Les Shriners choisissent Montréal
Les coups bas portés par London à la candidature de Montréal n'auront pas suffi à convaincre les Shriners de mettre la clé sous la porte de l'établissement québécois vieux de 80 ans. Réunis à Baltimore, les délégués ont voté hier à la majorité pour le maintien de l'hôpital dans la métropole québécoise, coupant l'herbe sous le pied de la délégation ontarienne.
Faisant fi de la recommandation de leur conseil d'administration, qui avait suggéré en avril dernier de déménager l'hôpital à London, les 1214 délégués ont choisi la «stabilité» à 608 voix pour Montréal contre 605 pour London. Pour que l'hôpital déménage ses pénates en Ontario, les deux tiers des voix étaient requises, soit 810.
Bien que serré, le vote ne laisse place à aucune ambiguïté, a fait valoir hier le ministre de la Santé, Philippe Couillard, manifestement soulagé de la tournure des événements. «Les délégués se sont exprimés de façon très claire, nous avons non seulement réussi à obtenir les votes qui étaient techniquement demandés, mais la majorité simple également, c'est important de le souligner», a-t-il fait valoir à l'issue du vote.
De retour au Québec depuis lundi, Jean Charest n'a pas caché sa fierté d'avoir su rallier une majorité de délégués, qualifiant cette nouvelle de «grande victoire». Le premier ministre a toutefois réservé ses commentaires pour ce matin, à l'issue d'une rencontre avec le personnel et les patients de l'hôpital prévue en début de matinée.
À Baltimore, M. Charest avait vertement critiqué la façon de faire de la délégation ontarienne, égratignant au passage le premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty, qui avait refusé de condamner une vidéo alléguant que le site montréalais n'était pas sécuritaire.
Jusqu'à la fin, la décontamination de la cour Glen, pressentie pour accueillir le nouvel hôpital, et la menace sécessionniste auront poursuivi la délégation québécoise. Ses membres ont dû convaincre les délégués un à un de la nécessité de préserver les forces vives qui ont fait de Montréal un phare qui rayonne depuis 80 ans sur la médecine orthopédique pédiatrique en Amérique du Nord.
Le maire Gérald Tremblay, qui faisait partie de la délégation, a trouvé l'expérience très éprouvante. «Les dés étaient pipés contre nous dès le départ avec la stratégie très négative qui avait été mise en place. Personne ne pensait qu'on pouvait renverser le vote comme on a réussi à le faire», a-t-il expliqué à l'issue du vote.
Pour Gérald Tremblay, il ne fait pas de doute que la stratégie de dénigrement adoptée par le comité pro-London a nui à la candidature de la ville ontarienne. Les Shriners n'ont pas apprécié de se retrouver sur la place publique et d'assister, en présence de nombreux journalistes, à cette querelle politique qui avait pris des allures dangereusement venimeuses.
Mais le marathon de poignées de main et la présence, lundi, de 250 enfants et leurs parents, venus à Baltimore pour manifester leur attachement à l'hôpital montréalais, ont porté leurs fruits, croit le maire, qui a senti, au fil des jours, que le vent commençait à tourner en faveur de Montréal.
Réconciliation
Les Shriners forment une organisation fraternelle depuis 1872. Depuis cette date, les francs-maçons n'ont jamais dérogé à leur mission: amasser des fonds pour venir en aide aux enfants malades.
Aujourd'hui, l'organisation compte 22 hôpitaux pédiatriques spécialisés dans les soins orthopédiques: 20 aux États-Unis, un au Mexique et un au Canada, celui-là même qui était disputé par Montréal et London. Situé rue Cedar, à Montréal, l'hôpital de 40 lits aux allures d'une hacienda accuse toutefois son âge.
Il était impossible pour les Shriners d'en faire la coquille de leur nouvel hôpital de 100 millions de dollars, qui nécessitera des installations plus vastes et plus modernes. Qu'à cela ne tienne, le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) a gracieusement offert un terrain de cinq acres, d'une valeur de cinq millions, aux Shriners pour qu'ils y installent l'hôpital dont ils rêvent. S'ils y consentent, l'établissement aura notamment pour voisin l'Hôpital de Montréal pour enfants.
