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Montréal, capitale mondiale du XXX, le temps d'un forum sur la prostitution

Clairandrée Cauchy   17 mai 2005  Société
Une prostituée indienne regarde à travers la fenêtre d’un tramway converti en centre de prévention du sida, à Calcutta.
Photo : Agence Reuters
Une prostituée indienne regarde à travers la fenêtre d’un tramway converti en centre de prévention du sida, à Calcutta.
Le sexe et celles qui en font leur métier seront à l'honneur cette semaine à Montréal. Plus de 200 travailleuses du sexe ou représentantes d'organisations qui les regroupent, venues des quatre coins de la planète, convergent cette semaine vers la métropole pour participer, dès demain, au Forum XXX, organisé par l'organisme Stella.

Pour fêter ses dix ans d'existence, Stella a invité des organisations soeurs, venues d'aussi loin que l'Inde, la Thaïlande ou la Nouvelle-Zélande, qui sont pour la plupart nées dans la même période. Ces femmes, qui partagent toutes la même «stigmatisation, le même opprobre social», feront le point sur leur action, leurs stratégies, sur l'évolution des législations en ce qui a trait à la prostitution, explique la coordonnatrice de Stella, Claire Thiboutot.

«Nous sommes sur tous les fronts au quotidien, celui de la répression policière, des attaques abolitionnistes, du quotidien de l'offre de services aux femmes comme l'accompagnement à la cour. Nous avons rarement le temps de nous asseoir pour voir quelles stratégies ont fonctionné», fait valoir Mme Thiboutot.

L'organisatrice du Forum XXX a particulièrement hâte d'entendre parler de l'expérience de ses consoeurs du Brésil et de la Nouvelle-Zélande où la prostitution a été décriminalisée récemment. «En Nouvelle-Zélande, ils ont hérité du même code criminel britannique, je suis désireuse de savoir quelles stratégies les travailleuses du sexe de ces pays ont utilisées pour faire valoir leurs revendications», poursuit Mme Thiboutot, qui donnait le coup d'envoi médiatique du forum en compagnie de deux Indiennes vêtues de saris colorés représentant la plus grande organisation de travailleuses du sexe au monde, le Durbar Mahila Samanwaya Committee (DMSC).

Le DMSC compte près d'un millier d'employées et regroupe 65 000 travailleuses du sexe, dans le seul État du Bengal ouest. La feuille de route de l'organisme, né il y a 13 ans dans la foulée des projets de lutte contre le VIH, est impressionnante. Grâce à une grande campagne sur le port du condom, le niveau d'infections au VIH chez les prostituées a chuté de façon importante, pour s'établir à un niveau inférieur à celui de la population en général (il serait passé de 70 % à moins de 10 % selon des chiffres avancés par une intervenante de Stella). «Les travailleuses du sexe ont décidé de refuser toutes ensemble d'avoir des rapports avec les clients sans condom; ceux qui refusaient n'avaient nulle part où aller», explique Rana Debnath, 33 ans.

Le travail de DMSC ne s'arrête pas à la prévention. Deux centres ont été mis en place pour assurer l'éducation des enfants des prostituées, et du coaching est offert pour aider les mères. Aux prises avec des raids fréquents des forces policières qui viennent «officiellement vérifier s'il y a des mineurs, mais s'en prennent aux adultes», le DMSC a aussi mis sur place un comité d'autorégulation. «Si nous sommes informées que des mineures travaillent dans un bordel, on intervient nous-mêmes», note Mme Debnath, qui s'exprime à une vitesse folle dans un dialecte indien qu'un collègue s'empresse de traduire.

Les intervenantes de DMSC participeront, en compagnie de plusieurs autres travailleuses du sexe, à une conférence publique mercredi soir à l'UQAM, donnant ainsi le coup d'envoi du forum qui se poursuivra jusqu'à dimanche.






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