vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 21h55
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Les policiers en guerre contre la Loi sur la police

L'État pèche par «excès de zèle» en congédiant sans appel des agents qui commettent un acte criminel

Les policiers du Québec partent en guerre contre les dispositions de la Loi sur la police prévoyant le congédiement sans appel des agents qui commettent un acte criminel.

Personne au Québec ne perd son travail de façon automatique pour avoir commis un acte criminel. Personne sauf les policiers, qui en ont soupé d'être traités comme des citoyens «de second ordre» en vertu de la loi.

Dans un mémoire conjoint adressé au ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, la Fraternité des policiers de Montréal, la Fédération des policiers municipaux du Québec et l'Association des policiers provinciaux du Québec réclament l'abolition pure et simple de l'article 119 de la loi. «On finit par menotter les policiers avec toutes ces contraintes législatives excessives», écrit-on dans le document.

Tout policier reconnu coupable d'un acte criminel est destitué illico en vertu de l'article 119 de la Loi sur la police. Peu importe qu'il ait commis une erreur dans l'exercice de ses fonctions ou qu'il ait momentanément perdu la tête dans sa vie personnelle. La destitution est quasi inévitable. Pour y échapper, un policier doit prouver que des circonstances particulières justifient une autre forme de sanction.

Les trois associations représentent les 14 000 agents de juridiction provinciale. Elles déplorent dans leur mémoire commun le caractère «arbitraire» de cette loi, qu'elles associent à un «excès de zèle» de l'État. «On est le seul groupe de travailleurs à être confronté à une décision automatique comme celle-là, sans qu'on puisse faire valoir notre point de vue devant les tribunaux», explique Denis Côté, président de la Fédération des policiers du Québec.

La Loi sur la police est une création de l'ancien ministre de la Sécurité publique, Serge Ménard. Entrée en vigueur en 2000, elle découle en partie de l'affaire Barnabé. Quatre policiers avaient pu conserver leurs postes au Service de police de Montréal malgré leur condamnation pour voies de fait ayant causé des lésions corporelles à Richard Barnabé. Le chauffeur de taxi est décédé des suites de son arrestation, après avoir passé deux ans dans le coma.

La loi visait à éviter la répétition d'un pareil fiasco. Son application est perçue comme une forme de traitement injuste par les policiers, qui ont l'impression d'être «en dessous des lois». Ils souhaitent qu'un tribunal compétent évalue la sanction disciplinaire appropriée, en tenant compte des circonstances de la condamnation, de la nature de l'infraction, de sa gravité, du comportement du policier, de ses problèmes personnels et de l'état de son dossier disciplinaire et déontologique. «C'est comme si on ne reconnaissait plus la compétence des tribunaux. C'est pratiquement un désaveu du système judiciaire au complet», estime M. Côté.

Le mémoire cite comme exemple le cas véridique d'un policier de Montréal ayant été accusé de conduite dangereuse causant des lésions. Les faits concernant cette affaire sont plutôt simples. Le patrouilleur est entré en collision avec une autre voiture en tentant d'intercepter un fuyard. L'une des victimes de l'accident a subi une fracture du doigt, d'où l'accusation criminelle. «Alors, honnêtement, ce policier mérite-t-il la peine capitale pour cette infraction? C'est pourtant ce qu'on lui réserve avec le libellé actuel de [la loi]», indique le document.

Les policiers s'en prennent également aux articles de la loi les obligeant à dénoncer les comportements irréguliers de leurs collègues et à collaborer aux enquêtes criminelles réalisées à l'interne. Ils voudraient des assouplissements afin d'obtenir le droit de consulter un avocat avant de faire leur déposition écrite. L'obligation de délation faite aux policiers devrait aussi être limitée aux infractions criminelles ayant déjà fait l'objet d'un examen préliminaire, suggère le mémoire. L'expérience des six dernières années démontre que la très grande majorité des plaintes ayant donné lieu à des enquêtes étaient dépourvues de fondement.

Selon Denis Côté, président de la Fédération des policiers du Québec, les membres du crime organisé exploitent les dispositions de la loi en multipliant les recours contre les policiers, ce qui a pour effet de mettre des carrières entre parenthèses le temps que la lumière soit faite sur des allégations souvent trompeuses.

En parallèle avec cette nouvelle offensive sur le front politique, les policiers se tournent aussi vers les tribunaux pour venir à bout de l'article 119.

La plus haute cour du pays entendra dans les prochains mois la cause de Danny Belleau, un policier de Lévis qui avait reconnu sa culpabilité à six des huit chefs d'accusation portés contre lui, notamment pour voies de fait et menaces de mort à sa conjointe, négligence relativement à trois armes à feu et bris d'engagement à ne pas s'approcher de son ex-conjointe.

Belleau a fait l'objet d'un renvoi en 2001, avant qu'un grief de la Fraternité des policiers de Lévis soit reçu par un arbitre du travail. Ce dernier a conclu que les drames familiaux, les problèmes psychologiques et les abus d'alcool du policier Belleau ont conduit celui-ci à perpétrer des actes criminels. Selon l'arbitre, il s'agissait de «circonstances particulières» ouvrant la porte à une autre sanction que la destitution. Il a donc réintégré Belleau, une décision renversée en Cour supérieure puis rétablie en Cour d'appel. Le dernier mot reviendra donc à la Cour suprême.

