S.O.S. langues autochtones - Vers une loi 101 des Premières Nations?
Photo : Agence Reuters
Seules l’inuktitut, le cri et l’ojibwa sont épargnées pour l’instant.
Saint-Sauveur — Une langue meurt toutes les deux semaines, nous apprenait récemment une étude de l'UNESCO. Pour les nations autochtones du Canada, qui ne sont pas épargnées par cette extinction des identités culturelles, il est temps d'agir. Des 50 langues amérindiennes encore parlées au pays, seules trois ne sont pas menacées de disparition. Et leur déclin se poursuit à une vitesse inquiétante.
«Une loi est un must pour avoir les bons moyens de préserver et de promouvoir les langues autochtones», a lancé l'Innu Ghislain Picard, chef régional de l'Assemblée des Premières Nations (APN) du Québec et du Labrador, à l'ouverture de la 2e Conférence sur les langues autochtones qui se tient jusqu'à demain à Saint-Sauveur dans les Laurentides. En entrevue au Devoir, M. Picard a ajouté que cette loi «pourrait ressembler à quelque chose comme la loi 101» au Québec. Il évoque aussi la législation en vigueur dans les Territoires du Nord-Ouest, qui protège sept ou huit langues différentes. «Si les francophones et les anglophones ont une protection, on ne devrait pas nous empêcher d'en faire autant. On va entreprendre les lobbies nécessaires pour y parvenir. Mais il faut aussi démontrer qu'on a un respect et une responsabilité envers notre propre culture.» Ce discours de responsabilisation était présent sur toutes les lèvres hier.
Reléguée aux oubliettes du gouvernement fédéral depuis vingt ans, cette demande de législation constitue toutefois «l'un des moyens» envisagés pour protéger et encourager l'utilisation des langues autochtones. Qu'en est-il des autres? «C'est enseigné depuis 30 ans dans les écoles. Mais il faut faire plus.» M. Picard pense aux jeunes qui ont de plus en plus accès à l'ordinateur et à Internet. «On doit s'adapter à leur environnement, y inscrire des initiatives qui impliquent l'utilisation plus courante des langues.» Pour le reste, c'est aux participants de la conférence, pour la plupart actifs sur le terrain, de le définir. Après la première conférence de 1998, où l'on avait émis des recommandations, il s'agit maintenant de «voir les initiatives nationales et internationales existantes et de dégager un plan d'action pour que le gouvernement reconnaisse la nécessité de préserver les langues autochtones», explique Lise Bastien, directrice du Conseil en éducation qui organise l'événement.
Langues menacées
Au cours de son allocution, M. Picard a raconté la brève période de son enfance où, à la suite d'un séjour prolongé en sanatorium, il est rentré dans sa communauté betsiamite et ne parlait plus l'innu. «À l'époque, c'était rare d'entendre une autre langue que l'innu.» Aujourd'hui, c'est plutôt l'inverse. Au Québec vivent 10 communautés autochtones dont huit parlent encore leur langue d'origine (Mohawks, Micmacs, Nascapis, Cris, Algonquins, Innus, Aticamecs, Abénaquis). Le huron et le malécite ont pour ainsi dire disparu.
Au pays, des 170 langues qui existaient à l'arrivée des colons, 50 demeurent vivantes aujourd'hui, dont 47 sont toutefois menacées de disparition. L'inuktitut, le cri et l'ojibwa sont épargnées pour l'instant. Mais ces deux dernières, considérées pourtant comme les plus «sûres», affichent un déclin respectivement de 5 % et 8 %. Dans l'ensemble, selon les chiffres de Statistique Canada et ceux compilés par l'APN, la proportion d'autochtones du pays parlant leur langue maternelle est passé de 23 % en 1996 à 19 % en 2001.
État d'urgence
L'état d'urgence a été décrété en 1998 par l'APN qui a alors demandé au gouvernement fédéral de reconnaître la situation critique et de mettre sur pied une Fondation sur les langues des PN. À cette fin l'APN a ratifié une loi en 2000, qu'elle souhaite présenter sous peu au groupe de travail sur les langues et les cultures autochtones.
