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Quand le «Y» est autre chose qu'un gymnase

Claude Lévesque   25 octobre 2005  Société
Patricia Sarzosa, secrétaire générale de l’Asociacion cristiana de jovenes en Équateur. Dans son pays, le YMCA offre son soutien à 6000 familles dans le besoin.
Photo : Jacques Nadeau
Patricia Sarzosa, secrétaire générale de l’Asociacion cristiana de jovenes en Équateur. Dans son pays, le YMCA offre son soutien à 6000 familles dans le besoin.
Les Montréalais connaissent surtout le YMCA pour ses gymnases et ses cours de conditionnement physique.

Ce qu'on sait un peu moins, c'est que le «Y» est également engagé dans le développement social, ici et à l'étranger.

En Équateur, l'équivalent du YMCA, appelé Asociacion cristiana de jovenes (ACJ), se consacre d'ailleurs tout entier à la prestation de services sociaux, signale Patricia Sarzosa, secrétaire générale de l'ACJ de ce pays d'Amérique du Sud. Cette sociologue de formation est venue participer, en compagnie de quatre collègues d'Amérique latine, à une conférence qui aura lieu jeudi au Centre Saint-Pierre.

En Équateur, environ 60 % de la population est considérée comme vivant sous le seuil de la pauvreté. Chômage ou sous-emploi, malnutrition, exclusion et délinquance juvénile sont très souvent le lot de ces familles.

Le principal programme d'intervention du «Y» équatorien vise quelque 6000 familles pauvres, auxquelles il fournit divers types d'assistance: services éducatifs et de garde, services médicaux et dentaires, séances d'information, etc.

Signe de la détérioration du contexte socio-économique, trois millions d'Équatoriens ont émigré au cours des dix dernières années, soit plus du cinquième de la population. On se souviendra peut-être que plusieurs boat people équatoriens abandonnés à la dérive dans le Pacifique ont dû être secourus par des bâtiments américains et guatémaltèques l'été dernier.

Curieusement, l'Équateur reçoit aussi des immigrants: il s'agit surtout de Colombiens qui fuient la violence endémique dans leur pays. Ces nouveaux arrivants constituent une réserve de main-d'oeuvre à bon marché, exposée à la suspicion des Équatoriens de souche.

L'abandon de la monnaie locale au profit du dollar américain, il y a quatre ans, a mené à la fermeture de plusieurs entreprises, qui ont vu leurs coûts de production augmenter, affirme Patricia Sarzosa. Aujourd'hui, l'exploitation pétrolière, qui génère relativement peu d'emplois localement, est devenue la première source de revenus pour le l'État équatorien.

«Au cours des dix dernières années, les politiques imposées par le FMI ont entraîné une réduction de la protection sociale et des salaires de plusieurs travailleurs», affirme en outre la sociologue, qui ajoute que l'ouverture des marchés a nui aux petites entreprises et à l'emploi local.

L'ACJ s'est d'ailleurs jointe aux organisations qui plaident pour qu'un volet social soit greffé à un éventuel traité de libre-échange entre les États-Unis et les pays du Pacte andin (Colombie, Équateur et Pérou), en négociation depuis mai 2004.

D'autre part, le «plan Colombie» visant à lutter contre la production et le trafic de cocaïne dans la région a ruiné plusieurs petits producteurs agricoles, qui ont vu leurs champs contaminés par des herbicides épandus sans discernement du haut des airs.

Le YMCA centre-ville de Montréal est jumelé à l'ACJ équatorienne depuis douze ans. Les autres «Y» de la métropole se sont également associés à des organisations soeurs en Amérique latine.

Le YMCA, qui est surtout connu pour ses activités sportives et ses cours de langue, continue aussi à aider les démunis localement, signale Irène Nasim, directrice des communications et de la collecte de fonds au YMCA centre-ville. On pense notamment à ses programmes en faveur des réfugiés et des sans-abri, ainsi qu'à ceux qui visent la réinsertion des ex-détenus.

La conférence au Centre Saint-Pierre, jeudi, s'inscrit dans le contexte d'une sensibilisation aux «Objectifs du Millénaire» adoptés il y a quelques années par l'Organisation des Nations unies.

Elle réunira des intervenants du Honduras, d'Haïti, du Salvador, de l'Équateur et du Nicaragua, autour du thème: Agir contre la pauvreté: les solutions de cinq YMCA en Amérique latine.

Pour Patricia Sarzosa, l'argent et le secours direct ne sont pas la solution à long terme au fléau de la pauvreté. C'est pourquoi elle met fortement l'accent sur l'éducation aux droits civiques des populations affectées.






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