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C'est la Vie! - Cultivés et bien élevés

Josée Blanchette   1 octobre 2004  Société
Ismaël Hautecoeur jardine entre ciel et terre dans le no man’s land des cordes à linge et de l’horizon.
Photo : Jacques Nadeau
Ismaël Hautecoeur jardine entre ciel et terre dans le no man’s land des cordes à linge et de l’horizon.
L'espoir, c'est eux. L'espoir pour une planète plus saine, pour les jeunes en herbe, pour les vieux qui végètent, même pour Haïti qui croupit. Ces jeunes-là auraient pu se contenter de faire pousser du pot bio sur leur balcon et se mêler de leurs oignons ; ils cultivent plutôt trois variétés de tomates et de sauge, de la camomille et de la lavande, sur le toit d'un édifice de l'UQAM. Ils font aussi leur compost et de la ratatouille qu'ils serviront à des vieillards en perte d'autonomie et en quête de contacts humains.

Si jamais je deviens suicidaire, anorexique ou désoeuvrée, anti quelque chose ou drop-out de rien du tout, si je ne sais plus dans quel sens me tourner les pouces, c'est au Roulant que j'irai donner le temps qu'il me reste. Quelques heures par semaine à oeuvrer dans leurs cuisines avec Catherine, 24 ans, qui a étudié à l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec et suivi un cours en anthropologie sociale du vieillissement, à faire des livraisons à pied ou à vélo avec Richard, un jeune ex-boulanger, à jardiner sur un toit en écoutant le vent gémir, me feront reprendre contact avec le sens d'un coup de pouce, la communauté, l'échange et l'idéalisme.

Le Santropol Roulant, un organisme sans but lucratif qui tente de briser l'isolement et de favoriser un rapprochement intergénérationnel — un mot cher à Bernard Landry —, a eu la bonne idée de lancer le projet « Des jardins sur les toits » cet été. En collaboration avec Alternatives, un autre organisme qui soutient des projets communautaires tant au Nord qu'au Sud, une quarantaine de bénévoles ont poétiquement cultivé de la laitue et des fleurs comestibles, un baobab et un manguier donnés par le Jardin botanique de Montréal, entre ciel et terre.

Ils ont surtout fait la preuve que la poésie porte fruits et que les toits de Montréal peuvent facilement devenir des bulles de vie communautaire, des espaces verts et des garde-manger.

Basilic hydroponique

Ismaël Hautecoeur, le pouce vert et l'architecte-paysagiste du projet, est également titulaire d'un bac en philosophie et ne manque pas de mots pour expliquer ce projet qui s'inscrit dans la tendance de l'architecture verte. « C'est une culture dans un substrat (sans terre) qui demande le moins d'eau possible pour pouvoir être appliquée dans le Sud (Cuba, Sénégal, Haïti, par exemple). On recrée un écosystème artificiel avec des fleurs comestibles pour attirer les insectes pollinisateurs, des tournesols pour les oiseaux, on recycle l'eau de pluie et on amène un équilibre sur le toit », explique Ismaël, 31 ans.

Cette forme d'agriculture « légère », dans des bacs de plastique, demande peu d'entretien, aucun désherbage, et peut autant s'appliquer dans le contexte de la Palestine, où la population éprouve des difficultés d'approvisionnement, qu'à Montréal, où elle ajoute à la qualité de vie des habitants. « Montréal est une ville horticole, constate Ismaël. Toutes les générations jardinent. On s'intéresse aux produits bio, du terroir, à la gastronomie, au simple fait de partager un bon repas. Et de plus en plus de gens aménagent le toit de leurs nouveaux condos. »

Encouragés par les résultats et stimulés par l'idéologie, plusieurs bénévoles ont reproduit des jardins sur leur toit ou leur balcon cet été. Au lieu de parcourir 2000 kilomètres avant d'arriver dans leur assiette, une courgette n'aura eu que quelques marches d'escalier à franchir. « Pour nous, ce projet permet d'offrir aux clients des choses qui coûteraient trop cher, comme les fleurs comestibles. Mais on y trouve toute une valeur non monnayable », estime Jane Rabinowicz, 23 ans, employée du Roulant depuis trois ans et responsable des bénévoles pour le jardin. Cette valeur, pour les bénévoles, se traduit de plusieurs façons : liberté d'expression, qualité d'écoute, sentiment d'appartenance, soutien aux études, qualité des rapports humains, construction d'un réseau, redéfinition de ses valeurs et apprentissages multiples.

