La guerre contre les Hells fait deux victimes chez les procureurs
Le Bureau de la lutte au crime organisé est miné par le départ de deux de ses procureurs les plus expérimentés. L'indifférence et le manque de respect du gouvernement pourraient provoquer une saignée encore plus importante.
Deux procureurs chevronnés, Madeleine Giauque et Roger Carrière, ont claqué la porte du Bureau de la lutte au crime organisé, dégoûtés par leurs piètres conditions de travail. La gronde est si forte qu'elle pourrait emporter le tiers des effectifs.
Madeleine Giauque et Roger Carrière ont planché sept jours sur sept, à raison de 12 à 14 heures par jour, pour obtenir la condamnation d'influents membres des Hells Angels et des Rockers. Entre le 1er septembre 2003 et le 1er mars 2004, ils n'ont pris qu'une journée de congé... à Noël. Pour tous leurs efforts dans ce dernier droit du procès, ils ont reçu une prime de 2500 $, l'équivalent d'une gifle. «C'est décourageant, c'est démotivant, lance Me Giauque. Notre travail est reconnu partout au Canada, mais il n'est pas reconnu par notre employeur.»
Pour les deux collègues, cette offre de 2500 $ constitue «la goutte qui a fait déborder le vase». Ils ont exigé d'être reconduits dans leurs anciennes fonctions, dans les districts judiciaires de Longueuil pour Me Giauque et de Montréal pour Me Barrière. À deux, ils cumulaient 46 années d'expérience dont le Bureau de la lutte au crime organisé sera privé.
Il y a pire. Selon les informations recueillies par Le Devoir, de quatre à huit procureurs songeraient à quitter le Bureau de la lutte au crime organisé pour des raisons similaires, à Montréal et à Québec. C'est le sixième, voire le tiers du personnel qui se dit insatisfait au point de réorienter sa carrière. Le substitut en chef du procureur général, André Vincent, a reconnu qu'il y avait «de l'insatisfaction» au sein du Bureau et qu'il s'efforçait de corriger la situation avec le ministère de la Justice. Le départ de Me Giauque et de Me Carrière lui laisse «un arrière-goût» puisqu'il s'agit «de bons procureurs, des procureurs d'expérience».
L'argent n'explique pas tout, mais il est pour quelque chose dans cette crise. Les procureurs ne peuvent réclamer des heures supplémentaires, mais ils ont par contre touché des indemnités à quelques reprises durant les mégaprocès des Hells Angels, en raison des heures colossales qu'ils y ont investies. En trois ans, Me Carrière estime ainsi qu'il a reçu 15 000 $, en incluant les 2500 $ qui l'ont poussé à bout de patience. «On se demande si on est les seuls à lutter contre le crime organisé, ou est-ce que le ministère appuie aussi nos efforts?», s'interroge-t-il. Dans le district judiciaire de Montréal, il retrouvera une charge de travail de 35 heures par semaine — une diminution de moitié — pour le même salaire de 93 000 $ par an.
À ces questions d'argent s'ajoute un cruel manque de ressources. Selon Me Giauque, les mesures de sécurité déployées autour des procureurs ont été revues à la baisse. Certains d'entre eux ne bénéficient même plus d'une surveillance.
Me Giauque rappelle que les procureurs ont dû se battre, lors de la création du Bureau, pour qu'on leur fournisse des téléphones cellulaires. Bien qu'elle ait droit à un ordinateur portable, elle ne peut accéder à Internet hors de son bureau pour des raisons qu'elle ignore. Lorsqu'elle est revenue du Centre de services judiciaires Gouin, elle n'avait plus de table de travail au centre-ville. Les locaux du Bureau de la lutte au crime organisé sont bondés. Cinq procureurs sont même privés d'un espace bien à eux.
Madeleine Giauque et Roger Carrière oeuvraient au sein du Bureau depuis l'automne 2000, et ils ont piloté deux des plus retentissants procès contre les Hells Angels et leurs subalternes, d'abord devant le juge Jean-Guy Boilard (qui s'est désisté) et ensuite devant Pierre Béliveau. Six accusés ont reconnu leur culpabilité à des accusations de trafic de drogue, de complot pour meurtre et de gangstérisme en cours de route. Les neuf autres ont été reconnus coupables des mêmes infractions en mars 2004, à une exception près. Me Giauque et Me Carrière auraient poursuivi leur travail si le ministère de la Justice leur avait offert juste un peu plus. «À 10 000 $, nous aurions été très heureux. À 5000 $, nous aurions grincé des dents mais nous aurions accepté», résume Me Giauque.
La profession de procureur, c'est une vocation. Me Giauque craint cependant que le gouvernement n'éteigne toute étincelle de passion en raison de son attitude froide et intransigeante. «Un jour, le gouvernement va éprouver des problèmes à trouver des troupes [pour le Bureau de la lutte au crime organisé], dit-elle. Il n'y a aucun incitatif. On ne se sent même pas respecté.»
