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Coït interrompu

Le premier sexe a la queue entre les jambes

Un homme sur cinq s’épile aujourd’hui, tentant désespérément de gommer toute trace de ses origines, du marqueur poil qui le ramène au temps des cavernes, de sa bestialité et de sa violence. Ici, une scène du film Horloge biologique, de Ricardo
Un homme sur cinq s’épile aujourd’hui, tentant désespérément de gommer toute trace de ses origines, du marqueur poil qui le ramène au temps des cavernes, de sa bestialité et de sa violence. Ici, une scène du film Horloge biologique, de Ricardo
Il semble qu'il y ait eu mort d'homme. Certains d'entre eux, surtout chez les plus vieux, se palpent l'entrejambe tel un baromètre sensible aux perturbations atmosphériques. D'un air dubitatif, ils interrogent leur météo intime: la fin de l'espèce serait-elle proche? À force d'être victime de misandrie, d'incarner la honte du règne hormonal et animal, d'être la cible des dards du 8 mars, de se faire reprocher l'urgence de leur instinct et de jongler avec le pourquoi du comment, l'homme est devenu un lapin tiède qui tourne en rond dans son clapier en attendant qu'on l'en sorte. Dès qu'il aura montré patte blanche... on le suspendra par les oreilles.

«Avec une bonne volonté confondante, suspecte, malsaine, les hommes font tout ce qu'ils peuvent pour réaliser ce programme ambitieux: devenir une femme comme les autres. Pour surmonter enfin leurs archaïques instincts. La femme n'est plus un sexe mais un idéal», écrit le journaliste du Figaro Éric Zemmour dans un coup de gueule mordant et totalement à l'encontre de la rectitude ambiante, intitulé Le Premier Sexe (Denoël).

Invité chez Ardisson cette semaine pour parler de la féminisation de la société occidentale, le grand reporter du Figaro s'est fait agresser verbalement (et presque physiquement) sur le plateau et a nourri maintes prises de bec entre intellos et féministes devant un Thierry amusé par le propos: «néo-réac», «conservateur», «facho», «pro-vie», «homophobe», «macho passéiste», «misogyne déprimant»: tout y est passé pour démolir l'homme qu'on accuse de nous ramener 30 ans en arrière et qui a incendié les humeurs avec ses propos provocateurs. Ce pavé dans la mare a au moins le mérite de relancer l'éternel débat de nos incompréhensions mutuelles sans bloquer le pont Jacques-Cartier à la circulation.

Éric Zemmour conçoit son pamphlet comme un «traité de savoir-vivre viril à l'usage de jeunes générations féminisées». Bien sûr, l'espèce s'est améliorée, les valeurs féminines se sont imposées: la douceur sur la force, le dialogue sur l'autorité, la paix sur la guerre, l'écoute sur l'ordre, la tolérance sur la violence et la précaution sur le risque. Mais pour cet homme de 48 ans qui a connu Gabin, Ventura et Delon et qui mesure avec consternation la mutation anthropologique qui s'opère à coups d'exfoliants doux et de questionnements mièvres sur les divans des sexologues, la conclusion mène au suicide de l'espèce: «L'homme n'a plus le droit de désirer, plus le droit de séduire, de draguer. Il ne doit plus qu'aimer», se désole l'auteur, qu'on qualifie volontiers d'hétéro de base rétrograde, dévergondé au bordel de père en fils. «Ce monde se meurt. Les hommes sont désormais sincères. Aliénés, mais de bonne foi.»

Des émissions comme Queer Eye For A Straight Guy, où cinq Pygmalion homosexuels apprennent à un Cro-Magnon extirpé de sa grotte comment plaire aux femmes, n'ont rien pour le rassurer: «Des homosexuels qui apprennent à un homme à aimer une femme! Et les femmes sont ravies. Elles plébiscitent les hommes reconfigurés par la plastique, l'esthétique, le raffinement homosexuels. L'homme qui leur plaît est celui qui leur ressemble. La différence physique, sociale ou psychologique est désormais assimilée à l'inégalité, nouveau péché mortel de l'époque.»

Zemmour englobe cette mutation sous le vocable d'«immense tentation lesbienne». Et, selon lui, s'il y a omniprésence des homosexuels, c'est que le féminisme a éloigné les hommes des femmes tout en étendant le champ d'action des homosexuels. Ouch!

