samedi 28 novembre 2009 Dernière mise à jour 08h19


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Immigration - Retour à une vie angoissante

Naeem Khan, qui tient son fils de deux ans né au Canada, Shan, 13 ans, Sadaf, 17 ans, Shamim Akhtar et Sadia, 15 ans, ne veulent absolument pas retourner au Pakistan, où ils affirment qu’ils seront des cibles privilégiées pour les extrémistes anti
Photo : Jacques Nadeau
Naeem Khan, qui tient son fils de deux ans né au Canada, Shan, 13 ans, Sadaf, 17 ans, Shamim Akhtar et Sadia, 15 ans, ne veulent absolument pas retourner au Pakistan, où ils affirment qu’ils seront des cibles privilégiées pour les extrémistes anti
Deux ans et demi après son arrivée au Canada, une famille de Pakistanais chiites comptant quatre jeunes âgés de deux à dix-sept ans sera expulsée au cours des prochaines semaines, à moins d'une volte-face de dernière minute des autorités. Les immigrés craignent pourtant d'être la cible des attaques antichiites qui ont repris de la vigueur le mois dernier au Pakistan. Une situation qui laisse perplexes leur avocat et les membres du Comité d'action des réfugiés pakistanais contre le profilage racial, qui se demandent à quoi sert le recours d'évaluation des risques avant renvoi si Immigration Canada refuse toutes les demandes.

Shamim Akhtar et Naeem Khan sont musulmans chiites pratiquants, originaires de Karachi. Cette minorité a été la cible récente d'attaques meurtrières qui ont fait plus de 30 morts durant le dernier mois et quelque 200 depuis 2001, selon l'Agence France-Presse. Disant avoir été victime de menaces des extrémistes antichiites avant son départ du Pakistan, la famille Khan-Akhtar estime courir un grand risque en remettant les pieds au pays. Elle demande donc un sursis, non seulement pour elle mais pour tous les Pakistanais en instance d'expulsion. «Jusqu'à ce que le pays soit sécuritaire pour tous», ajoute Ali Hasanie, du Comité d'action.

C'est cette crainte de violence que leur avocat, David Chalk, a fait valoir sans succès devant les différentes instances d'Immigration Canada pour empêcher l'expulsion. La famille a récemment reçu un ordre d'expulsion pour le 29 juin, vers les États-Unis, où ils ont transité avant d'arriver au pays. Avant de demander à la cour fédérale un sursis de renvoi, David Chalk place un mince espoir dans deux dernières démarches possibles: les motifs humanitaires et le sursis administratif. Cette dernière procédure peut être demandée si des faits nouveaux sont connus entre le jugement de l'évaluation des risques avant renvoi — qui est normalement le recours ultime — et le renvoi comme tel. David Chalk croit que la recrudescence des violences contre les chiites au Pakistan devrait être considérée comme une nouvelle donnée. «On a mal évalué les risques du retour», disait-il hier, au cours d'une rencontre organisée par le Comité d'action des réfugiés, pour alerter la presse.

«Mais les chances qu'ils puissent rester sont très minces, dit David Chalk. Les délais pour motifs humanitaires sont longs, on rend souvent la décision après le départ des gens. Et c'est rare qu'on accepte un sursis administratif.» L'avocat estime qu'il y a un gros problème avec l'évaluation des risques avant renvoi. «On a un taux de refus de 98,7 % à Montréal et de 97 % au Canada. Je ne pense pas que ce soit normal. On a l'impression d'un processus déshumanisé, où les agents auraient reçu l'ordre de ne rien accepter, peu importe le dossier présenté.»

Le porte-parole de Citoyenneté et Immigration Canada à Montréal, Robert Gervais, rappelle quant à lui que la procédure est un dernier recours. «On ne refuse pas pour refuser. Mais quand on évalue les risques, on doit avoir la preuve qu'une menace concrète et spécifique pèse sur la personne, non sur un groupe ou une région. Sinon, il n'y a pas de raisons d'annuler l'expulsion. Des attaques, il y en a même aux États-Unis.» M. Gervais précise qu'Immigration Canada renvoie les gens dans un pays, pas dans une région précise. «Rien ne les empêche d'aller dans une autre ville que celle d'où ils viennent», dit-il sans se référer directement au cas des Khan.

Mais concrètement, la situation se vit difficilement pour la famille, que les intervenants ont présentée comme parfaitement intégrée à la vie québécoise. «Je ne veux pas retourner au Pakistan, a expliqué hier avec émotion l'aînée de la famille, Sadaf Khan, 17 ans, en français et en anglais. J'ai plein d'amis ici, je peux aller à l'école librement, parler librement. Alors que chez nous, nous serons comme en détention.»

«Je pensais qu'on était dorénavant libres, a aussi dit son père. Maintenant, quand je vais prier, ma famille sait que je vais revenir. Quand mes enfants vont à l'école, je sais qu'ils vont revenir. Mais ce ne sera plus le cas, il y a ce danger partout au Pakistan.» Shan Khan, 13 ans, ne comprend pas pour sa part pourquoi il faudrait partir: «Mon prof m'aime, mes amis m'aiment. On dirait qu'il y a juste l'Immigration qui ne nous aime pas.»

À l'échelle canadienne, 1608 demandes de réfugiés pakistanais ont été acceptées en 2003, contre 1751 rejetées. Un taux d'acceptation de 41 %, le plus faible depuis 1997.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009