N'est-il pas normal de voir des langues supplantées par d'autres? Y a-t-il lieu de s'alarmer? Oui et oui, répond Arpi Hamalian, de la Commission canadienne pour l'UNESCO. «La source de la diversité culturelle se trouve dans les langues. C'est à travers elles qu'on peut explorer d'autres façon de voir le monde. En les perdant, on perd des connaissances et des compétences.»
«Une loi est un must pour avoir les bons moyens de préserver et de promouvoir les langues autochtones», a lancé l'Innu Ghislain Picard, chef régional de l'Assemblée des Premières Nations (APN) du Québec et du Labrador, à l'ouverture de la 2e Conférence sur les langues autochtones qui se tient jusqu'à demain à Saint-Sauveur dans les Laurentides. En entrevue au Devoir, M. Picard a ajouté que cette loi «pourrait ressembler à quelque chose comme la loi 101» au Québec. Il évoque aussi la législation en vigueur dans les Territoires du Nord-Ouest, qui protège sept ou huit langues différentes. «Si les francophones et les anglophones ont une protection, on ne devrait pas nous empêcher d'en faire autant. On va entreprendre les lobbies nécessaires pour y parvenir. Mais il faut aussi démontrer qu'on a un respect et une responsabilité envers notre propre culture.» Ce discours de responsabilisation était présent sur toutes les lèvres hier.
Reléguée aux oubliettes du gouvernement fédéral depuis vingt ans, cette demande de législation constitue toutefois «l'un des moyens» envisagés pour protéger et encourager l'utilisation des langues autochtones. Qu'en est-il des autres? «C'est enseigné depuis 30 ans dans les écoles. Mais il faut faire plus.» M. Picard pense aux jeunes qui ont de plus en plus accès à l'ordinateur et à Internet. «On doit s'adapter à leur environnement, y inscrire des initiatives qui impliquent l'utilisation plus courante des langues.» Pour le reste, c'est aux participants de la conférence, pour la plupart actifs sur le terrain, de le définir. Après la première conférence de 1998, où l'on avait émis des recommandations, il s'agit maintenant de «voir les initiatives nationales et internationales existantes et de dégager un plan d'action pour que le gouvernement reconnaisse la nécessité de préserver les langues autochtones», explique Lise Bastien, directrice du Conseil en éducation qui organise l'événement.
Langues menacées
Au cours de son allocution, M. Picard a raconté la brève période de son enfance où, à la suite d'un séjour prolongé en sanatorium, il est rentré dans sa communauté betsiamite et ne parlait plus l'innu. «À l'époque, c'était rare d'entendre une autre langue que l'innu.» Aujourd'hui, c'est plutôt l'inverse. Au Québec vivent 10 communautés autochtones dont huit parlent encore leur langue d'origine (Mohawks, Micmacs, Nascapis, Cris, Algonquins, Innus, Aticamecs, Abénaquis). Le huron et le malécite ont pour ainsi dire disparu.
Au pays, des 170 langues qui existaient à l'arrivée des colons, 50 demeurent vivantes aujourd'hui, dont 47 sont toutefois menacées de disparition. L'inuktitut, le cri et l'ojibwa sont épargnées pour l'instant. Mais ces deux dernières, considérées pourtant comme les plus «sûres», affichent un déclin respectivement de 5 % et 8 %. Dans l'ensemble, selon les chiffres de Statistique Canada et ceux compilés par l'APN, la proportion d'autochtones du pays parlant leur langue maternelle est passé de 23 % en 1996 à 19 % en 2001.
État d'urgence
L'état d'urgence a été décrété en 1998 par l'APN qui a alors demandé au gouvernement fédéral de reconnaître la situation critique et de mettre sur pied une Fondation sur les langues des PN. À cette fin l'APN a ratifié une loi en 2000, qu'elle souhaite présenter sous peu au groupe de travail sur les langues et les cultures autochtones.
N'est-il pas normal de voir des langues supplantées par d'autres? Y a-t-il lieu de s'alarmer? Oui et oui, répond Arpi Hamalian, de la Commission canadienne pour l'UNESCO. «La source de la diversité culturelle se trouve dans les langues. C'est à travers elles qu'on peut explorer d'autres façon de voir le monde. En les perdant, on perd des connaissances et des compétences.»
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