Deux procureurs chevronnés, Madeleine Giauque et Roger Carrière, ont claqué la porte du Bureau de la lutte au crime organisé, dégoûtés par leurs piètres conditions de travail. La gronde est si forte qu'elle pourrait emporter le tiers des effectifs.
Madeleine Giauque et Roger Carrière ont planché sept jours sur sept, à raison de 12 à 14 heures par jour, pour obtenir la condamnation d'influents membres des Hells Angels et des Rockers. Entre le 1er septembre 2003 et le 1er mars 2004, ils n'ont pris qu'une journée de congé... à Noël. Pour tous leurs efforts dans ce dernier droit du procès, ils ont reçu une prime de 2500 $, l'équivalent d'une gifle. «C'est décourageant, c'est démotivant, lance Me Giauque. Notre travail est reconnu partout au Canada, mais il n'est pas reconnu par notre employeur.»
Pour les deux collègues, cette offre de 2500 $ constitue «la goutte qui a fait déborder le vase». Ils ont exigé d'être reconduits dans leurs anciennes fonctions, dans les districts judiciaires de Longueuil pour Me Giauque et de Montréal pour Me Barrière. À deux, ils cumulaient 46 années d'expérience dont le Bureau de la lutte au crime organisé sera privé.
Il y a pire. Selon les informations recueillies par Le Devoir, de quatre à huit procureurs songeraient à quitter le Bureau de la lutte au crime organisé pour des raisons similaires, à Montréal et à Québec. C'est le sixième, voire le tiers du personnel qui se dit insatisfait au point de réorienter sa carrière. Le substitut en chef du procureur général, André Vincent, a reconnu qu'il y avait «de l'insatisfaction» au sein du Bureau et qu'il s'efforçait de corriger la situation avec le ministère de la Justice. Le départ de Me Giauque et de Me Carrière lui laisse «un arrière-goût» puisqu'il s'agit «de bons procureurs, des procureurs d'expérience».
L'argent n'explique pas tout, mais il est pour quelque chose dans cette crise. Les procureurs ne peuvent réclamer des heures supplémentaires, mais ils ont par contre touché des indemnités à quelques reprises durant les mégaprocès des Hells Angels, en raison des heures colossales qu'ils y ont investies. En trois ans, Me Carrière estime ainsi qu'il a reçu 15 000 $, en incluant les 2500 $ qui l'ont poussé à bout de patience. «On se demande si on est les seuls à lutter contre le crime organisé, ou est-ce que le ministère appuie aussi nos efforts?», s'interroge-t-il. Dans le district judiciaire de Montréal, il retrouvera une charge de travail de 35 heures par semaine — une diminution de moitié — pour le même salaire de 93 000 $ par an.
À ces questions d'argent s'ajoute un cruel manque de ressources. Selon Me Giauque, les mesures de sécurité déployées autour des procureurs ont été revues à la baisse. Certains d'entre eux ne bénéficient même plus d'une surveillance.
Me Giauque rappelle que les procureurs ont dû se battre, lors de la création du Bureau, pour qu'on leur fournisse des téléphones cellulaires. Bien qu'elle ait droit à un ordinateur portable, elle ne peut accéder à Internet hors de son bureau pour des raisons qu'elle ignore. Lorsqu'elle est revenue du Centre de services judiciaires Gouin, elle n'avait plus de table de travail au centre-ville. Les locaux du Bureau de la lutte au crime organisé sont bondés. Cinq procureurs sont même privés d'un espace bien à eux.
Madeleine Giauque et Roger Carrière oeuvraient au sein du Bureau depuis l'automne 2000, et ils ont piloté deux des plus retentissants procès contre les Hells Angels et leurs subalternes, d'abord devant le juge Jean-Guy Boilard (qui s'est désisté) et ensuite devant Pierre Béliveau. Six accusés ont reconnu leur culpabilité à des accusations de trafic de drogue, de complot pour meurtre et de gangstérisme en cours de route. Les neuf autres ont été reconnus coupables des mêmes infractions en mars 2004, à une exception près. Me Giauque et Me Carrière auraient poursuivi leur travail si le ministère de la Justice leur avait offert juste un peu plus. «À 10 000 $, nous aurions été très heureux. À 5000 $, nous aurions grincé des dents mais nous aurions accepté», résume Me Giauque.
La profession de procureur, c'est une vocation. Me Giauque craint cependant que le gouvernement n'éteigne toute étincelle de passion en raison de son attitude froide et intransigeante. «Un jour, le gouvernement va éprouver des problèmes à trouver des troupes [pour le Bureau de la lutte au crime organisé], dit-elle. Il n'y a aucun incitatif. On ne se sent même pas respecté.»
Haut de la page

