'écart toutes les autres librairies qui travaillent toute l'année avec les écoles de leur quartier? Quel a été le pourcentage accordé à la littérature et à l'édition québécoise?

Il est curieux dans ce contexte d'entendre Mme De Courcy parler, et nous citons, de responsabilité de l'école, de prendre des risques pour responsabiliser et socialiser les enfants tout en adoptant pour soi-même et son institution un comportement si peu responsable socialement. Au moment où nous reconnaissons le rôle joué par l'école de quartier dans son environnement immédiat, ne serait-il pas tout aussi indispensable de reconnaître celui joué par la librairie de proximité? C'est au contact répété des livres que les jeunes développeront le goût de la lecture, et ce contact ne sera rendu possible que si nous donnons au plus grand nombre de librairies de quartier les moyens de se développer.

C'est dans cette optique que nous demandons formellement à Mme DeCourcy (et à la direction de la CSDM) de changer ses politiques d'acquisitions. Nous lui demandons de rétablir l'équité dans la gestion de l'argent public qui lui est remis et de prendre conscience de la responsabilité envers les librairies de son territoire qu'exige le poste qu'elle occupe.

Suzanne Fauvel, librairie Raffin

Mireille Frenette, librairie Zone Libre

Brigitte Haentjens, metteure en scène

Jeanne Lemire, librairie Paulines

Yvon Lachance, librairie Olivieri

Yves Millet, librairie Fichtre

Stanley Péan, président de l'Union des écrivaines et écrivains québécois

Normand Provençal, président de l'Association des libraires du Québec

Ronald Thibault, librairie Michel Fortin

Michel Tremblay, écrivain

Jesus Vega, librairie Le Parchemin
 
 
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