L'essayiste va plus loin en constatant que le désir, qui reposait sur la différence et l'attraction des contraires, fait désormais appel à une conception du monde basée sur la confusion: «Toutes les frontières sont ainsi abolies, tout vaut tout, plus de sacré et de profane, plus de privé et de public, plus d'indigène et d'étranger, de pur et d'impur. Plus d'homme ni de femme.»

À l'heure où un homme sur cinq s'épile l'anatomie, et où les ventes dans le secteur cosmétique pour hommes progressent de 30 % par année, à l'heure d'un David Beckham comme porte-étendard officiel du métrosexuel (ce dandy urbain qui connaît ses cépages), il n'est pas vain de rappeler que le poil honni dénonce: «Le poil est une trace, un marqueur, un symbole. De notre passé d'hommes des cavernes, de notre bestialité, de notre virilité. De la différence des sexes. Il nous rappelle que la virilité va de pair avec la violence, que l'homme est un prédateur sexuel, un conquérant.»

Et, ajoute ce mâle lisse, puisque la femme n'a pas réussi à se transformer en homme, on transformera l'homme en femme. Heureusement, il s'en trouve encore pour se défendre.

Matriarcat, quand tu nous tiens

Selon Zemmour, nous serions en panne de désir, une société à la manque qui confine les femmes aux anxiolytiques, les hommes au Viagra, châtrés par l'obsession du «respect» qui ramène hommes et femmes à un point de départ puritain. «Une fois encore, le sacro-saint respect néopuritain fonctionne comme une machine qui annihile le désir des hommes. Respecter rime avec dédaigner. [...] La machine séculaire du désir entre l'homme et la femme reposait sur l'admiration (feinte ou réelle, peu importe) de la femme pour celui qui a ce qu'elle n'a pas entre les jambes.»

Exit le désir, donc. Et Zemmour ne se gêne pas pour nous dire ce que même l'hétéro moyen n'ose pas s'avouer: «Désir (en tout cas masculin) et amour ne font pas bon ménage. Ils sont antagonistes, se combattent, s'excluent souvent. [...] Plus on adule, plus on respecte, moins on bande. [...] Peu d'hommes le savent, moins encore l'avouent, mais tous le sentent. C'est leur angoisse fondamentale dès qu'une femme leur plaît.» Ah! il était bien doux, le temps où le mariage servait les enfants, la maîtresse l'amour et la putain le plaisir. Un monde divisé mais fait sur mesure pour l'homme qui y régnait en maître-queux.

Aujourd'hui, le pauvre hère se voit contraint à tout unifier: «Dans la société féminine contemporaine, on veut recoller les morceaux longtemps épars. Les femmes peuvent enfin réaliser leurs rêves unificateurs, totalisants, voire totalitaires, elles veulent tout ensemble: amour, désir, statut. Mariage et plaisir, enfants et romantisme. Tout. La plupart du temps, elles n'ont rien. Qui trop embrasse mal étreint.»

Et qui trop embarrasse mâle éteint.

cherejoblo@ledevoir.com

La semaine prochaine: le post-coït!

***

Ceci n'est pas un blogue

L'ubersexuel ne s'épile pas les couilles

Mutation du métrosexuel manucuré et urbain à la moelle, l'ubersexuel (de l'allemand über, «au-dessus»), à l'image de Bono, de Bill Clinton, de Pierce Brosnan et d'Ewan McGregor, est apparu.

Cette mutation d'hommes plus attirants, plus dynamiques, confiants, masculins et stylés ne ferait aucune concession sur la qualité dans tous les domaines de leur vie. Ils sont également profonds, subtils et individualistes. Qu'on dit!

Selon le dictionnaire urbain (www.urbandictionary.com), les métrosexuels seraient un peu trop préoccupés par leur petite personne, ce que l'uber n'est pas ou, en tout cas, pas au point d'en oublier les qualités mâles plus traditionnelles telles que l'assurance, la force et la classe.

Gentleman sans être efféminé, oral dans tous les sens du terme (polyglotte qui maîtrise l'art du cunnilingus), l'uber fait le meilleur amoureux car il sait prendre soin de lui et de sa petite chérie.