Si l'antipsychologie vous intéresse

« L'environnement, c'est une cause déprimante, ajoute Jane. C'est là qu'on s'est plantés collectivement. Moi, je me fous du débat, je travaille à petite échelle pour promouvoir un système de vie dans la ville. Je prêche par l'exemple et j'y crois. » Même son de cloche pour Ismaël, qui cultive sa rose comme le Petit Prince : « C'est à travers l'éducation que les gens vont être moins cons. J'ai beaucoup d'espoir en l'enfance pour cette raison. » On pourrait toujours rêver que les toits des écoles du Québec soient métamorphosés en jardins communautaires. Why not, coconut ? S'ils n'ont pas de livres dans leurs bibliothèques, ils pourraient avoir des navets qui poussent sur le toit.

J'ai demandé à Ismaël et à Jane s'ils ne s'enfouissaient pas la tête dans leurs plants de basilic thaïlandais alors que plusieurs scientifiques et environnementalistes ne donnent plus bien cher de la planète. Le mal est fait. « Tu ne peux pas vivre avec l'axiome "la fin du monde aura lieu dans 50 ans". La fin du pétrole dans 50 ans, c'est plus probable », pense Ismaël, qui philosophe : « Le jardinage a une fonction thérapeutique, nous rebranche sur les saisons et sur autre chose qu'une économie productiviste. Produire un sac de légumes par semaine, ce n'est rien, mais le fait d'être transformé par une activité saine, ça, j'y crois. Ça permet à l'individu de renouer avec ses sens. Les médias, la politique s'adressent au cerveau. C'est pas étonnant qu'il y ait autant de problèmes de santé mentale. Avec le jardinage sur les toits, on sort de notre tête, on revient à une activité de base à l'ère de la réalité virtuelle. On se consacre à cultiver des semences. Je l'ai vu sur moi et sur les autres : on agit sur l'esprit par le corps au lieu d'agir sur le comportement par le discours. En fait, c'est la forme la plus simple d'autothérapie. C'est de l'antipsychologie. Ça change les idées et c'est une occasion de voir au loin en accédant à la lumière, à la pluie, au vent. »

Au-dessus de nos têtes, l'horizon s'offre à nous. Ça fait pas cher le kilo pour voir plus loin que le bout de son nez.

Le Santropol Roulant en chiffres

- 24 000 heures de bénévolat par année ; 200 activités intergénérationnelles ; 150 bénévoles ; 140 clients ; 100 périodes de travail hebdomadaire ; 36 menus différents personnalisés selon les goûts et les allergies des clients ; 10 employés ; 9 années d'existence ; 9 quartiers desservis ; 6 jours par semaine ; 3,50 $ le repas ; 1 atelier « Vélo » ouvert à tous les bénévoles pour apprendre à réparer leur vélo ; 1 site Internet, www.santropolroulant.org, où on explique la démarche des jardins sur les toits.

Écrivez à cherejoblo@ledevoir.com.

***

Si j'avais 25 millions

«25 millions, c'est à la fois trop et pas assez ! Personnellement, 25 millions, c'est un chiffre qui me dépasse. C'est de l'ordre du délire. C'est pour ça que je lutte pour la justice sociale. Je ne comprends pas qu'un individu ait besoin de tout ça. Mais je ne suis pas une maniaque de la simplicité volontaire non plus. Alors, j'en garderais un million pour moi. Le bout pour moi, je ferais le tour du monde avec, après 65 ans. Mais avec mon sac à dos et mes hôtels pas chers, je n'arrive pas à un million. J'en donnerais donc à Option citoyenne. Comme nous ne sommes pas encore un parti politique, nous pouvons accepter de l'argent !

« Avec les 24 millions qui restent, je créerais une fondation pour soutenir des artistes, des projets communautaires ou la cause environnementale. La moitié de ces projets se concrétiseraient au Québec. Par exemple : convertir un village québécois à l'énergie solaire et éolienne en finançant l'implantation d'une entreprise qui fabriquerait des plaques solaires et la formation des habitants du village pour travailler dans cette entreprise. On crée de l'emploi et on fait quelque chose d'intéressant sur le plan environnemental.

