Jean Lafleur, «fêtard indésirable» au Costa Rica
Photo : Jacques Nadeau
Des voisins de l’appartement que loue Jean Lafleur (ci-dessus) au Costa Rica affirment que lors de ses séjours, l’homme qui s’est enrichi grâce aux commandites fédérales mène une vie délurée qui leur empoisonne l’existence.
Québec — Après s'être fait connaître comme l'«amnésique» de la commission Gomery, l'ancien publicitaire Jean Lafleur est en train d'acquérir une renommée peu enviable de «fêtard détestable» au Costa Rica, où il a séjourné quelques mois depuis la fin des audiences de la commission.
Des voisins de l'appartement qu'il loue affirment que lors de ses séjours, la vie délurée de l'homme qui s'est enrichi grâce aux commandites fédérales leur empoisonne l'existence. Tellement que certains ont récemment sommé les propriétaires de le «contrôler».
La semaine dernière, l'un d'eux, un Britannique du nom de Scott Oliver, voisin de palier immédiat de M. Lafleur, a envoyé une lettre de plainte aux propriétaires de l'immeuble de huit appartements, le Del Vista, à San Raphael de Escazú, au centre du pays. S'exprimant au nom des voisins de Jean Lafleur, il y décrit celui-ci comme étant «incroyablement grossier, ignorant», un «salaud qui fait jouer sa musique incroyablement fort tout en laissant ses fenêtres ouvertes». M. Oliver, «consultant en investissements spéculatifs étrangers» et immobiliers — et auteur d'un livre intitulé How To Buy Costa Rica Real Estate Without Losing Your Camisa —, affirme qu'il ne «tolérera plus» le tapage du locataire. Et si le propriétaire n'intervient pas pour «contrôler Lafleur», il classera l'immeuble Del Vista, sur son site Internet consacré à l'immobilier (www.CasaDeLujo.com), dans la catégorie «édifices à éviter». Aussi, il rendra publique son exaspération à propos de Lafleur sur un autre site, WeLoveCostaRica.com, qui compte plus de 6000 lecteurs, selon ses dires.
Joint au Costa Rica, M. Oliver a affirmé ne pas avoir encore eu de nouvelles du propriétaire. Il a signalé que San Raphael de Escazú, en banlieue de la capitale, San José, est une sorte de «Beverly Hills du pays». Les fêtes les plus bruyantes de Lafleur, qui circule dans une luxueuse jeep Toyota Prado (selon les photos qu'une autre source nous a envoyées), auraient lieu la fin de semaine et dureraient jusqu'à très tard dans la nuit.
C'est après avoir «subi l'indifférence de Lafleur» que M. Oliver et d'autres voisins exaspérés ont décidé d'aller sur Internet pour tenter de voir à qui ils avaient affaire. «Nous l'avons googlé», nous a raconté l'un d'eux. Ils ont alors découvert que le «gringo québécois» qui leur cassait les oreilles, comme ils disent, avait été au coeur du scandale des commandites au Canada. «Ça ne m'a pas surpris», a confié M. Oliver, qui se demande toutefois pourquoi Lafleur ne se tient pas tranquille compte tenu de ces allégations.
Une autre source, que nous appellerons Dave puisqu'elle refuse d'être identifiée, a contacté un journal en ligne, Canadafreepress.com, qui a publié en novembre quelques articles sur le sujet, histoire reprise par un autre journal de langue anglaise, costaricain celui-là, A.M. Costa Rica. Ce dernier insiste sur le fait que le nom de l'actuel ambassadeur du Canada au Costa Rica, Mario Laguë, un ancien directeur des communications de Paul Martin en 2003-04, a aussi été mentionné dans le cadre du scandale des commandites.
«Je l'ai reconnu»
«Dave» a raconté au Devoir ses déconvenues avec Jean Lafleur. Celui-ci est, selon ses dires, «éméché 24 heures sur 24... il doit noyer ses malheurs». En août et septembre, il affirme être allé à plusieurs reprises frapper à la porte de l'appartement de Lafleur pour lui demander de faire moins de bruit. À une occasion, M. Lafleur, complètement ivre lorsqu'il ouvert, a semblé ne pas comprendre la nature du problème, se contentant de dire: «Pourquoi?» «Là, je l'ai reconnu, c'était le type qui était sur les photos du scandale des commandites canadien qu'on avait trouvées sur Internet», a raconté Dave. Il assure aussi qu'à trois reprises, Lafleur et son ami, un «Tico» (Costaricain) dénommé Larry, étaient tellement éméchés qu'ils se sont trompés de porte et ont tenté d'entrer chez lui. «Là aussi, je l'ai vu, lui et Larry, un trentenaire plus jeune que son fils. Les deux sont inséparables», a-t-il raconté.
