Un Québec exempt d'OGM coûterait des centaines de millions
Construire un Québec sans organisme génétiquement modifié (OGM) n'a rien d'une mission impossible. À condition toutefois que les consommateurs, les producteurs, les transformateurs et même les pouvoirs publics assument ensemble les coûts d'une telle décision, a prévenu hier Denis Couture, président de la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec.
Et la facture s'annonce plutôt salée: entre 195 et 390 millions de dollars... uniquement pour le soya et le maïs — les deux principales cultures génétiquement modifiées au Québec —, selon les estimations faites par le représentant provincial des cultivateurs d'OGM.
«Actuellement, plusieurs fermes fournissent le marché des grains sans OGM, a-t-il expliqué. Mais cela leur rapporte de 5 à 10 $ de plus la tonne même si, au bout du compte, ces grains certifiés se vendent sur le marché 100 $ de plus la tonne. Ce n'est pas très intéressant. Si les agriculteurs pouvaient espérer de 50 à 100 $ de plus par tonne pour du traditionnel, je peux vous assurer que tout le monde changerait le contenu de ses champs.» Des champs qui, l'an dernier, ont livré, en tonnage, 3,9 millions de soya et de maïs dont respectivement 28 % et 31 % étaient issus du génie génétique.
Alors que l'Union des producteurs agricoles (UPA) jongle désormais avec l'idée de faire sortir les OGM du monde agricole, mais aussi de militer en faveur d'un étiquetage obligatoire des produits qui en contiennent, M. Couture garde la tête froide: «C'est un grand débat qui s'amorce. Mais il est clair que, sans argent, il n'est pas question pour nous de revenir en arrière», dit-il.
C'est que les OGM, s'ils laissent les consommateurs perplexes, plaisent actuellement à ceux qui les cultivent. «Cela exige moins de travail et surtout moins de pesticides, rappelle-t-il. Favoriser des cultures traditionnelles devrait donc impliquer un retour en force des produits chimiques dans les champs. Et tout ça a un prix.»
N'empêche, le vent de changement qui semble actuellement souffler dans l'enceinte de l'UPA a été accueilli chaleureusement hier par les farouches défenseurs de la terre qui, en choeur, ont incité le regroupement provincial des agriculteurs à emprunter cette voie. «C'est un pas dans la bonne direction, a expliqué Éric Darier de Greenpeace. C'est aussi l'aboutissement logique du rejet persistant des OGM par la grande majorité de la population. Les agriculteurs n'ont aucun intérêt à produire des aliments que les consommateurs ne désirent pas manger.»
L'UPA, commence à le croire aussi, elle qui appréhende aujourd'hui un ralentissement du développement de l'agriculture au Québec. Ralentissement induit par les nombreuses questions que soulèvent les pratiques agricoles contemporaines, peut-on lire dans le rapport de la Table sur les fermes à dimension humaine entériné par la Conseil général de l'UPA en mars dernier.
Et la solution proposée par ce comité est maintenant toute trouvée: «définir un nouveau contrat social liant producteurs, consommateurs, contribuables et État», indique le document. «C'est dans les grandes lignes ce que nous avons suggéré dans notre mémoire soumis à la Commission parlementaire sur la sécurité alimentaire [qui s'est tenue en janvier dernier]», fait remarquer Frédéric Paré, d'Équiterre, un groupe de pression environnemental.
Roméo Bouchard, président de l'Union paysanne (UP), lui non plus, n'a pas caché sa joie hier de voir enfin l'UPA choisir un chemin que son organisme tente de tracer trois ans. «Même si je me méfie des changements de cap de l'UPA, je constate qu'ils ont enfin compris que la crise actuelle n'était pas juste une question de perception. Et, pour en sortir, il faut désormais une profonde remise en question des pratiques, dit-il. Mais, pour être crédible, cette démarche doit être ouverte à tous. Pas juste aux acteurs du milieu agricole.»
L'idée d'un «nouveau contrat social pour l'agriculture» doit être soumise aux membres de l'Union en juin prochain lors d'un congrès spécial. Quant au débat sur la mise au rancart possible des OGM, c'est au sein du Comité de l'UPA sur les biotechnologies, présidé par Denis Couture, qu'il devrait s'animer d'ici quelques semaines. «Il est difficile de savoir ce qu'il va en sortir, dit-il. Mais il ne va pas falloir perdre de vue la réalité sur le terrain.»
Une réalité, selon lui, où argent, industrie et crise du revenu agricole se conjuguent au temps des récoltes. «Dans les dernières années, plusieurs compagnies ont investi beaucoup dans la création d'espèces génétiquement modifiées meilleures pour les cultivateurs, résume le porte-parole des planteurs d'OGM. Et les pressions risquent d'être très fortes de ce côté-là.»