Quelques trucs pigés sur ce site pour faire la différence entre le métro et l'uber:

- les deux sont passionnés mais l'ubersexuel est épris par les causes et les principes;

- l'ubersexuel passe plus de temps à entretenir son esprit que sa chevelure;

- l'ubersexuel est plus sensuel mais n'a pas besoin des autres pour lui dire qu'il est sexy;

- le métrosexuel se fait arranger le portrait par les Fab Five (les gourous gais de Queer Eye For A Straight Guy) alors que l'ubersexuel repique ses looks en voyage ou dans son intérêt pour l'art et la culture;

- l'ubersexuel sait faire la différence entre ce qui est bien ou mal et prendra la bonne décision peu importe ce que les autres pensent autour de lui. Le métrosexuel sait faire la différence entre un exfoliant et un tonique astringent.

***

Rêvé: en voyant le film The White Countess de James Ivory. L'attrayant Ralph Fiennes y incarne un diplomate américain aveugle pendant les années 30 à Shanghaï. Cet ubersexuel (voir Joblog) s'éprend d'une comtesse russe déchue qui doit vendre ses charmes pour survivre. Leur relation étrange ne débouche pas sur la passion mais sur une curieuse intimité attisée par les remous politiques. Roman Arlequin exotique et visuellement alléchant.

Adoré: La pièce La Princesse Turandot, d'après les oeuvres de Carlo Gozzi et Giacomo Puccini, mise en scène par Hugo Bélanger. Même si, d'emblée, le théâtre me rebute, ce conte persan, qui m'a été chaudement recommandé par l'amie Claire par l'entremise de sa soeur Anne, m'a complètement séduite. L'histoire de cette princesse imperméable à l'amour et qui déteste les hommes se joue dans un monde masqué où les personnages tiennent à la fois de la commedia dell'arte et de la tradition asiatique. Turandot dresse des épreuves pour rebuter les prétendants mais un seul saura gagner son coeur par l'intelligence, le courage et la force d'âme. L'archétype du héros retrouvé. Savoureuses répliques et jeu ludique prennent le dessus. Un programme réjouissant qui fait espérer pour l'avenir de l'homme (et de ses amours tumultueuses) sans jamais se prendre au sérieux. Jusqu'au 6 avril au théâtre Denise-Pelletier. Billets: (514) 253-8974.

Lu: l'édition de mars du magazine Québec Science (en kiosque jusqu'à aujourd'hui et même un peu plus car c'est un numéro spécial. Si vous ne trouvez pas: http://www.cybersciences.com). Ce numéro sur le «il» et le «elle» nous remet les pendules à l'heure: l'homme nouveau n'est pas si nouveau que ça si on le replace à l'échelle de l'histoire de l'Homo sapiens. On y apprend que le physique masculin idéal s'éloigne de plus en plus de la réalité, ce qui crée beaucoup d'insatisfaction chez ces messieurs. Seul signe palpable d'évolution, à part l'épilation et l'usage de Biotherm: l'ossification de la clavicule, qui clôt la croissance chez l'adulte, se fait aujourd'hui à 25 ans alors qu'elle se produisait à 20 ans il y a 10 000 ans. À ce rythme, ils vont continuer à fréquenter le gym longtemps!

Un bon numéro qui nous apprend comment on fabrique les garçons. Également deux textes des anthropologues Bernard Arcand et Serge Bouchard, lequel nous livre une ode aux femmes: «Nous descendons tous d'elle, nul n'est au monde qui ne soit passé dans ses bras, nul n'est au monde qui ne souhaite y retourner. Le chemin sera long, la discussion interminable. Nous ne sommes pas faits pour nous comprendre. Nous sommes faits pour nous embrasser.» J'aime cet homme, infiniment.

Reçu: Le Livre noir de la condition des femmes, dirigé par Christine Ockrent. Ce n'est pas Le Deuxième Sexe de Beauvoir mais on se rend bien compte, à la lecture de toutes les afflictions féminines qui pèsent sur nos soeurs de l'humanité, qu'on ne naît pas femme, on le devient et, après, on endure. Quand vous en aurez terminé avec le pamphlet viril d'Éric Zemmour, vous poursuivrez avec cette collection d'atrocités: mutilation, séquestration, marché d'esclaves et de prostituées, lapidation, voile, sida, viol comme arme de guerre, tourisme sexuel, stérilisation ou mariage forcés, pauvreté généralisée. Et il en restera bien un (ou une) pour se demander si l'égalité n'est pas une utopie de bien-pensants dans un monde pourri. Si le respect fait débander, l'humiliation ne fait pas mouiller.
 