Hier, l'un des dirigeants de l'hôpital Shriners aux États-Unis, Gene Bracewell, a toutefois émis l'hypothèse que l'hôpital reste là où il est pour des raisons de sécurité. En point de presse, le ministre Couillard s'est voulu rassurant. «Je suis d'accord avec M. Bracewell, on ne doit pas construire un hôpital sur un terrain contaminé; or la cour Glen n'est plus contaminée, le terrain est propre et prêt à recevoir l'hôpital», a-t-il certifié.
En attendant, le ministre recommande aux Shriners de laisser la poussière retomber avant de prendre une décision. «Le seul dossier discuté ici aura été celui de la décontamination. Il est certain que, pour des gens peu informés, ça éveille certaines craintes. Il faut laisser le temps passer, laisser les émotions retomber», a commenté M. Couillard.
Passablement mises à mal par la querelle entre leurs deux provinces, les relations des Shriners du Québec avec ceux de l'Ontario auront besoin d'un peu de temps pour se remettre de ce face-à-face, a convenu le président du conseil des gouverneurs de l'hôpital Shriners, Gary Morrison. Ce dernier a invité les délégués à oublier leurs querelles et à travailler «au bien-être des enfants».
L'heure était aussi à la réconciliation du côté de l'Ontario. Bon joueur malgré tout, Dalton McGuinty a invité les Ontariens à appuyer la décision des Shriners. «Ce fut un honneur et un privilège de travailler avec les Shriners, qui ont toujours manifesté leur engagement envers les enfants partout dans le monde, et nous savons qu'ils continueront d'offrir un service public remarquable», a-t-il déclaré par voie de communiqué.
Soulagement
De Baltimore à Montréal, quelques secondes auront suffi hier pour qu'éclate la joie au sein des partisans de la métropole, qui ont expliqué ce succès par la campagne de grande séduction entreprise par la délégation québécoise conduite par Jean Charest.
Le «travail acharné et le travail en équipe», voilà qui explique le succès connu par la délégation québécoise, a pour sa part estimé le ministre Philippe Couillard, qui a salué la fermeté de son premier ministre dans ce dossier.
«On peut retourner à Montréal la tête haute», a renchéri le maire Gérald Tremblay, qui revenait à Montréal hier soir. Selon lui, l'expérience des derniers jours a démontré la fragilité des institutions montréalaises et prouve qu'il ne faut pas les tenir pour acquises, même quand elles existent depuis 80 ans.
Le maire Tremblay n'en était pas à sa première participation à des opérations de sauvetage. En 2003, il s'était rendu à Budapest pour tenter de sauver le Grand Prix de Montréal et, plus tôt cette année, il a fait le voyage jusqu'à Francfort afin de rapatrier à Montréal les Championnats de sports aquatiques.
Ces démarches se sont toutes soldées par des victoires, toutefois M. Tremblay estime que la bataille pour l'hôpital des Shriners a été particulièrement émotive. «Mais quand on a une cause noble, ça va bien», a-t-il commenté.
À Québec, l'opposition officielle a elle aussi tenu à souligner «l'excellent travail» de la délégation québécoise. «Il y a des moments où un premier ministre doit être là où sa chauffe. À partir du moment où le premier ministre de l'Ontario y était, il aurait été inacceptable que le premier ministre du Québec n'aille pas lui donner la réplique», a commenté le porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Jean-Pierre Charbonneau.
Fière d'avoir su mobiliser ses forces en appui à cette cause, la communauté des affaires a quant à elle poussé un grand soupir de soulagement. «Cette expérience le démontre une fois de plus: quand nous unissons nos efforts, nous sommes capables de grandes réalisations», a déclaré Isabelle Hudon, présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
La Fédération des médecins résidents du Québec s'est dite heureuse que les attaques de London n'aient pas été prises en compte. «Les Shriners ont fait le bon choix, le bon choix pour les patients, pour leurs familles et pour la communauté ainsi que pour les médecins, infirmières, chercheurs et autres employés de cet hôpital», a commenté son président, le Dr Martin Bernier.
