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Réseau collégial - Grogne généralisée

Ulysse Bergeron   30 avril 2005  Société
Après la grogne des étudiants des niveaux collégial et universitaire et les grèves tournantes des enseignants du primaire et du secondaire, c'est maintenant au tour des enseignants des cégeps de monter aux barricades. Lundi dernier, 18 500 enseignants ont donc débrayé afin de dénoncer l'alourdissement de leur tâche et de réclamer un meilleur financement des cégeps.

Depuis près de deux ans, les principaux syndicats du secteur de l'enseignement collégial attendent impatiemment de reprendre les négociations avec le gouvernement provincial afin de renouveler leur convention collective échue depuis juin 2003. Deux d'entre eux, la Fédération autonome du collégial (FAC) et la Fédération des enseignantes et enseignants de collège (FEC-CSQ) en ont eu assez de cette attente qui s'éternise. Ils ont donc formé ensemble l'automne dernier un cartel. L'objectif: regrouper leurs forces afin de promouvoir leurs revendications. Ils représentent ainsi près de 6000 enseignants de 24 cégeps répartis sur l'ensemble du territoire québécois.

Le président de la FAC, Alain Dion, avoue que cette démarche est venue du fait que les enseignants en ont assez du comportement du gouvernement actuel: «On est devant un gouvernement qui est clairement antisyndical et fait la sourde oreille à toutes revendications, qu'elles soient syndicales ou qu'elles viennent de la société civile. Et il semble que la seule façon de lui faire entendre raison, c'est en se mobilisant; c'est en lui portant des coups durs; c'est en se faisant entendre à l'extérieur des tables officielles.»

Le cartel s'appuie principalement sur la précarité de ses membres pour se faire entendre. Toutefois, les demandes, on s'en doute, sont nombreuses. Le représentant de la FEC-CSQ, Mario Beauchemin, affirme qu'ils ont déjà remporté certains gains. Les demandes périphériques qu'ils ont avancées ont été acceptées à la suite d'une première journée de débrayage tenue le 30 mars dernier. «On est rendu à négocier des demandes plus lourdes», ajoute-t-il. Outre la précarité, le réinvestissement dans le réseau collégial reste un dossier important à l'intérieur de ces négociations. M. Beauchemin rappelle que le gouvernement «a coupé environ 250 millions de dollars depuis 10 ans».

Le climat actuel est donc éminemment tendu. Alain Dion n'hésite pas à dénoncer le «double discours» que tiendrait le gouvernement Charest et le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier: «Il tient un discours au-dessus de la mêlée. Car, contrairement à ce qu'il laisse entendre, ce n'est pas vrai qu'il est ouvert au dialogue.» C'est cette impression qui le pousse à constater que, «malheureusement, ce n'est pas l'intelligence du propos qui fait qu'on avance. Il semble qu'on soit obligé de mettre notre poing sur la table». D'un trait, il ajoute qu'ils ont déjà expliqué ad nauseam les paramètres des demandes et revendications, et que c'est maintenant au gouvernement de montrer sa bonne volonté. On peut donc s'attendre à ce que les prochaines semaines soient mouvementées. Une autre journée de débrayage est d'ailleurs prévue à cet effet au cours du mois de mai.

Des négociations qui doivent aboutir

La FEC et la FAC désirent ardemment arriver à un accord ce printemps, admet M. Beauchemin. Le représentant avoue qu'ils sont pressés par le temps et qu'ils doivent en arriver à une entente avant l'application de la loi 30, sinon «les négociations risquent de se faire avec l'ensemble du secteur public». Il admet qu'il sera alors extrêmement difficile de négocier avec le gouvernement avant l'automne 2006, ce qui repousserait d'une autre année la négociation de leur convention collective. Une situation non désirée par le cartel. Malgré tout, M. Beauchemin reste optimiste.

Il s'agit d'une première réunion pour deux syndicats du secteur de l'enseignement collégial. M. Beauchemin avoue que les précédentes tentatives du genre avaient échoué. Alors, qu'est-ce qui a permis cette réunion? «La gravité de la situation» et «la volonté des présidents syndicaux sont les raisons de la réussite de ce cartel», répond-il.

Toutefois, un gros joueur manque au cartel, la FNEEC-CSN. Celle-ci représente à elle seule plus de 23 000 membres du secteur collégial. Lorsque l'on questionne M. Beauchemin sur l'absence de cette fédération au sein du cartel, il répond brièvement qu'il devait être impossible pour la FNEEQ «d'engager les négociations ce printemps parce qu'elle est très attachée à la CSN. Par le fait même, leur négociation devrait se dérouler davantage à l'automne».

Les lendemains de la grève étudiante n'aident pas les choses. La situation actuelle à l'intérieur des cégeps est particulièrement difficile, assure M. Dion. Certains établissements ont perdu près de six semaines d'enseignement. C'est le cas de cégeps comme Lionel-Groulx et le Vieux-Montréal, qui doivent désormais jongler avec le casse-tête des horaires. Les principaux intervenants — enseignants, étudiants et directions d'établissement — tentent présentement de résoudre le casse-tête. Et Alain Dion n'hésite pas à mettre le blâme sur le dos du gouvernement.

«Il a fait une gaffe, il doit en assumer les frais. Mais pour l'instant, il laisse aller les choses. Mais pour notre part, on peut assurer qu'on ne compte pas arrêter nos moyens de pression en raison de la situation», conclut-il.






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