 
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  • Jean-Pierre Audet - Abonné
    24 mars 2006 08 h 07
    Zemmour et nos amours
    J'ai d'autant goûté le texte de Josée Boileau à propos du "Premier sexe" d'Éric Semmour, que j'avais déjà savouré la dynamique suscitée à "Tout le monde en parle" par la présence pour le moins dérangeante de ce macho conspué mais déterminé.

    Au début de sa "comparution", je n'aurais pas donné cher de la peau - ni des couilles - de ce mâle convaincu, mais l'écrivain américain Tom Wolfe est venu soutenir son courage en déclarant - dans la langue de Shakespeare s'il vous plaît - que l'entreprise des femmes américaines était en train de réussir la féminisation et - corollaire obligé selon lui - l'écrasement des mâles américains. Alors, sous les yeux ébahis de Thiéry Ardisson, l'on vit remonter jusqu'aux oreilles le sourire du courageux mâle Semmour jusque là bien malmené! Ce fut un régal tant pour mon amie de coeur qui habite Montréal que pour moi à Prévost. C'est ainsi que nous réglons ce problème des relations homme-femme : par la non cohabitation. Double plaisir de se voir sans les contraintes attachées au partage du quotidien. Petite suggestion aux anciens mâles en perte de virilité : donnez-vous du "lousse"!
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  • Jean Le May - Inscrit
    25 mars 2006 09 h 01
    Droits de l'homme baffoués
    Madame Blanchette,
    Je lis habituellement vos chroniques avec un réel ravissement mais ce "coit interrompu" frappe dans le "dash" pour employer une rare expression encore masculine.

    Vous touchez-là un sujet certes explosif en étudiant la poudre mouillée des relations amoureuses des mâles mais c'est un créneau non seulement prometteur mais essentiel. Il y a , quelquepart, dans les citations et les liens que vous faites, des réponses qui se cachent sur la question de l'égalité entre hommes et femmes, celle du suicide chez les jeunes hommes, celle de la violence et même de la guerre et des atrocités commises en son nom (viols et autres atroces humiliations)

    Continuez, je vous en prie, à explorer ce "t'aime" de nos amours pour y débusquer la petite bête noire qui nous fait osciller entre brute néandertale et oiseau de compagnie. Combien vraie cette désexualisation de l'homme par la compréhension, le dialogue et le partage des tâches domestiques. J'en sais quelquechose moi qui me suis payé un cancer et l'ablation de la prostate à force de vouloir ne pas ressembler aux oppresseurs, dominateurs et autres spécialistes du non-respect des femmes. Résultat: on me recherche pour mon amitié et ma compréhension, ce qui n'et pas un maigre prix de consolation mais le gros lot et le feu d'artifices m'ont échappé depuis longtemps.

    L'éducation des garçons (juste ce mot déjà a un effet de rétrécissement chez le mâle) par les femmes n'est pas seule en cause mais disons que ce n'est pas à négliger tout comme la discipline et le domptage des hormones par la politesse et autres ingrédients de notre société occidentale. Et ce dilemme entre ces comportements des compréhension d'un côté et le profil de la brute que les femmes recherchent et craignent tout à la fois, ce dilemme creuse un fossé ou se noient bien des désirs et des aspirations autant chez les femmes que chez les hommes.

    Merci, Josée, pour cette lucidité qui vous caractérise et pour votre audace à souvent nommer les choses qui font mal et qui, cette fois, est un appel à rechercher au creux même du dilemme la vraie nature du rapport de l'homme à la femme.
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  • Yvon Dionne - Inscrit
    25 mars 2006 22 h 07
    Coït ininterrompu
    Chère Josée,

    Le mieux que j'ai réussi, pour un vieux dans la cinquantaine, c'est trois orgasmes en une heure. Pas mal quand même. Évidemment, je ne rejoins pas une espèce d'hippo en Asie qui en fait des centaines, quoique ce soient de petits coïts. Mais avez-vous vu leur queue? Franchement, Josée, mieux vaut nos petites.

    J'ai hâte de lire votre post-coït. Moi en fait je préfère l'avant-coït et il faut qu'il dure longtemps. Le "post", c'est le sommeil ou, au bout de quelques mois, un réveil à la création.
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