L'Université de Montréal et sa faculté de médecine ont pour leur part applaudi à une décision qui «confirme le leadership de la région montréalaise dans les domaines de la santé et de la recherche scientifique biomédicale».
Faisant fi de la recommandation de leur conseil d'administration, qui avait suggéré en avril dernier de déménager l'hôpital à London, les 1214 délégués ont choisi la «stabilité» à 608 voix pour Montréal contre 605 pour London. Pour que l'hôpital déménage ses pénates en Ontario, les deux tiers des voix étaient requises, soit 810.
Bien que serré, le vote ne laisse place à aucune ambiguïté, a fait valoir hier le ministre de la Santé, Philippe Couillard, manifestement soulagé de la tournure des événements. «Les délégués se sont exprimés de façon très claire, nous avons non seulement réussi à obtenir les votes qui étaient techniquement demandés, mais la majorité simple également, c'est important de le souligner», a-t-il fait valoir à l'issue du vote.
De retour au Québec depuis lundi, Jean Charest n'a pas caché sa fierté d'avoir su rallier une majorité de délégués, qualifiant cette nouvelle de «grande victoire». Le premier ministre a toutefois réservé ses commentaires pour ce matin, à l'issue d'une rencontre avec le personnel et les patients de l'hôpital prévue en début de matinée.
À Baltimore, M. Charest avait vertement critiqué la façon de faire de la délégation ontarienne, égratignant au passage le premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty, qui avait refusé de condamner une vidéo alléguant que le site montréalais n'était pas sécuritaire.
Jusqu'à la fin, la décontamination de la cour Glen, pressentie pour accueillir le nouvel hôpital, et la menace sécessionniste auront poursuivi la délégation québécoise. Ses membres ont dû convaincre les délégués un à un de la nécessité de préserver les forces vives qui ont fait de Montréal un phare qui rayonne depuis 80 ans sur la médecine orthopédique pédiatrique en Amérique du Nord.
Le maire Gérald Tremblay, qui faisait partie de la délégation, a trouvé l'expérience très éprouvante. «Les dés étaient pipés contre nous dès le départ avec la stratégie très négative qui avait été mise en place. Personne ne pensait qu'on pouvait renverser le vote comme on a réussi à le faire», a-t-il expliqué à l'issue du vote.
Pour Gérald Tremblay, il ne fait pas de doute que la stratégie de dénigrement adoptée par le comité pro-London a nui à la candidature de la ville ontarienne. Les Shriners n'ont pas apprécié de se retrouver sur la place publique et d'assister, en présence de nombreux journalistes, à cette querelle politique qui avait pris des allures dangereusement venimeuses.
Mais le marathon de poignées de main et la présence, lundi, de 250 enfants et leurs parents, venus à Baltimore pour manifester leur attachement à l'hôpital montréalais, ont porté leurs fruits, croit le maire, qui a senti, au fil des jours, que le vent commençait à tourner en faveur de Montréal.
Réconciliation
Les Shriners forment une organisation fraternelle depuis 1872. Depuis cette date, les francs-maçons n'ont jamais dérogé à leur mission: amasser des fonds pour venir en aide aux enfants malades.
Aujourd'hui, l'organisation compte 22 hôpitaux pédiatriques spécialisés dans les soins orthopédiques: 20 aux États-Unis, un au Mexique et un au Canada, celui-là même qui était disputé par Montréal et London. Situé rue Cedar, à Montréal, l'hôpital de 40 lits aux allures d'une hacienda accuse toutefois son âge.
Il était impossible pour les Shriners d'en faire la coquille de leur nouvel hôpital de 100 millions de dollars, qui nécessitera des installations plus vastes et plus modernes. Qu'à cela ne tienne, le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) a gracieusement offert un terrain de cinq acres, d'une valeur de cinq millions, aux Shriners pour qu'ils y installent l'hôpital dont ils rêvent. S'ils y consentent, l'établissement aura notamment pour voisin l'Hôpital de Montréal pour enfants.
