SAQ: d'échec en échec
Photo : Normand Blouin
Le négociateur en chef de la SAQ, Lucien Bouchard, au cours de la conférence de presse qui a suivi la suspension des négociations, hier, à Montréal.
Après un mois de grève, le conflit entre la Société des alcools du Québec (SAQ) et le Syndicat des employés de magasins et de bureaux (SEMB) se trouve ce matin dans une véritable impasse: incapables de trouver un terrain d’entente, même sur la façon d’avoir recours à l’arbitrage, les deux parties ont convenu hier après-midi de suspendre temporairement les négociations, le temps de prendre un peu de recul. Les pourparlers reprendront lorsque les conciliateurs nommés par le gouvernement jugeront le moment propice, ce qui pourrait prendre plusieurs jours, voire quelques semaines.
«C’est avec une grande déception que nous avons constaté, comme l’avaient fait les conciliateurs vendredi, que, malgré les efforts considérables déployés toute la fin de semaine, nous n’avons pu en arriver à un terrain d’entente», déclarait hier soir en conférence de presse l’ancien premier ministre Lucien Bouchard, négociateur principal pour la SAQ. Les conciliateurs en ont tiré la conclusion que, dans l’intérêt du règlement à venir et de la réflexion à laquelle nous devons nous livrer, il était souhaitable de suspendre les rencontres de négociations.»
Vendredi, voyant que les négociations piétinaient et que l’écart entre les parties demeurait considérable, les conciliateurs avaient suggéré la suspension des séances, pour permettre une période de réflexion à chacun des deux camps. C’est à ce moment que le SEMB avait proposé de soumettre l’ensemble des points en litige à un arbitre. Cette solution aurait impliqué un retour au travail instantané des 3800 employés en grève. Mais avant que de pousser le dossier dans cette direction, un blitz de discussions de la dernière chance a néanmoins été tenté cette fin de semaine pour trouver une solution négociée au conflit, l’arbitrage étant perçu des deux côtés comme un ultime recours.
Ces négociations intensives, prolongées de deux heures hier et terminées en fin d’après-midi, n’ont donc pas donné les résultats escomptés; malgré cela, la SAQ et le SEMB ne soumettront finalement pas le problème à un arbitre, car ils ne s’entendent pas davantage sur la façon d’y avoir recours. Le SEMB voulait soumettre à l’arbitrage l’ensemble des points encore en litige, tandis que la société d’État voulait que seules deux des questions non résolues soient réglées de cette manière, soit le régime d’assignation des horaires des employés à temps partiel (le coeur de la négociation, qui concerne les deux tiers des employés) ainsi que le plancher d’emploi. De plus, la SAQ demandait que l’arbitre fasse son travail en prenant comme référence les paramètres des magasins de commerce de détail privés. Selon M. Bouchard, c’est cet élément qui a convaincu le syndicat de renoncer à l’arbitrage.
Au cours d’un point de presse tenu quelques minutes après celui de la SAQ, le SEMB a confirmé que les règles établies de cette façon étaient pour lui inacceptables. La proposition d’arbitrage initiale impliquait selon eux que l’arbitre décide aussi de la question financière, de celle des agences, de la sous-traitance et des garanties d’horaires, notamment. Le syndicat trouve tout à fait illogique de faire appel à l’arbitrage pour deux questions, mais de continuer à piqueter pour les autres en suspens. La référence au secteur privé a aussi grandement irrité Martin Charron, président du SEMB. «On s’explique mal que, d’un côté, la SAQ soit un service public, mais que, de l’autre, on cherche à lui appliquer des règles du secteur privé. Ça ne peut pas être l’un et l’autre.»
Malgré le constat d’échec posé par la SAQ et le SEMB, les séances marathon des deux derniers jours auront au moins permis aux deux parties de faire quelques avancées. «Ce n’est pas du temps perdu, mentionne Lucien Bouchard. Beaucoup de déblayage a été fait, les résultats ne sont pas nuls.» Impossible toutefois de savoir quels points ont pu être réglés de cette façon, puisque «beaucoup de ces discussions ont été faites de manière exploratoire», dit M. Bouchard. «Mais il y a des lumières au bout du tunnel», assure-t-il.
Reste que les écarts demeurent grands, estime le SEMB, qui s’attendait à des «résultats plus positifs», même si Martin Charron a reconnu que quelques progrès avaient été enregistrés.
À quand la reprise?
La grande question est maintenant de savoir combien de temps durera encore le bras de fer entamé le 19 novembre. Si une cinquantaine de succursales de la SAQ demeurent ouvertes pendant le conflit grâce au travail d’environ 500 cadres, la société d’État perd néanmoins beaucoup d’argent en cette période des Fêtes, où elle réalise habituellement 25 % de son chiffre d’affaires annuel. Lucien Bouchard a reconnu hier que les pertes subies se chiffraient en «dizaines de millions de dollars».
Pour la SAQ, le plus tôt sera donc le mieux pour la reprise. «Les contacts restent ouverts, dit l’ancien premier ministre en mentionnant que le climat à la table de négociation était très «correct et professionnel».
Un règlement avant Noël semble toutefois désormais pratiquement impossible. La SAQ ne jetait pas l’éponge hier, mais reconnaissait que la «fenêtre ouverte» cette fin de semaine était désormais presque totalement fermée. Les négociations pourraient reprendre dans «quelques jours, ou bien une semaine, ou quelques semaines», selon M. Bouchard. «Je ne pense pas que ce soit très long.»
Le souhait est le même au SEMB, où les employés en grève reçoivent actuellement un maximum de 200 $ par semaine. «Mais on ne rentrera pas à genoux, martèle Martin Charron, on n’acceptera pas n’importe quoi.»
