Les travailleurs sociaux sont aussi au bout du rouleau

Plusieurs travailleuses sociales se sentent par ailleurs coincées entre le respect de leur code de déontologie et les exigences de leur travail.
Photo: Getty Images Plusieurs travailleuses sociales se sentent par ailleurs coincées entre le respect de leur code de déontologie et les exigences de leur travail.

Les travailleurs en services sociaux ajoutent leur voix au cri de détresse lancé par les infirmières. Le surmenage vécu par ces dernières est également leur pain quotidien depuis la réforme Barrette, clament-ils.

 

Depuis le cri du coeur d’Émilie Ricard, cette jeune infirmière en CHSLD, le RECIFS, un regroupement de travailleurs en services sociaux, a reçu une vague de témoignages sans précédent de la part d’employés surmenés. « Ils se sont dit : “Nous aussi, ça n’a pas de bon sens”», relate sa présidente, Marjolaine Gaudreau.

 

Cet état d’épuisement est attribué à la réforme du réseau de la santé du ministre Gaétan Barrette. « J’en ai vu des réformes, mais celle-là est destructrice », martèle Mme Gaudreau, qui oeuvre dans le domaine depuis plus de 35 ans.

 

Transferts en GMF

 

Parmi les impacts de cette réorganisation du réseau de la santé, elle cite la réduction des effectifs en CLSC en raison du transfert de personnel vers les groupes de médecine de famille (GMF). « Ils ont transféré dans plusieurs cas la moitié des travailleurs sociaux d’une équipe en spécifiant que ça allait amoindrir la tâche dans les CLSC, ce qui n’est pas le cas », atteste Mme Gaudreau.

 

Trois travailleuses sociales ont accepté de témoigner à condition que nous protégions leur identité par crainte de représailles.

 

« Avec la réforme, je suis restée seule dans mon secteur à temps plein », témoigne Chantal, travailleuse sociale au Saguenay–Lac-Saint-Jean présentement en congé de maladie.

 

Chantal intervient auprès de cas lourds. « On parle de tentatives de suicide, d’hospitalisations psychiatriques, de cas de violence homicidaire… énumère-t-elle. Ce sont des gens extrêmement souffrants et à risque. » Si la vie d’un de ses patients est en danger, elle doit tout mettre sur pause pour se consacrer à ce cas prioritaire. « Ça peut prendre plus de trois jours », dit-elle. Or, son employeur exige qu’elle rencontre quotidiennement quatre patients. « Après, on me dit que je ne suis pas performante », laisse-t-elle tomber, déplorant l’évaluation quantitative de son travail.

 

Cette pression de performance cause de plus de plus de départs en congé de maladie, constate Lise, une travailleuse sociale de la région de Montréal.

Je suis dans le milieu depuis 20 ans, et je n’ai jamais vu un si haut taux de détresse psychologique

 

Pour sa part, Martine revient tout juste d’un arrêt de travail de six mois après avoir songé à changer de carrière. Par passion pour son métier, elle a choisi de rester. « Ce ne sont pas l’emploi et les tâches de travail social qui me posent problème, c’est toute la gestion et l’encadrement qui épuisent », dit-elle.

 

Entre l’arbre et l’écorce

 

Plusieurs travailleuses sociales se sentent par ailleurs coincées entre le respect de leur code de déontologie et les exigences de leur travail. « On est pris entre l’arbre et l’écorce. On se retrouve à devoir faire le choix entre rencontrer un patient ou remplir des documents administratifs », dénonce Marjolaine Gaudreau, précisant que cette situation amène « de plus en plus de sanctions de la part de l’Ordre [des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec, OTSTCFQ] ».

 

« On a des vies entre les mains », souligne Chantal, qui se qualifie de « rebelle », car elle priorise l’aide aux patients à la reddition de comptes exigée par le ministère. « Il est hors de question que je mette en danger les clients. Je veux pouvoir dormir en me disant que j’ai fait de mon mieux et que, s’il arrive quelque chose, je n’ai rien à me reprocher. »

 

Du côté de l’OTSTCFQ, on se montre très préoccupé par la réalité des travailleuses sociales. « La dernière réforme n’a pas du tout tenu compte des exigences du métier », affirme sa présidente, Guylaine Ouimette, qui soutient que les sanctions ne concernent qu’une minorité de ses membres.

 

« L’enjeu des conditions de travail du personnel du réseau est prioritaire pour nous […] Nous avons l’intention de nous en occuper de la façon la plus positive et constructive possible », a pour sa part indiqué au Devoir l’attachée de presse du ministre Barrette.