Hier, l'un des dirigeants de l'hôpital Shriners aux États-Unis, Gene Bracewell, a toutefois émis l'hypothèse que l'hôpital reste là où il est pour des raisons de sécurité. En point de presse, le ministre Couillard s'est voulu rassurant. «Je suis d'accord avec M. Bracewell, on ne doit pas construire un hôpital sur un terrain contaminé; or la cour Glen n'est plus contaminée, le terrain est propre et prêt à recevoir l'hôpital», a-t-il certifié.
En attendant, le ministre recommande aux Shriners de laisser la poussière retomber avant de prendre une décision. «Le seul dossier discuté ici aura été celui de la décontamination. Il est certain que, pour des gens peu informés, ça éveille certaines craintes. Il faut laisser le temps passer, laisser les émotions retomber», a commenté M. Couillard.
Passablement mises à mal par la querelle entre leurs deux provinces, les relations des Shriners du Québec avec ceux de l'Ontario auront besoin d'un peu de temps pour se remettre de ce face-à-face, a convenu le président du conseil des gouverneurs de l'hôpital Shriners, Gary Morrison. Ce dernier a invité les délégués à oublier leurs querelles et à travailler «au bien-être des enfants».
L'heure était aussi à la réconciliation du côté de l'Ontario. Bon joueur malgré tout, Dalton McGuinty a invité les Ontariens à appuyer la décision des Shriners. «Ce fut un honneur et un privilège de travailler avec les Shriners, qui ont toujours manifesté leur engagement envers les enfants partout dans le monde, et nous savons qu'ils continueront d'offrir un service public remarquable», a-t-il déclaré par voie de communiqué.
Soulagement
De Baltimore à Montréal, quelques secondes auront suffi hier pour qu'éclate la joie au sein des partisans de la métropole, qui ont expliqué ce succès par la campagne de grande séduction entreprise par la délégation québécoise conduite par Jean Charest.
Le «travail acharné et le travail en équipe», voilà qui explique le succès connu par la délégation québécoise, a pour sa part estimé le ministre Philippe Couillard, qui a salué la fermeté de son premier ministre dans ce dossier.
«On peut retourner à Montréal la tête haute», a renchéri le maire Gérald Tremblay, qui revenait à Montréal hier soir. Selon lui, l'expérience des derniers jours a démontré la fragilité des institutions montréalaises et prouve qu'il ne faut pas les tenir pour acquises, même quand elles existent depuis 80 ans.
Le maire Tremblay n'en était pas à sa première participation à des opérations de sauvetage. En 2003, il s'était rendu à Budapest pour tenter de sauver le Grand Prix de Montréal et, plus tôt cette année, il a fait le voyage jusqu'à Francfort afin de rapatrier à Montréal les Championnats de sports aquatiques.
Ces démarches se sont toutes soldées par des victoires, toutefois M. Tremblay estime que la bataille pour l'hôpital des Shriners a été particulièrement émotive. «Mais quand on a une cause noble, ça va bien», a-t-il commenté.
À Québec, l'opposition officielle a elle aussi tenu à souligner «l'excellent travail» de la délégation québécoise. «Il y a des moments où un premier ministre doit être là où sa chauffe. À partir du moment où le premier ministre de l'Ontario y était, il aurait été inacceptable que le premier ministre du Québec n'aille pas lui donner la réplique», a commenté le porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Jean-Pierre Charbonneau.
Fière d'avoir su mobiliser ses forces en appui à cette cause, la communauté des affaires a quant à elle poussé un grand soupir de soulagement. «Cette expérience le démontre une fois de plus: quand nous unissons nos efforts, nous sommes capables de grandes réalisations», a déclaré Isabelle Hudon, présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
La Fédération des médecins résidents du Québec s'est dite heureuse que les attaques de London n'aient pas été prises en compte. «Les Shriners ont fait le bon choix, le bon choix pour les patients, pour leurs familles et pour la communauté ainsi que pour les médecins, infirmières, chercheurs et autres employés de cet hôpital», a commenté son président, le Dr Martin Bernier.
L'Université de Montréal et sa faculté de médecine ont pour leur part applaudi à une décision qui «confirme le leadership de la région montréalaise dans les domaines de la santé et de la recherche scientifique biomédicale».
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