Au bureau de la concierge des condominiums Del Vista, on nous a confirmé hier qu'un «Jean Lafleur, citoyen canadien», loue bel et bien un appartement pour l'année. Selon ce que les voisins ont récemment appris à ce même bureau, Jean Lafleur a l'intention de retourner bientôt à San Raphael de Escazú, un peu avant Noël. «Nous sommes découragés, nous ne voulons plus le voir ici. Nous voulons avoir la paix. Avec tout l'argent qu'il a gagné, pourquoi ne va-t-il pas faire la fête dans un ranch?», s'interroge Dave. Scott Oliver va plus loin: «Nous aimons sincèrement ce pays. Malheureusement, ce sont des gens comme Lafleur qui font la mauvaise réputation du Costa Rica. Plusieurs viennent ici et se comportent comme des hooligans.»
Les avocats de M. Lafleur ont refusé de nous aider à joindre leur client, extrêmement discret — au Québec du moins — depuis les audiences de la commission Gomery, au printemps dernier.
Rappelons que dans le premier tome de son rapport sur le scandale des commandites, rendu public le mois dernier, le commissaire John Gomery s'est montré très sévère à l'endroit de Jean Lafleur. Celui-ci avait été président de Lafleur Communication Marketing, une agence aujourd'hui en faillite. Elle avait reçu un total de 65 millions de dollars en contrats de commandite, dont 36,5 millions en commissions et autres frais. «Il est évident que la commission avait devant elle quelqu'un qui préférait passer pour un imbécile plutôt que de dire la vérité», a écrit M. Gomery à propos du publicitaire. Le commissaire a aussi présenté Jean Lafleur comme un fêtard, membre du «club des cigares», qui aimait inviter des politiciens libéraux (notamment Jean Pelletier, Jean Carle, Alfonso Gagliano, Denis Coderre et Martin Cauchon) dans sa loge du Canadien pour tenter d'obtenir des faveurs.
Des voisins de l'appartement qu'il loue affirment que lors de ses séjours, la vie délurée de l'homme qui s'est enrichi grâce aux commandites fédérales leur empoisonne l'existence. Tellement que certains ont récemment sommé les propriétaires de le «contrôler».
La semaine dernière, l'un d'eux, un Britannique du nom de Scott Oliver, voisin de palier immédiat de M. Lafleur, a envoyé une lettre de plainte aux propriétaires de l'immeuble de huit appartements, le Del Vista, à San Raphael de Escazú, au centre du pays. S'exprimant au nom des voisins de Jean Lafleur, il y décrit celui-ci comme étant «incroyablement grossier, ignorant», un «salaud qui fait jouer sa musique incroyablement fort tout en laissant ses fenêtres ouvertes». M. Oliver, «consultant en investissements spéculatifs étrangers» et immobiliers — et auteur d'un livre intitulé How To Buy Costa Rica Real Estate Without Losing Your Camisa —, affirme qu'il ne «tolérera plus» le tapage du locataire. Et si le propriétaire n'intervient pas pour «contrôler Lafleur», il classera l'immeuble Del Vista, sur son site Internet consacré à l'immobilier (www.CasaDeLujo.com), dans la catégorie «édifices à éviter». Aussi, il rendra publique son exaspération à propos de Lafleur sur un autre site, WeLoveCostaRica.com, qui compte plus de 6000 lecteurs, selon ses dires.
Joint au Costa Rica, M. Oliver a affirmé ne pas avoir encore eu de nouvelles du propriétaire. Il a signalé que San Raphael de Escazú, en banlieue de la capitale, San José, est une sorte de «Beverly Hills du pays». Les fêtes les plus bruyantes de Lafleur, qui circule dans une luxueuse jeep Toyota Prado (selon les photos qu'une autre source nous a envoyées), auraient lieu la fin de semaine et dureraient jusqu'à très tard dans la nuit.
