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Colloque à l'Université Laval - OGM: activistes et consommateurs ne sont pas au même diapason

Fabien Deglise   19 septembre 2005  Société
L'analyse est intrigante. Dans leur opposition aux organismes génétiquement modifiés (OGM), activistes et consommateurs ne semblent pas au même diapason. Les premiers sont guidés principalement par une hostilité farouche et idéologique à la mondialisation et au pouvoir des multinationales alors que les seconds craignent surtout pour leur santé et pour l'environnement.

Pis, les peurs des simples citoyens ne sont pas étrangères à «la manipulation» des groupes de pression écologistes qui orchestrent des campagnes inquiétantes afin «d'en tirer profit», estime Gale West, professeur au département d'économie agro-alimentaire et science de la consommation de l'Université Laval, qui se demande si aujourd'hui: «les mouvements anti-OGM sont [...] plus motivés par la protection du consommateur ou par la réforme de la production alimentaire?»

La question a le mérite d'être claire. Elle risque aussi d'alimenter les débats dès demain lors du colloque intitulé «Sécurité alimentaire et OGM» qui se tiendra à l'Université Laval. Mme West doit y présenter les résultats de deux sondages récents auprès des consommateurs canadiens et des producteurs de grains du Québec.

Passer les OGM au crible

Organisée entre autres par le Centre d'études en droit économique (CÉDÉ) et l'Institut de recherche européenne de droit économique (IREDE) de l'Université des sciences sociales de Toulouse, cette rencontre vise à passer au crible les OGM sous les angles scientifiques, éthiques, économiques et juridiques. Avec au programme: douze spécialistes de cet épineux dossier.

Sophie Lavallée, professeure à faculté de droit de l'Université Laval en fait partie. Selon elle, la production d'OGM aujourd'hui au pays s'accompagne d'une question importante quant à la survie et au développement de l'agriculture biologique dont l'existence est parfois mise en péril par l'impossible cohabitation avec les transgènes. Et les réglementations actuelles ne sont pas pour aider ce secteur agricole, estime-t-elle.

«La production biologique a été mise de côté [par le gouvernement], lance Mme Lavallée. Pour les ministères responsables, le bio est confiné à un marché de niche. Et sans une modification des réglementations», il sera difficile d'en être autrement. Sa solution? L'instauration, pourquoi pas, d'une norme nationale pour encadrer cette production agricole à part et la rendre ainsi plus compétitive sur la scène internationale. Tout en la protégeant mieux des OGM qui rodent autour. Actuellement au pays, seul le Québec dispose d'une politique stricte en matière d'alimentation biologique avec son système de certification obligatoire. La Colombie-Britannique pratique pour sa part l'encadrement du bio sur une base volontaire.

Volontaire. Le mot sied également à l'étiquetage des OGM au Canada, comme le prévoit une norme fédérale adoptée l'an dernier. Dans les faits, cette décision n'a pas encore fait apparaître sur les tablettes des épiceries des produits dévoilant leur contenu en ingrédients issus du génie génétique. Un changement d'attitude est-il à prévoir afin de s'inspirer de l'Union Européenne qui, elle, a instauré un système d'étiquetage obligatoire?

«La réponse n'est pas si simple, dit Coralie Bonnin, doctorante à la Faculté de droit de l'Université Laval et de l'Université de Nice-Sophia Antipolis. L'Europe et le Canada ont des façons différentes d'aborder les OGM. Pour l'un, il s'agit de biotechnologies, pour l'autre, d'aliments nouveaux, et ces deux conceptions guident la façon dont les lois et règlements s'organisent autour.»

Mesure pour protéger les consommateurs ou pour protéger les marchés, l'étiquetage des OGM devrait occuper une large place lors de cette rencontre internationale qui, jusqu'à mercredi, compte faire vibrer les murs de l'Université Laval à Québec avec un sujet loin d'avoir été épuisé.






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