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Recherche littéraire - Quand la technologie transforme l'écrit

De nouvelles formes de textes sont apparues grâce aux technologies informatiques

Le monde du livre change. Dorénavant, un texte peut être enrichi d’hyperliens, d’animations Flash, de zones interactives, d’images vidéo et de sons.
Photo : Agence Reuters
Le monde du livre change. Dorénavant, un texte peut être enrichi d’hyperliens, d’animations Flash, de zones interactives, d’images vidéo et de sons.
Après la révolution de l'imprimerie de Gutenberg, l'écrit connaît en ce moment une autre révolution, celle d'Internet. Elle implique de multiples transformations, encore méconnues. Afin d'étudier et de documenter ces changements, Bertrand Gervais vient d'ouvrir le NT2 (Nouvelles technologies, nouvelles «textualités»), un laboratoire de recherches littéraires sur les nouvelles formes de textes et de fictions.

Le passage de la page de papier à l'écran cathodique a ouvert un monde de possibilités pour les créations littéraires. De nouvelles formes de textes sont apparues grâce aux technologies informatiques. Dorénavant, un texte peut être enrichi d'hyperliens, d'animations Flash, de zones interactives, d'images vidéo et de sons.

Depuis au moins une décennie, des auteurs et des artistes avant-gardistes ont ainsi créé plusieurs romans animés, poèmes visuels, oeuvres interactives, créations collectives, textes multimédias et hypertextes.

Ce type de création demeure méconnu. «Pour l'instant, les gens ne savent même pas que ça existe», constate Bertrand Gervais, également professeur au département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Afin d'étudier cette nouvelle forme d'art, le laboratoire NT2, dirigé par Bertrand Gervais, fait appel à une équipe multidisciplinaire formée de spécialistes en littérature, en cinéma, en histoire de l'art et en jeux vidéo. «Il y a une coordonnatrice, dix chercheurs répartis dans cinq universités, et une quinzaine d'étudiants des 2e et 3e cycles», énumère Bertrand Gervais.

Pour mener à bien ces travaux, l'UQAM a libéré des locaux pour pouvoir accueillir cette nouvelle équipe. La Fondation canadienne pour l'innovation a, quant à elle, accordé l'année dernière au NT2 une subvention d'environ 2,6 millions de dollars sur cinq ans. Ces fonds ont servi, entre autres, à acheter une armada de serveurs et d'ordinateurs, nécessaires à un projet d'archivage.

Produire, analyser et archiver

Le NT2 planche sur trois programmes visant à faire du laboratoire une ressource pour tous ceux qui s'intéressent à ces expérimentations littéraires et médiatiques.

Avec le programme intitulé «Ouvroir de la littérature hypertextuelle», le laboratoire cherche à acquérir une pratique et une expertise dans la création d'oeuvres hypertextuelles et médiatiques. «Il s'agit de susciter un intérêt pour ces nouveaux formats et, par effet d'entraînement, de favoriser la production d'oeuvres originales, afin de préparer la voie à une nouvelle génération de créateurs et de littéraires capables de créer dans un environnement technologique et informatique nouveau», explique le document de présentation du NT2.

L'«Atelier de lecture» permettra, quant à lui, de développer des stratégies de lecture et d'interprétation des nouvelles formes de création littéraire, qui sont très souvent à mi-chemin entre le texte et l'image. «On se retrouve avec un problème théorique parce que les chercheurs qui sont habitués à analyser les images ne le sont pas avec les textes et inversement», indique Anick Bergeron, coordonnatrice du NT2.

Finalement, l'«Observatoire de littérature hypertextuelle» vise à repérer, cataloguer, conserver et valoriser des créations d'auteurs et d'artistes présentement dispersées dans Internet. «En ce moment, nous sommes en train de monter une ressource qui prend la forme d'une base de données, une sorte de bibliothèque, indique Bertrand Gervais, directeur du NT2. On veut que ça soit disponible en ligne pour tout le monde.»

En parallèle, l'équipe du NT2 conçoit aussi un nouveau vocabulaire afin d'utiliser des termes précis pour analyser, décrire et cataloguer les nouvelles formes de créations littéraires et médiatiques.

Sauvegarder un patrimoine en péril

Le programme d'archivage du NT2 permettra de sauver plusieurs oeuvres, menacées par l'«erreur 404». Dans Internet, c'est le message qui s'affiche lorsqu'on tente d'accéder à un site qui n'existe plus. Et si rien n'est fait, c'est tout ce qu'il restera des nouvelles formes d'oeuvres littéraires d'auteurs et d'artistes qui, faute d'argent, ne peuvent plus les maintenir en ligne dans leur site Internet.

Ainsi, un pan entier de la culture risque de disparaître sans laisser de traces. Jusqu'à présent, l'équipe du NT2 a répertorié plus de 900 sites d'intérêt. «Pour l'archivage, tout est bon, indique Bertrand Gervais. On veut être le plus exhaustif possible.» La tâche est longue et difficile. D'une part, il faut chercher à travers un réseau Internet toujours plus étendu. D'autre part, il faut trouver le moyen de conserver les sites Internet ou de les héberger sur les serveurs du laboratoire.

Récupération des cédéroms et disquettes

La difficulté d'archiver les oeuvres numériques ne se limite pas au réseau Internet, car elles sont aussi présentes sur d'autres supports, tels des disquettes ou des cédéroms. «Si on regarde par exemple Eastgate, une des premières maisons d'édition américaines à faire de l'hypertexte, leurs premières disquettes utilisent Hypercard, un programme qu'on ne retrouve plus et qui ne fonctionne pas sur les nouveaux systèmes d'opération. Donc, ça oblige à avoir de vieux ordinateurs, avec les anciens logiciels», explique Anick Bergeron.

Pourquoi ne pas convertir le format des vieux documents pour qu'ils deviennent lisibles par les nouveaux programmes? La solution n'est pas si simple. D'une part, cette conversion n'est pas toujours possible. D'autre part, pour les oeuvres animées, il peut y avoir un problème de vitesse. «Les textes qui, à l'origine, étaient supposés défiler très lentement, défilent maintenant très vite à cause de la puissance des ordinateurs d'aujourd'hui», explique Anick Bergeron.

En sauvegardant ce patrimoine culturel pour les générations futures, de nouveaux champs d'analyse pourraient voir le jour. Ultimement, Bertrand Gervais souhaite «voir dans cinq ou dix ans si on est capable de faire une histoire de l'évolution de la présence de la littérature ou de l'art dans Internet».

Collaborateur du Devoir

***

«Reading Across the Broken Line: the New Textuality and its Impact on the Reading Process» sera présenté le 30 mai.
 
 
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