mercredi 25 novembre 2009 Dernière mise à jour 19h07


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Bungalow + piscine hors terre + barbecue = banlieue - La mutation de Bungalowpolis

François Cardinal   14 septembre 2002  Société
La banlieue change. Elle n’est plus ce qu’elle était et doit maintenant faire l’objet d’une attention particulière.
Photo : Jacques Nadeau
La banlieue change. Elle n’est plus ce qu’elle était et doit maintenant faire l’objet d’une attention particulière.
Bungalow + piscine hors terre + barbecue = banlieue. L'équation semble simple. Elle est plutôt simpliste et dépassée, soutient un groupe de spécialistes universitaires qui tentent de redorer le blason de ces espaces en pleine mutation. Selon eux, il est temps d'appliquer aux cités de banlieue la recette éprouvée au cours des dernières décennies dans le cas des quartiers centraux: le développement et la revitalisation.

La banlieue a bien mauvaise presse. Et les railleries à son endroit sont aussi nombreuses aujourd'hui qu'elles l'étaient il y a 10, 15 ou 20 ans. Pourtant, la banlieue n'est plus ce qu'elle était, c'est-à-dire un immense dortoir aux bungalows cordés où ne vivent que de jeunes familles avec chien, voitures et thermopompe.

Une équipe pluridisciplinaire formée d'architectes, de designers urbains, d'urbanistes, de géographes, de sociologues et même de psychologues s'est donc penchée pendant cinq ans sur le sujet afin de faire le point sur cette vision cliché des zones périphériques. Fruit de cette longue cogitation, une conclusion surprenante a été présentée hier lors d'un colloque tenu à l'Université Laval ainsi que dans un ouvrage fort intéressant intitulé La Banlieue revisitée (Nota Bene). Il faut à tout prix sauver les bungalows!, clament haut et fort les universitaires.

«Les banlieues demeurent fortement associées à un style d'organisation du territoire, la banlieue-dortoir, à un mode de vie en particulier, celui des jeunes familles, et à la société de consommation: à chaque famille sa piscine et son barbecue», peut-on lire dans ledit ouvrage. «Elles apparaissent ainsi de plus en plus comme le contre-exemple du développement viable et d'un design en harmonie avec la nature. Or l'analyse laisse plutôt entrevoir une densification des banlieues et une modification profonde de leurs rapports au centre.»

Vrai qu'il est bien fini, le temps où l'homogénéité faisait de chaque municipalité de périphérie un calque de sa voisine. La banlieue — celle de la première couronne, qui a vu le jour dans les années 50 et 60 — a plutôt été remplacée par une multitude de municipalités qui ont leur propre identité, leurs institutions à elles, leur composition particulière.

«Même à l'intérieur d'une seule banlieue, c'est beaucoup moins homogène qu'on le pense», explique en entrevue la sociologue Andrée Fortin, une des trois directrices de l'ouvrage. «On a toujours la même image de la banlieue: le bungalow. Or une simple promenade permet de faire tomber ce préjugé puisqu'un peu partout on croise des condos, des walk-ups, des blocs d'appartements, etc.»

Vive le bungalow

À l'heure du développement durable et du vieillissement de la population, et à la lumière de ces constats aussi, n'y a-t-il donc pas lieu de repenser la banlieue, ce lieu où la majorité de la population nord-américaine habite? Poser la question, c'est évidemment y répondre. Les universitaires se sont donc attelés à la tâche de «revisiter» la banlieue. Leurs conclusions ne plairont pas à tout le monde.

Pour freiner l'étalement urbain, certains suggèrent d'y aller doucement avec les nouveaux développements en dehors des espaces urbanisés. D'autres se font plutôt les adeptes d'une revitalisation des quartiers centraux. L'équipe derrière La Banlieue revisitée, pour sa part, souhaite que l'on privilégie davantage «la mise en valeur de l'immense territoire des bungalows pour répondre aux aspirations des banlieusards».

En d'autres mots, développons des stratégies d'intervention pour ces espaces convoités. Mais attention! Il ne s'agit pas de recréer la ville en banlieue ni de «répondre benoîtement aux préférences des consommateurs toujours plus avides d'espace, d'intimité, de nature, sans tenir compte de l'épuisement des ressources naturelles». Selon les auteurs, aller de l'avant avec une densification des cités de banlieue leur ferait précisément perdre ce caractère propre tant recherché, ce qui contribuerait par ailleurs à l'étalement urbain.

