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    À la défense de la maison Lafontaine

    «C'est là que s'est opéré le changement radical qui a fait que nous sommes passés d'une colonie à un gouvernement démocratique»

    Même les arbres  ont été coupés autour de la maison historique abandonnée et placardée depuis 20 ans.
    Photo: Jacques Grenier Même les arbres ont été coupés autour de la maison historique abandonnée et placardée depuis 20 ans.
    Plantée au coeur de l'îlot Overdale, la maison Louis-Hippolyte-Lafontaine a triste mine avec ses fenêtres aveugles qui donnent sur une mer de places de stationnement. À l'abandon depuis une vingtaine d'années déjà, l'édifice construit vers 1845 pourrait toutefois connaître une seconde vie grâce à l'entreprise musclée d'un groupe de supporters qui compte dans ses rangs un sénateur, un lord, un ancien prince consort et une poignée d'universitaires.

    Joint hier à son bureau d'Ottawa, le sénateur libéral Serge Joyal milite pour faire désigner la maison Lafontaine monument historique national afin de l'utiliser comme centre d'interprétation du gouvernement responsable au Canada. C'est ainsi qu'à la reprise des travaux du Parlement, la semaine prochaine, le sénateur présentera un amendement aux règlements de la Commission des monuments historiques afin de forcer la main du propriétaire du 1395, avenue Overdale, où a résidé Louis-Hippolyte-Lafontaine de 1849 à sa mort, en 1864.

    À l'heure actuelle, en effet, la Commission des monuments historiques n'a pas les moyens de forcer le propriétaire de l'édifice, Robert Landau, à céder ou même à entretenir la bâtisse. «En ce moment, il suffit que le propriétaire donne un fin de non-recevoir pour clore un dossier, déplore M. Joyal. Mais je considère que c'est une anomalie puisque les gouvernements québécois et ontarien ont le pouvoir de statuer après avoir entendu les arguments des propriétaires, et c'est ce que nous voulons obtenir.»

    Le sénateur s'attend d'ailleurs à ce que son amendement reçoive un bon accueil au Sénat: «Il n'est pas outrancier de présenter un tel amendement puisque le même règlement existe à la Ville de Montréal», a-t-il dit. En 1987, cette prérogative avait même permis à la Ville de Montréal de refuser l'émission d'un permis de démolition en raison de la nature historique du site, refus qui tient toujours aujourd'hui.

    Et pour cause. La résidence Lafontaine est le seul témoin qui subsiste de la période historique qui a vu naître le gouvernement responsable au Canada, fait valoir Serge Joyal. «C'est là que s'est opéré le changement radical qui a fait que nous sommes passés d'une colonie à un gouvernement démocratique. On doit aussi à Lafontaine et à [Robert] Baldwin le principe que, dans un Parlement qui serait canadien, les deux langues devraient avoir un statut égal. C'est un héritage précieux.»

    Le projet a rapidement rallié plusieurs grands noms, parmi lesquels on note le professeur et historien Desmond Morton, de l'université McGill, le professeur Éric Bédard, de l'Université du Québec, l'écrivain et ancien prince consort John Ralston Saul ainsi que le lord d'Elgin et de Kincardine, en Écosse, qui a pris la plume pour défendre la maison Lafontaine. «La restauration de cette maison témoignera de l'énorme risque politique pris par sir Louis et M. Baldwin», écrit le descendant du gouverneur général qui, en 1848, avait adopté les principes du gouvernement responsable proposés par Baldwin et Lafontaine.

    Aux yeux de tout ce beau monde, cette maison n'est pas seulement la résidence du premier ministre de l'époque (comme le 24, promenade Sussex, à Ottawa, ou le 10 Downing Street à Londres) mais une maison où s'est écrite l'histoire à grands coups de soulèvements populaires. «La maison a été prise d'assaut à deux reprises par la foule en colère contre Lafontaine et son gouvernement, en 1849, à la suite de la Loi d'indemnisation des insurgés de 1837-38», raconte le sénateur.

    Les traces de cette période où anglophones et francophones se sont alliés pour constituer une coalition apte à former et à diriger un gouvernement après l'acte d'Union de 1840 sont inexistantes à Montréal, à l'exception de la maison Lafontaine. L'évaluation municipale pour la totalité du quadrilatère délimité par les boulevards René-Lévesque et Lucien-L'Allier et les rues Overdale et MacKay s'élève à 6 088 800 $ pour le terrain et à 702 000 $ pour ses bâtiments.

    Le sénateur estime que Parcs Canada devrait acquérir l'immeuble le plus rapidement possible afin d'en assurer l'avenir. Mais Parcs Canada a déjà signifié que le rôle historique de Louis-Hippolyte Lafontaine a déjà été commémoré par la reconnaissance de sa maison natale à Boucherville, un argument qui n'a pas convaincu le sénateur de mettre un terme à ses démarches.

    Serge Joyal estime en effet que la résidence de Montréal est celle «dont la portée et l'importance historiques sont de loin les plus significatives pour le pays». Il a également l'appui d'un groupe de personnes provenant d'universités, de cégeps et de bibliothèques qui se sont regroupés l'été dernier sous le nom des «Amis de la maison Lafontaine» dans le but de soutenir l'intérêt du milieu des études canadiennes pour la mise en valeur de ce patrimoine.

    La démarche du sénateur s'inscrit également dans la foulée de l'intervention faite en août dernier par Héritage Montréal. Dans une lettre adressée à Stéphane Dion, alors ministre de l'Environnement et responsable de Parcs Canada, le directeur des politiques, Dinu Bumbaru, demandait d'accorder une reconnaissance fédérale à la maison Louis-Hippolyte-Lafontaine. «Nous demandons au gouvernement d'intervenir [...] pour assurer effectivement sa protection, sa conservation et sa mise en valeur.»

    Car le temps presse. La maison Lafontaine est en effet placardée et abandonnée depuis près de 20 ans. Il y a bien eu un squat en 2001, mais elle a été complètement désertée depuis lors. Même les arbres sous lesquels se rafraîchissaient les manifestants lors de ce célèbre squat ont été rasés. Quant à son propriétaire, Robert Landau, il n'a pas rappelé Le Devoir pour commenter cette affaire.

    Le sénateur et son groupe n'ont pas eu plus de succès auprès de l'homme d'affaires. «On a tenté toutes sortes d'approches, mais ce n'est pas facile. C'est d'ailleurs étonnant parce que c'est un homme d'une grande culture, qui possède d'ailleurs la galerie Dominion, qui est la plus grande galerie d'art du XXe siècle au Canada.»












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