Lors de l'étude de la Loi sur la police, la Commission des droits de la personne avait indiqué que l'article 119 violait la Charte québécoise des droits et libertés puisqu'il ne subordonne pas le renvoi du policier à l'existence d'un lien entre l'infraction criminelle commise et l'emploi. Selon le mémoire des policiers, seules les infractions remettant en cause l'intégrité de la fonction devraient être prises en considération. Mais surtout, le policier fautif devrait avoir la chance d'expliquer les circonstances du crime, croient-ils.

De 1999 à 2004, 321 policiers du Service de police de Montréal (SPVM) ont fait l'objet d'une enquête criminelle. Sept d'entre eux ont été reconnus coupables. À la Sûreté du Québec, 349 agents ont fait l'objet d'une enquête de 2000 à 2002. Quatorze d'entre eux ont été reconnus coupables. Le mémoire des trois syndicats policiers reste muet quant au nombre de policiers qui ont finalement été renvoyés.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 4 mai 2006 07h41
    Citoyens de seconde zone, ces policiers?
    Le résultat des négociations en vue du renouvellement de leur convention collective dira si oui ou non les policiers sont des citoyens de seconde zone ou plutôt au-dessus des citoyens ordinaires. Ils ont déjà fait perdre des dizaines de million de dollars en contraventions non livrés au gouvernement. Est-ce là le comportement d'un citoyen de première zone?

  • Audrey Houde-Forget
    Inscrite
    vendredi 5 mai 2006 11h23
    Pauvre policiers
    Je suis extrêmement déçue de constater que les policiers ne comprennent pas la signification de leur métier. Ils sont là pour montrer l'exemple. Pour être des représentants de la loi. Alors, dites moi, comment peut-on ne pas congédier un policier qui a commis un acte criminel? Vous n'êtes pas sous la loi messieurs, vous êtes LA LOI. De ce fait, si vous ne pouvez la respectez, qui le pourra??? Il faut congédier les policiers qui commettent des actes criminels. Que ce soit de la brutalité policière ou l'acool au volant. D'ailleurs, allez-vous mettre fin à la solidarité policière quand vous trouvez un collègue en infraction?

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 5 mai 2006 16h17
    Deux poids trois mesures
    S'il est possible pour quelqu'un de la haute société de tenter de « fourrer » le fisc pour environ un milliard de dollars et de s'en tirer avec une sentence d'emprisonnement de huit mois... à domicile, pourquoi les policiers seraient traités si cavalièrement?

  • Alain Racicot
    Inscrit
    samedi 22 décembre 2007 10h10
    Pourquoi pas des Hells Angels dans la police, un coup parti?
    Je m'apprêtais à écrire une longue lettre ouverte afin de répondre à la Fraternité des policiers du Québec. Finalement, plus je développais mes idées et plus j'en arrivais à l'évidence, qu'il était plutôt de bons augures de soulever plutôt les questionnements suivants :

    - Tout d'abord, l'état qui pécherait « par excès de zèle », selon la Fraternité des policiers, ne serait-il pas simplement le reflet de ce que pense et veut la majorité de la population? C'est-à-dire, que la majorité d'entre nous ne désirent pas que ça soit des criminels qui soient chargés de faire respecter les lois;

    - de plus, si les policiers étaient traités différemment des autres citoyens lorsque ceux-ci commentent des crimes, ne serait-ce pas dès lors la majorité de la population qui deviendrait constituée de citoyens de « second ordre »?

    - D'autre part, croyez-vous qu'il soit sain qu'un policier ou une policière puisse continuer à porter une arme de service si celui-ci ou celle-ci a été condamné pour violence conjugale?

    - Puisque les principales tâches d'un policier sont de faire respecter la loi et de combattre le crime, n'est-il pas tout simplement normal que ce même policier soit obligé de dénoncer un collègue, qui fait fît des lois?

    - Croyez-vous qu'il soit sain que le plumitif criminel d'un policier soit accessible à tous et chacun? Et si vous me répondez que non, croyez-vous qu'il soit démocratique que le contenu du dossier criminel d'un policier soit traité différemment de celui-ci du commun des mortels?



    En bout de ligne, n'en déplaise à la Fraternité des policiers du Québec qui cherche à protéger une minorité de ses policiers qui commettent des actes criminels et répréhensibles, c'est la grande majorité des policiers et policières de notre province qui a tout à gagner en ne tolérant d'aucune façon les criminels ainsi que la perpétration d'actes répréhensibles en toute impunité dans ses rangs. Autrement, c'est l'image même des corps policiers du Québec qui en souffrirait grandement! Et croyez-moi, si un jour des criminels sont chargés de faire respecter la loi, les corps policiers du Québec et surtout la Fraternité des policiers du Québec viendraient de perdre toute crédibilité!

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
4 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012