Ce qui, dans les circonstances, pourrait bien vouloir dire un Noël arrosé de vin de dépanneur pour une majorité de Québécois... à moins que ceux-ci ne fassent, comme beaucoup d’autres, la queue devant les succursales ouvertes, une situation qui s’est répétée hier encore, au grand dam des piqueteurs.
«C’est avec une grande déception que nous avons constaté, comme l’avaient fait les conciliateurs vendredi, que, malgré les efforts considérables déployés toute la fin de semaine, nous n’avons pu en arriver à un terrain d’entente», déclarait hier soir en conférence de presse l’ancien premier ministre Lucien Bouchard, négociateur principal pour la SAQ. Les conciliateurs en ont tiré la conclusion que, dans l’intérêt du règlement à venir et de la réflexion à laquelle nous devons nous livrer, il était souhaitable de suspendre les rencontres de négociations.»
Vendredi, voyant que les négociations piétinaient et que l’écart entre les parties demeurait considérable, les conciliateurs avaient suggéré la suspension des séances, pour permettre une période de réflexion à chacun des deux camps. C’est à ce moment que le SEMB avait proposé de soumettre l’ensemble des points en litige à un arbitre. Cette solution aurait impliqué un retour au travail instantané des 3800 employés en grève. Mais avant que de pousser le dossier dans cette direction, un blitz de discussions de la dernière chance a néanmoins été tenté cette fin de semaine pour trouver une solution négociée au conflit, l’arbitrage étant perçu des deux côtés comme un ultime recours.
Ces négociations intensives, prolongées de deux heures hier et terminées en fin d’après-midi, n’ont donc pas donné les résultats escomptés; malgré cela, la SAQ et le SEMB ne soumettront finalement pas le problème à un arbitre, car ils ne s’entendent pas davantage sur la façon d’y avoir recours. Le SEMB voulait soumettre à l’arbitrage l’ensemble des points encore en litige, tandis que la société d’État voulait que seules deux des questions non résolues soient réglées de cette manière, soit le régime d’assignation des horaires des employés à temps partiel (le coeur de la négociation, qui concerne les deux tiers des employés) ainsi que le plancher d’emploi. De plus, la SAQ demandait que l’arbitre fasse son travail en prenant comme référence les paramètres des magasins de commerce de détail privés. Selon M. Bouchard, c’est cet élément qui a convaincu le syndicat de renoncer à l’arbitrage.
Au cours d’un point de presse tenu quelques minutes après celui de la SAQ, le SEMB a confirmé que les règles établies de cette façon étaient pour lui inacceptables. La proposition d’arbitrage initiale impliquait selon eux que l’arbitre décide aussi de la question financière, de celle des agences, de la sous-traitance et des garanties d’horaires, notamment. Le syndicat trouve tout à fait illogique de faire appel à l’arbitrage pour deux questions, mais de continuer à piqueter pour les autres en suspens. La référence au secteur privé a aussi grandement irrité Martin Charron, président du SEMB. «On s’explique mal que, d’un côté, la SAQ soit un service public, mais que, de l’autre, on cherche à lui appliquer des règles du secteur privé. Ça ne peut pas être l’un et l’autre.»
Malgré le constat d’échec posé par la SAQ et le SEMB, les séances marathon des deux derniers jours auront au moins permis aux deux parties de faire quelques avancées. «Ce n’est pas du temps perdu, mentionne Lucien Bouchard. Beaucoup de déblayage a été fait, les résultats ne sont pas nuls.» Impossible toutefois de savoir quels points ont pu être réglés de cette façon, puisque «beaucoup de ces discussions ont été faites de manière exploratoire», dit M. Bouchard. «Mais il y a des lumières au bout du tunnel», assure-t-il.
Reste que les écarts demeurent grands, estime le SEMB, qui s’attendait à des «résultats plus positifs», même si Martin Charron a reconnu que quelques progrès avaient été enregistrés.
À quand la reprise?
La grande question est maintenant de savoir combien de temps durera encore le bras de fer entamé le 19 novembre. Si une cinquantaine de succursales de la SAQ demeurent ouvertes pendant le conflit grâce au travail d’environ 500 cadres, la société d’État perd néanmoins beaucoup d’argent en cette période des Fêtes, où elle réalise habituellement 25 % de son chiffre d’affaires annuel. Lucien Bouchard a reconnu hier que les pertes subies se chiffraient en «dizaines de millions de dollars».
Pour la SAQ, le plus tôt sera donc le mieux pour la reprise. «Les contacts restent ouverts, dit l’ancien premier ministre en mentionnant que le climat à la table de négociation était très «correct et professionnel».
Un règlement avant Noël semble toutefois désormais pratiquement impossible. La SAQ ne jetait pas l’éponge hier, mais reconnaissait que la «fenêtre ouverte» cette fin de semaine était désormais presque totalement fermée. Les négociations pourraient reprendre dans «quelques jours, ou bien une semaine, ou quelques semaines», selon M. Bouchard. «Je ne pense pas que ce soit très long.»
Le souhait est le même au SEMB, où les employés en grève reçoivent actuellement un maximum de 200 $ par semaine. «Mais on ne rentrera pas à genoux, martèle Martin Charron, on n’acceptera pas n’importe quoi.»
Ce qui, dans les circonstances, pourrait bien vouloir dire un Noël arrosé de vin de dépanneur pour une majorité de Québécois... à moins que ceux-ci ne fassent, comme beaucoup d’autres, la queue devant les succursales ouvertes, une situation qui s’est répétée hier encore, au grand dam des piqueteurs.
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