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Nutrition - Le petit déjeuner pour combattre l'échec scolaire

Fabien Deglise   31 août 2004  Société
Les petits déjeuners offerts à l’école dans les milieux défavorisés ont contribué à déresponsabiliser les parents, croit le pédiatre Jean-François Chicoine.
Photo : Jacques Grenier
Les petits déjeuners offerts à l’école dans les milieux défavorisés ont contribué à déresponsabiliser les parents, croit le pédiatre Jean-François Chicoine.
À l'heure de la rentrée scolaire, le pédiatre Jean-François Chicoine monte à nouveau au front pour tenter cette fois de terrasser un phénomène croissant qui l'affecte: le manque d'intérêt des parents pour le repas matinal, pourtant primordial, de leur progéniture.

«Laisser son enfant partir à l'école, en 2004, le ventre vide, ce n'est pas acceptable, explique-t-il. Dans ma pratique, je suis confronté de plus en plus à ce genre de comportement. Et je pense qu'il est temps de réagir.»

Et pour cause. Les médecins ne l'ont sans doute pas répété assez: le petit déjeuner est en effet le repas le plus important d'une journée qui devrait à lui seul procurer un quart des calories quotidiennement ingurgités. C'est aussi, avec les céréales, les produits laitiers, les fruits et la tranche de pain avec beurre d'arachide qui devrait normalement le constituer, l'occasion de recharger les batteries après une nuit de sommeil afin d'attaquer sa journée. «Or, les problèmes d'attention de certains enfants sont parfois directement reliés au fait qu'ils n'ont pas bien mangé avant de se rendre à l'école», ajoute le médiatique médecin de l'hôpital Sainte-Justine.

La raison est, dans bien des cas, économique et sociale, d'où la présence dans plusieurs établissements scolaires de quartiers défavorisés de petits déjeuners communautaires. Mais il y a aussi le manque de temps des parents, explique le pédiatre, qui, pris entre les levers, la nécessaire toilette et le départ, finissent par négliger cette première étape.

À tort, estime M. Chicoine. «C'est qu'au delà de l'apport calorique, le petit déjeuner est aussi un point d'ancrage familial important, lance-t-il. C'est un aspect sous-estimé, mais ce repas est un moment précieux pour discuter de la journée, des peurs de la nuit, des choses à faire tout en mettant les sens olfactifs en éveil. C'est aussi l'endroit idéal pour consacrer du temps à son enfant. Et ça, c'est indispensable pour sa sécurité affective.»

Petit déjeuner, remède contre les mauvaises notes, la dépression infantile et substitut au Ritalin? Sans doute, croit le docteur des enfants. À condition, bien sûr, que les parents profitent de la rentrée pour ancrer cette saine habitude dans le quotidien de leurs chères petites têtes blondes — ou brunes. «Les petits déjeuners à l'école, c'est bien, et ç'a été une belle initiative, conclut-il. Mais l'effet pervers, c'est qu'à cause d'eux, de plus en plus de parents se sont déresponsabilisés en délaissant ce premier repas. Et ce n'est pas juste dans les classes défavorisées que l'on voit ça. La classe moyenne aussi est désormais touchée»... avec des conséquences futures difficiles à évaluer, mais qui n'inspirent guère ce pédiatre partiellement en colère.






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