« L'autre moitié des projets concernerait les pays pauvres de l'hémisphère Sud. J'ai visité des villages maliens où toute la communauté était impliquée dans le processus démocratique. Ce n'est pas nous qui déciderions pour eux. Par exemple, dans ces villages, si toutes les familles avaient un attelage de boeufs, elles pourraient améliorer le rendement des sols. Aussi, il leur faut des moulins pour moudre le mil au lieu d'utiliser des pilons. Avec le temps économisé (deux heures par jour), les femmes peuvent cultiver un jardin, vendre leurs légumes et acheter des cahiers pour l'école. Avec un apport relativement modeste, on peut changer beaucoup de choses. »

Françoise David

Militante politique

Propos recueillis par Josée Blanchette

***

Écrit : cet article sous influence, celle du disque Les Aimants en musique de Carl Bastien et Dumas. Si le film d'Yves Pelletier est aussi réussi que le disque, j'ai hâte. Ambiance romantique à souhait, avec la jolie voix de la très jolie comédienne Isabelle Blais en prime. Idéal pour mettre dans son discman en préparant le jardin pour l'hiver.

Plongé : dans Bonjour paresse - De l'art et de la nécessité d'en faire le moins possible en entreprise (Éditions Michalon), de Corinne Maier, économiste, psychanalyste et auteure d'un ephlet (essai-pamphlet) tiré à 4000 exemplaires au printemps et devenu un best-seller en France, où il tire maintenant à 100 000 exemplaires. Du bonbon pour quiconque en a ras le bol de l'entreprise, songe à tout quitter pour faire du bénévolat au Santropol Roulant et voudrait cultiver son jardin en douce. Le ton est décapant et l'auteur a bouffé de l'ortie avant d'écrire ce petit livre cynique qui fait du bien par où il passe. On y traite du jargon abscons des cadres, de l'absence des minorités visibles, des gais et des femmes aux postes de pouvoir et d'une foultitude d'autres aberrations qui s'appliquent autant ici qu'en France. Mais disons qu'en France, c'est pire parce que les patrons sont français...

Songé : à envoyer Le Livre du caca à Michèle Richard (elle ne m'a toujours pas rappelée !), de Nicola Davies et Neal Layton (Milan Jeunesse). Ça commence comme ça : « Ça met les adultes mal à l'aise... Les chevaux l'ignorent complètement... Les chiens aiment le renifler... Et les bébés le font dans leurs couches... » Pas scato, simplement informatif, ce livre explique aux enfants ce qu'il advient de leur gros cadeau organique et de celui de leurs animaux préférés. « Oui mais maman, pourquoi on le met pas dans le compost si c'est bon pour les plantes ? »

Dévoré : le dossier sur le bio dans la dernière livraison du magazine Utne (septembre-octobre 2004). D'ailleurs, le bio est déjà out. L'écrivain Michael Pollan (Botany of Desire) se demande ceci : à quand le Coca-Cola bio ? Rien ne sert de manger une fraise bio qui vous fournit cinq calories et consomme 435 calories d'énergie fossile pour arriver au supermarché près de chez vous. Le véritable dilemme sera désormais : bio ou local, bio ou terroir. Et pourquoi pas les deux ? Et puis revenir aux fraises qu'on mange seulement l'été parce que ça ne pousse pas sous la neige ? Une idée hautement farfelue, je sais.
Ismaël Hautecoeur jardine entre ciel et terre dans le no man’s land des cordes à linge et de l’horizon. La popote intergénérationnelle du Santropol Roulant.
 






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  • sanchez carla
    Inscrite
    dimanche 11 décembre 2005 17h59
    excelent idé'
    « Bonjour,

    Je souhaiterais en connaître plus sur le culture de la lavande dans ces conditions car j'aimerais bien reproduitre ce même schéma pour commencer chez moi à Paris, pourriez vous vous mêttre en contact via mail afin de pouvoir me donner plus de details sur cet facon de cultiver la lavande;

    Merci beaucoup d'avance; »

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