Et la facture s'annonce plutôt salée: entre 195 et 390 millions de dollars... uniquement pour le soya et le maïs — les deux principales cultures génétiquement modifiées au Québec —, selon les estimations faites par le représentant provincial des cultivateurs d'OGM.
«Actuellement, plusieurs fermes fournissent le marché des grains sans OGM, a-t-il expliqué. Mais cela leur rapporte de 5 à 10 $ de plus la tonne même si, au bout du compte, ces grains certifiés se vendent sur le marché 100 $ de plus la tonne. Ce n'est pas très intéressant. Si les agriculteurs pouvaient espérer de 50 à 100 $ de plus par tonne pour du traditionnel, je peux vous assurer que tout le monde changerait le contenu de ses champs.» Des champs qui, l'an dernier, ont livré, en tonnage, 3,9 millions de soya et de maïs dont respectivement 28 % et 31 % étaient issus du génie génétique.
Alors que l'Union des producteurs agricoles (UPA) jongle désormais avec l'idée de faire sortir les OGM du monde agricole, mais aussi de militer en faveur d'un étiquetage obligatoire des produits qui en contiennent, M. Couture garde la tête froide: «C'est un grand débat qui s'amorce. Mais il est clair que, sans argent, il n'est pas question pour nous de revenir en arrière», dit-il.
C'est que les OGM, s'ils laissent les consommateurs perplexes, plaisent actuellement à ceux qui les cultivent. «Cela exige moins de travail et surtout moins de pesticides, rappelle-t-il. Favoriser des cultures traditionnelles devrait donc impliquer un retour en force des produits chimiques dans les champs. Et tout ça a un prix.»
N'empêche, le vent de changement qui semble actuellement souffler dans l'enceinte de l'UPA a été accueilli chaleureusement hier par les farouches défenseurs de la terre qui, en choeur, ont incité le regroupement provincial des agriculteurs à emprunter cette voie. «C'est un pas dans la bonne direction, a expliqué Éric Darier de Greenpeace. C'est aussi l'aboutissement logique du rejet persistant des OGM par la grande majorité de la population. Les agriculteurs n'ont aucun intérêt à produire des aliments que les consommateurs ne désirent pas manger.»
L'UPA, commence à le croire aussi, elle qui appréhende aujourd'hui un ralentissement du développement de l'agriculture au Québec. Ralentissement induit par les nombreuses questions que soulèvent les pratiques agricoles contemporaines, peut-on lire dans le rapport de la Table sur les fermes à dimension humaine entériné par la Conseil général de l'UPA en mars dernier.
Et la solution proposée par ce comité est maintenant toute trouvée: «définir un nouveau contrat social liant producteurs, consommateurs, contribuables et État», indique le document. «C'est dans les grandes lignes ce que nous avons suggéré dans notre mémoire soumis à la Commission parlementaire sur la sécurité alimentaire [qui s'est tenue en janvier dernier]», fait remarquer Frédéric Paré, d'Équiterre, un groupe de pression environnemental.
Roméo Bouchard, président de l'Union paysanne (UP), lui non plus, n'a pas caché sa joie hier de voir enfin l'UPA choisir un chemin que son organisme tente de tracer trois ans. «Même si je me méfie des changements de cap de l'UPA, je constate qu'ils ont enfin compris que la crise actuelle n'était pas juste une question de perception. Et, pour en sortir, il faut désormais une profonde remise en question des pratiques, dit-il. Mais, pour être crédible, cette démarche doit être ouverte à tous. Pas juste aux acteurs du milieu agricole.»
L'idée d'un «nouveau contrat social pour l'agriculture» doit être soumise aux membres de l'Union en juin prochain lors d'un congrès spécial. Quant au débat sur la mise au rancart possible des OGM, c'est au sein du Comité de l'UPA sur les biotechnologies, présidé par Denis Couture, qu'il devrait s'animer d'ici quelques semaines. «Il est difficile de savoir ce qu'il va en sortir, dit-il. Mais il ne va pas falloir perdre de vue la réalité sur le terrain.»
Une réalité, selon lui, où argent, industrie et crise du revenu agricole se conjuguent au temps des récoltes. «Dans les dernières années, plusieurs compagnies ont investi beaucoup dans la création d'espèces génétiquement modifiées meilleures pour les cultivateurs, résume le porte-parole des planteurs d'OGM. Et les pressions risquent d'être très fortes de ce côté-là.»
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