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Montréal - Les jeunes marginaux veulent être pris au sérieux

Brian Myles   15 novembre 2004  Société
Cyniques, apathiques, asociaux et je-m'en-foutistes à l'extrême, les jeunes de la rue? Au contraire. Une recherche récente montre plutôt que les marginaux sont animés d'une rage féroce de dialoguer... avec les élus municipaux, les policiers, leurs «protecteurs» du monde communautaire. Avec n'importe qui, mais à condition d'être pris au sérieux.

L'idée de Michel Parazelli, professeur à l'École de travail social de l'UQAM, est à la fois simple et complexe. Dans le but de développer l'autonomie sociale des jeunes de la rue, il les a mis en contact indirect avec des conseillers municipaux, des policiers et des travailleurs du communautaire au cours des trois dernières années. Les acteurs du projet se réunissaient, au sein de groupes homogènes, afin de préparer des questions et des réponses à soumettre aux autres. Cette négociation «de groupe à groupe» s'est déroulée sans confrontation directe entre acteurs de clans distincts. L'obligation de répondre, par écrit, a été imposée à tous.

Les résultats détonnent avec les préjugés sur les jeunes de la rue. Les deux groupes de marginaux se sont rencontrés plus souvent que tous les autres, et ils ont produit le plus grand nombre de communications sur des sujets aussi variés que leurs droits en cas d'arrestation, la mise sur pied d'une coopérative, le harcèlement des policiers à leur égard et le caractère infantilisant des programmes de réinsertion qui leur sont proposés.

«Contrairement à ce que l'on pense, ces jeunes-là acceptent de faire des ponts avec le monde des institutions et le monde adulte, mais seulement lorsque leur liberté d'expression n'est pas menacée et lorsqu'ils sont assurés d'une réponse», explique Michel Parazelli, instigateur de ce projet inspiré des travaux de Gérard Mendel, le fondateur de la sociopsychanalyse. «C'étaient eux le moteur du projet. C'étaient eux qui lançaient toutes les questions, à un point tel que les autres groupes n'arrivaient plus à suivre», renchérit Annamaria Colombo, auteure du rapport d'évaluation.

De l'autre côté de la barrière...

Les conseillers municipaux en sortent moins grandis. Ils se positionnent comme «représentants élus et de la race humaine» aux jeunes qui ne manquent pas de souligner le «lourd fardeau» qu'ils s'imposent. Selon les élus, les jeunes font le choix de demeurer dans la rue parce qu'ils refusent de se conformer «au processus hiérarchique». Ils n'apportent guère de réponses claires aux questions qui leur sont posées.

Les policiers se distinguent par la cohérence de leurs réponses, toujours appuyées par des références aux lois et règlements dont ils sont les gardiens. Ils se disent sensibles à la souffrance vécue par certains jeunes, tout en rappelant que la liberté totale n'existe pas dans un milieu urbain à forte densité.

«Nous ne prenons pas plaisir à sévir contre des comportements illégaux. Mais notre rôle est de veiller à ce que les citoyens vivent dans un environnement sécuritaire et qu'ils aient le sentiment de vivre dans un tel milieu», écrivent-ils dans l'un de leurs échanges.

Les travailleurs du communautaire sont enfin traversés d'un questionnement sur leur rôle, la place des marginaux au centre-ville. Ils semblent incapables d'articuler des réponses, et trouvent dans le projet un moyen d'échanger et de découvrir leur identité propre.

Des frictions

Le dialogue n'est pas exempt de frictions — un jeune est sorti de l'expérience avec «le goût de battre toutes les "polices" dans la vie» —, mais il s'est avéré assez profitable pour que tous acceptent de renouveler l'expérience. Le dispositif de négociation est toujours en place, et il compte maintenant deux nouveaux groupes formés de décideurs institutionnels (en remplacement des élus) et d'hommes d'affaires et commerçants.

Avec la revitalisation du centre-ville, les jeunes marginaux se sentent perçus comme des nuisances publiques à chasser du décor.

«La place des populations marginales se réduit à pas grand-chose, confirme Michel Parazelli. On assiste plutôt à leur évacuation systématique.» La négociation de groupe à groupe leur permettra peut-être de reprendre la place sociale qui leur revient, espère le chercheur.






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