C'est après avoir «subi l'indifférence de Lafleur» que M. Oliver et d'autres voisins exaspérés ont décidé d'aller sur Internet pour tenter de voir à qui ils avaient affaire. «Nous l'avons googlé», nous a raconté l'un d'eux. Ils ont alors découvert que le «gringo québécois» qui leur cassait les oreilles, comme ils disent, avait été au coeur du scandale des commandites au Canada. «Ça ne m'a pas surpris», a confié M. Oliver, qui se demande toutefois pourquoi Lafleur ne se tient pas tranquille compte tenu de ces allégations.
Une autre source, que nous appellerons Dave puisqu'elle refuse d'être identifiée, a contacté un journal en ligne, Canadafreepress.com, qui a publié en novembre quelques articles sur le sujet, histoire reprise par un autre journal de langue anglaise, costaricain celui-là, A.M. Costa Rica. Ce dernier insiste sur le fait que le nom de l'actuel ambassadeur du Canada au Costa Rica, Mario Laguë, un ancien directeur des communications de Paul Martin en 2003-04, a aussi été mentionné dans le cadre du scandale des commandites.
«Je l'ai reconnu»
«Dave» a raconté au Devoir ses déconvenues avec Jean Lafleur. Celui-ci est, selon ses dires, «éméché 24 heures sur 24... il doit noyer ses malheurs». En août et septembre, il affirme être allé à plusieurs reprises frapper à la porte de l'appartement de Lafleur pour lui demander de faire moins de bruit. À une occasion, M. Lafleur, complètement ivre lorsqu'il ouvert, a semblé ne pas comprendre la nature du problème, se contentant de dire: «Pourquoi?» «Là, je l'ai reconnu, c'était le type qui était sur les photos du scandale des commandites canadien qu'on avait trouvées sur Internet», a raconté Dave. Il assure aussi qu'à trois reprises, Lafleur et son ami, un «Tico» (Costaricain) dénommé Larry, étaient tellement éméchés qu'ils se sont trompés de porte et ont tenté d'entrer chez lui. «Là aussi, je l'ai vu, lui et Larry, un trentenaire plus jeune que son fils. Les deux sont inséparables», a-t-il raconté.
Au bureau de la concierge des condominiums Del Vista, on nous a confirmé hier qu'un «Jean Lafleur, citoyen canadien», loue bel et bien un appartement pour l'année. Selon ce que les voisins ont récemment appris à ce même bureau, Jean Lafleur a l'intention de retourner bientôt à San Raphael de Escazú, un peu avant Noël. «Nous sommes découragés, nous ne voulons plus le voir ici. Nous voulons avoir la paix. Avec tout l'argent qu'il a gagné, pourquoi ne va-t-il pas faire la fête dans un ranch?», s'interroge Dave. Scott Oliver va plus loin: «Nous aimons sincèrement ce pays. Malheureusement, ce sont des gens comme Lafleur qui font la mauvaise réputation du Costa Rica. Plusieurs viennent ici et se comportent comme des hooligans.»
Les avocats de M. Lafleur ont refusé de nous aider à joindre leur client, extrêmement discret — au Québec du moins — depuis les audiences de la commission Gomery, au printemps dernier.
Rappelons que dans le premier tome de son rapport sur le scandale des commandites, rendu public le mois dernier, le commissaire John Gomery s'est montré très sévère à l'endroit de Jean Lafleur. Celui-ci avait été président de Lafleur Communication Marketing, une agence aujourd'hui en faillite. Elle avait reçu un total de 65 millions de dollars en contrats de commandite, dont 36,5 millions en commissions et autres frais. «Il est évident que la commission avait devant elle quelqu'un qui préférait passer pour un imbécile plutôt que de dire la vérité», a écrit M. Gomery à propos du publicitaire. Le commissaire a aussi présenté Jean Lafleur comme un fêtard, membre du «club des cigares», qui aimait inviter des politiciens libéraux (notamment Jean Pelletier, Jean Carle, Alfonso Gagliano, Denis Coderre et Martin Cauchon) dans sa loge du Canadien pour tenter d'obtenir des faveurs.
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