«En effet, ne pas respecter l'aspiration d'une partie importante de la population à un environnement perçu comme étant aéré, sain, tranquille, vert, etc., pourrait conduire à repousser plus loin la satisfaction d'une telle aspiration»... grossissant d'autant l'effet trou de beigne.

Densification douce

La solution serait donc plutôt de repenser la banlieue en privilégiant sa revitalisation et en permettant d'augmenter sensiblement le nombre d'habitants au kilomètre carré, ce que les auteurs appellent la «densification douce du cadre bâti». Se basant sur les travaux de l'Américain Peter Calthorpe, un des principaux leaders du nouvel urbanisme (ou Smart Growth), les deux autres directrices de l'ouvrage, les architectes Geneviève Vachon et Carole Després, suggèrent de donner une échelle humaine aux villes de banlieue tout en leur permettant de conserver leur aspect «rural». Gros contrat!

Elles proposent donc une idée originale pour transformer facilement les secteurs majoritairement constitués de maisons unifamiliales en secteurs à plus forte densité: la cohabitation intergénérationnelle. Ce concept qui gagne actuellement en popularité est fort simple: il s'agit d'ajouter un logement à un bungalow. Puisque cette annexe est fréquemment destinée à un membre de la famille immédiate du propriétaire (enfant, père, mère, frère, soeur, etc.), on parle alors de cohabitation intergénérationnelle, de maison bifamiliale.

«Plusieurs motivations incitent certains résidants à transformer ainsi leur maison, écrivent les auteurs. Il peut s'agir d'accommoder les besoins de loger un parent âgé à proximité, ou encore des enfants qui tardent à quitter la maison ou qui y reviennent, avec ou sans conjoint et enfant. Le logement supplémentaire peut aussi s'avérer intéressant pour de premiers acheteurs ou des ménages monoparentaux à la recherche d'une propriété abordable en banlieue, pour qui cette option apporte le revenu additionnel nécessaire pour accéder à la propriété.»

L'ennui, c'est que les municipalités ne collaborent pas beaucoup. D'après une enquête menée auprès de 106 d'entre elles, moins de la moitié appliquent un règlement de zonage permettant de greffer un logement à un autre.

Revitaliser les quartiers

Bien qu'intéressante, la cohabitation intergénérationnelle n'est pas la seule façon de transformer la banlieue, loin s'en faut. Les auteurs font également de nombreuses autres propositions, comme l'intégration aux territoires des banlieues d'après-guerre de nouvelles collectivités compactes, sous forme de noyaux de petits commerces accessibles à pied.

Ces îlots de services permettraient notamment de créer une vie de quartier pour une population qui se fait vieillissante. Autre avantage non négligeable, la constitution de telles communautés diminuerait l'importance des infrastructures routières et donc de la voiture, atténuant d'autant les impacts sur l'environnement.

Les architectes proposent également de restructurer les espaces publics, ces importants lieux de rencontre et de fréquentation. Exit les larges rues sans trottoirs ainsi que les terrains de sport et les parcs qui ne sont pas conçus pour tous — et encore moins pour les aînés. Il faut en effet repenser ces secteurs en gardant à l'esprit le vieillissement de la population, surtout celle des villes de banlieue.

De plus, croit-on, il faut à tout prix développer les transports collectifs, comme le prône Peter Calthorpe, en tenant compte de la nouvelle réalité des cités de banlieue. De plus en plus de gens y travaillent, de plus en plus d'entreprises s'y installent, et pourtant, les liens entre les municipalités sont inexistants, l'aménagement urbain n'ayant été pensé qu'en fonction de l'automobile. La constitution d'un réseau intégré d'autobus, selon les architectes, est donc urgente.

Évidemment, rien de cela ne se fait en criant «patio!», surtout à une époque où on demande aux municipalités d'en faire plus avec moins. Mmes Després et Vachon pensent donc que les gouvernements ont le devoir de répéter ce qu'ils ont amorcé dans les années 70 à la faveur des quartiers centraux — politiques de revitalisation et programmes d'aide à la rénovation, notamment — mais cette fois-ci en vue d'aider les villes de banlieue.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. À l'heure du développement durable, un tel discours peut sembler contre-productif aux yeux de plusieurs qui ne jurent que par la consolidation des zones urbaines.

Reste donc à voir si les gouvernements accepteront de subventionner ne serait-ce que la construction de logements supplémentaires ou la rénovation des maisons vieillissantes.

Dans le cas contraire, le Québec pourrait se retrouver avec des cités de banlieue qui se dépeuplent... au profit de zones encore plus éloignées des villes.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009