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Le taux de grossesse des jeunes Québécoises a doublé en 30 ans

Clairandrée Cauchy   28 octobre 2004  Société
Pendant que le taux de grossesses chez les adolescentes chutait du tiers au Canada entre 1974 et 2001, le mouvement inverse s'observait au Québec, où il a presque doublé, selon les données rendues publiques hier par Statistique Canada.

Dans l'ensemble du pays, le taux de grossesses (qui comprend les naissances, les avortements et les pertes foetales) est passé de 45,5 par tranche de 1000 femmes âgées de moins de 20 ans en 1974 à 30,6 pour mille (ä) en 2001. Au cours de la même période, le taux québécois passait de 17,9 ä à 32,7 ä. Empruntant des trajets diamétralement opposés, le point d'arrivée des deux courbes demeure cependant très rapproché.

«Il faut dire que le Québec avait le niveau le plus faible en 1974», précise Paula Woolan, de Statistique Canada. Elle ne s'aventure cependant pas à expliquer le phénomène.

Pour le démographe Jacques Henripin, il faudrait peut-être regarder du côté des valeurs de l'époque. «Les restrictions morales qui affectaient les jeunes femmes étaient probablement moins importantes au Canada qu'au Québec, quoiqu'en 1974, on s'était déjà éloigné de l'obédience à l'Église.» Seuls deux facteurs peuvent expliquer cette hausse, selon lui: «Ou bien les jeunes femmes ont des rapports sexuels plus fréquents, ou bien elles se garantissent moins bien par la contraception.»

Louis Duchesne, de l'Institut de la statistique du Québec, souligne que cette augmentation du nombre de grossesses chez les jeunes ne s'est pas traduite par une augmentation du nombre de naissances mais bien par une hausse du nombre d'avortements. «Peut-être que l'avortement est davantage utilisé comme moyen contraceptif», avance le statisticien, qui note aussi une légère diminution de l'utilisation de la pilule.

La montée en flèche des avortements chez les jeunes Québécoises est impressionnante. De 2,4 par tranche de 1000 en 1974, on passe à 20,9 ä en 2001, soit quatre points au-dessus de la moyenne canadienne.

Toutes catégories d'âges confondues, le taux d'avortement est passé de 9 ä à 13 ä dans l'ensemble du pays. La hausse est encore plus marquée au Québec, soit de 2,7 ä à 16,5 ä. M. Henripin mentionne que l'accès à l'avortement dans les établissements de santé était probablement plus difficile au Québec à l'époque.

Les données de Statistique Canada mettent également en lumière le fait que les femmes ont leurs enfants à un âge plus avancé. Bien que ce soit encore dans la tranche d'âges des 25 à 29 ans qu'on retrouve les taux de grossesse les plus élevés, les Canadiennes de 30 à 39 ans sont les seules à avoir connu une hausse de leur taux de grossesse depuis 1974, une augmentation de plus du tiers.

Ce taux diminue dans toutes les autres catégories d'âges, y compris chez les femmes de plus de 40 ans. Même si on observe une hausse du nombre de grossesses en chiffres absolus dans cette dernière catégorie d'âges compte tenu de son poids démographique, la proportion a diminué de 12,5 %. Dans l'ensemble, le taux de grossesses a chuté du quart, tous âges confondus.

M. Henripin souligne par ailleurs que le reste du Canada tend à rejoindre le Québec en matière de faible taux de natalité. L'écart entre le Québec s'est rétréci de neuf points en 1974 à 2,5 points en 2001. «Le reste du Canada est en train d'imiter le mauvais exemple du Québec», conclut M. Henripin.






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