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La culture populaire

Vieux débat, souvent inutile, et stérile débat que celui de la culture populaire versus la culture de l'élite. Depuis quelques décennies, les barrières entre les deux se sont réduites, mais il est certain que perdurent les préjugés. Pour avoir accepté de promouvoir la qualité de la langue auprès des jeunes de Star Académie, j'ai eu droit à l'automne aux grimaces et aux rires moqueurs teintés de mépris d'apparatchiks médiatiques diplômés es stupidités, pour qui il faudrait exécrer ce qu'aime le bon peuple, comme ils le qualifient avec hauteur. À leurs yeux, une fréquentation de Star Académie annulerait toute une carrière consacrée à l'étude et à la compréhension de la société. Dont acte.

Les dichotomiques, donc, et autres pourfendeurs de la culture pop ne supportent que les phénomènes populaires qu'ils légitimisent. Par exemple, ils encensent Les Bougon et ont fini par sacrer Olivier Guimond ou Patrick Norman, mais ils crachent sur Star Académie et prennent de haut Isabelle Boulay. Et quand ils s'entichent des chanteurs populaires, ils les redessinent selon leurs critères. Ils ont un faible marqué pour les délinquants alcoolisés du genre Éric Lapointe (ce qui ne lui enlève pas son talent, par ailleurs) ou alors ils se font avoir à l'usure comme avec Céline Dion, trop icône pour qu'ils l'attaquent, désormais, sans se faire égratigner eux-mêmes.

Star Académie est un phénomène social sur lequel plus d'intellectuels devraient se pencher. Dans une société secouée par ses remises en question institutionnelles, cette émission est devenue elle-même une institution, que cela plaise ou non. À l'heure de la précarité des liens familiaux, elle est un unique rassemblement familial. Des millions de Québécois regardent Star Académie en famille, les participants n'ont de cesse de parler de leurs propres parents, de défendre (eh oui!) les valeurs traditionnelles, eux qui ont connu les divorces et les ruptures de leurs pères et mères, qui ont vu leurs amis s'enlever la vie et se défoncer dans la drogue. Les jeunes concurrents, dont l'appellation d'académiciens n'est pas l'invention du siècle, on en conviendra, ces jeunes offrent l'exemple du dépassement de soi. Il fallait les voir cette semaine au Centre Bell dans un spectacle époustouflant d'énergie, de bonne humeur, un spectacle bon enfant malgré le gigantisme, un spectacle de bon goût, sans vulgarité, sans grossièreté, il fallait les voir et les entendre chanter tous ces airs de notre patrimoine musical, dont ils sont devenus les courroies de transmission. Ces jeunes sont serveurs chez McDonald, coiffeuses, employés de grande surface, ils ont de la voix, ils rêvent, ils aspirent à un monde meilleur, de quoi donner des haut-le-coeur à ceux qui s'appliquent à vanter les mérites de la culture trash ou à ceux qui s'autoproclament cultivés parce qu'ils vont dormir à l'opéra ou à l'OSM avec des billets souvent fournis par leur entreprise.

Bien évidemment, la chanson populaire ne plaît pas à tous. Mais l'attrait de la grande culture (appelons-la ainsi) n'exclut pas le rejet de la culture pop. Ce qui est choquant, c'est cette mentalité snobinarde de classer, selon une vision obtuse et réductrice, ce qui serait cachère ou pas. Cet élitisme-là est souvent le fait de gens incultes, dont on pourrait penser qu'ils sont des parvenus culturels, ces gens qui surfent sur les modes, sur les tendances, qui classent en in et off, qui n'ont que le mot «quétaine» à la bouche ou qui s'attribuent le pouvoir grisant de «déquétainiser» tout à coup ce qu'ils abhorraient la veille.

La téléréalité est un genre douteux. Le Loft tel que présenté actuellement est indigne de ceux qui le produisent, de ceux qui le diffusent et, d'une certaine manière, de ceux qui le regardent. Il est hautement malhonnête de comparer ce genre à Star Académie. Cette dernière formule relève avant tout du concours d'amateurs, qui a existé bien avant la création des médias. L'idée qu'un grand nombre d'enfants soient exposés aux propos orduriers et régressifs des lofteurs fait dresser les cheveux sur la tête. Star Académie rejoint aussi les enfants. Ils rêvent évidemment de devenir des vedettes comme les participants à qui on apprend même à mieux s'exprimer. Mais comme ces derniers, ils découvriront vite qu'il y a bien peu d'élus et qu'il faut beaucoup travailler. Cet éloge de l'effort ajouté à la redécouverte du patrimoine de la chanson française ne justifient-ils pas qu'on cesse de décrier cet événement, populaire dans son sens le plus respectueux du terme? On peut aimer Mozart et Star Académie, on peut aimer Mozart et ne pas aimer Star Académie. CQFD.

denbombardier@videotron.ca
 
 
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  • stéphanie beaucaire
    Inscrite
    mardi 28 février 2006 13h20
    promotion du vide
    Madame

    Je comprends parfaitement que votre ego ait été flatté par l'invitation "à paraître" du nouveau tyran des ondes, Star Académie et que, conséquemment, vous trouviez mille et une justifications au petit numéro que vous êtes allée y faire.

    Sachez toutefois que vous êtes dans l'erreur en pensant que le mépris de la "culture populaire" a quoique ce soit à avoir avec le mépris que certaines personnes éprouvent pour Star Académie.

    Personnellement, le fait que des jeunes avec un talent très très ordinaire (dans le meilleur des cas...), quoiqu'on en dise, se pavanent en habit de gala pour massacrer des airs connus à heures fixes ne me choquent pas du tout, puisque j'ai remarqué depuis longtemps qu'en matière de "goût" musicaux, la vaste majorité des gens préfère la facilité du répétitif et du banal, la rassurante uniformité des voix et des looks, rejoignant en cela la paresse intellectuelle ambiante.

    Cela serait déjà suffisamment triste en soi, mais non pas une découverte.

    Par contre, ce qui me répugne dans toute cette mascarade qui n'en finit plus, c'est la marchandisation des personnes, c'est le culte de la personnalité (sans personnalité), la promotion du vide et du vedettariat, et la gratification du paraître.

    Contrairement à ce que vous affirmez, je ne trouve pas du tout réjouissant que des familles entières (quoique je mette sérieusement en doute les chiffres...) s'assoient devant Star Académie...je ne vois pas du tout ce qu'il peut ressortir de positif de cela, tout un peuple affalé devant la télé, quasiment envoûté par le flash, l'apparence et le superficiel.

    Ces jeunes rêvent d'un monde meilleur??? Que ne s'engagent-ils pas dans la voie du travail communautaire, en politique, que n'écrivent-ils pas des livres pour partager avec nous leur "vision", que n'écrivent-ils pas des chansons même, qui nous parleraient d'autres choses que leurs petits états d'âme......

    Ne vous en déplaise, ces jeunes ne rêvent que d'une chose, comme beaucoup de gens, et comme vous d'ailleurs, qui faites votre petit boniment régulirement à tva: ils rêvent d'être VUS à la télé, avant même de rêver d'être entendus, ce qui pour des "chanteurs" est quand même étrange...ils rêvent de voir leur face en première page du 7-jours, ils rêvent d'une grosse maison où un journaliste viendra prendre des photos et tout le monde trouvera qu'ils ont donc un beau set de patio.

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