La mobilisation pour les infirmières se poursuit

Les actions pour soutenir les infirmières se multiplient. Des États généraux de la santé se tiendront à Montréal ce vendredi. Dimanche, la Fédération de la santé du Québec (FSQ-CSQ) a lancé la campagne Coeur brisé, qui invite la population à épingler un coeur brisé sur leur vêtement pour afficher leur soutien envers les travailleurs de la santé. Enfin, trois syndicats doivent entreprendre « un recours exceptionnel » à cet effet mardi.
  • Josée Duplessis - Abonnée 13 février 2018 08 h 44

    terrorisme humanitaire et social

    Le ministre a annoncé hier que ça réforme est terminée.
    Ça fait une belle jambe à ces travailleurs de la santé. Bientôt on pourra les appeler travailleurs terrorisés par le système mis en place par M. Barrette.
    Est-ce que l'on peut appeler cela du terrorisme social quand les ordres ménent à mettre en danger la vie des gens?
    Ça frise la limite décente. Mourir à petit feu d'une attaque massive c'est tout aussi terrorisant.
    On est rendus bas pour avoir laissé ces ministres détruire un système qui était presque en équilibre.
    On se rendra encore plus bas le 1er octobre en élisant un gouvernement de droite si c'est cela qui arrive.
    Soyons conscients du geste que l'on posera aux prochaines élections.
    Quand je pense qu'hier on a compris que le salaire des médecins spécialistes augmentera de environ 50.000$ par année un montant donné plus rapidement avant les élections parce que la manne est grande présentement. Quand c'est le temps des travailleurs de la santé et de tous les services publics, il n'y a jamais de sous.
    C'est tout de même incroyable.

  • Michel Lebel - Abonné 13 février 2018 08 h 49

    Dans le ''trouble''!

    Bref, si je comprends bien, tout le monde est au bout du rouleau dans le secteur de la santé! Cela inclut-il aussi le ministre! Mais qui va voir à la bonne santé dans ce secteur! On est vraiment dans le ''trouble''. Vite, un psy ou tous envoyés une semaine à Cancun!

    M.L.

    • Claude Gélinas - Abonné 13 février 2018 12 h 30

      Et pourquoi pas proposer de payer un voyage au Ministre de la santé aux Mille-iles à raison d,un séjour d'une année par île.

    • Marguerite Paradis - Abonnée 13 février 2018 12 h 36

      Ce propos est méprisant pour toutes les personnes qui ont besoin d'aide...

    • Michel Lebel - Abonné 13 février 2018 13 h 00

      @ Marguerite Paradis,

      Pas la moindre intention de mépris dans mon propos! Il faut quand même rigoler un peu avec un si long et dur hiver! Les choses les plus graves dans la vie peuvent bénéficier de l'humour. Je parle d'expérience.

      M.L.

    • Marc Therrien - Abonné 13 février 2018 17 h 17

      @ M. Lebel,

      De deux choses l’une : ou bien vous êtes un bien portant dont la relative bonne santé vous permet encore de rire de bon cœur ou bien d’expérience, vous êtes un être capable de souffrir parce que le rire vous permet d’augmenter la synthèse des hormones de la série des endorphines qui ont une action anti douleur, diminuent l'anxiété et régularisent l'humeur. Si tel était plutôt votre cas, vous serez alors d’un grand soin et soutien pour vos soignants advenant le cas où vous aurez besoin d’être hospitalisé ou hébergé en CHSLD. Car, comme l'a quelques fois insinué le Dr Barrette, il se peut que notre jeunesse soit "faites moins forte" que leurs aînés qui ont dû "bucher" en masse pour qu'on jouisse du confort d'aujourd'hui, lequel confort, paradoxalement, peut rendre intolérant au stress.

      Car il semble bien que la grande fête des années «60-70» que chantait Michel Fugain est terminée et que les voies ensoleillées seront de plus en plus couvertes par des heures allongées de crépuscule au cours des 20 prochaines années.

      Marc Therrien

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 13 février 2018 10 h 04

    Frankenstein

    a tout bousillé mais encore 7 mois et demie et nous serons libérés de l'incapacité libérale.

    • Marc Therrien - Abonné 13 février 2018 20 h 04

      Peut-être libérés de l'incapacité libérale, mais pas de celle d'arrêter le cours de la vie en marche vie qui s'use un peu plus chaque jour à mesure que le nombre de malades à soigner augmente sans qu'il ne soit possible d'augmenter le prix à payer pour que l'offre et la capacité de soins soient à la hauteur de la demande pour le maintien des soins et services gratuits pour tous.

      Marc Therrien

  • Marguerite Paradis - Abonnée 13 février 2018 11 h 34

    LE TRAVAIL SOCIAL, UNE PROFESSION INDISPENSABLE

    Le travail social est une profession relationnelle avec comme principes la justice sociale, les droits humains, le bien-être et le lien social.
    Le manque de respect de ce précieux travail par et dans nos Organisations est in-to-lé-ra-ble.
    M.P.

  • Andrée Le Blanc - Abonnée 13 février 2018 20 h 16

    À toujours ne parler que des médecins...

    Le grand public et les média ne regardent pas vraiment ce que la loi 10 (qui a fusionné les établissements en un melting pot invraisemblable) a comme conséquences profondes. Le gouvernement a pris le cheval de bataille de la CAQ d'abolir les agences régionales de santé et services sociaux mais a fait bien plus, a tout fusionné, quelque soit la vocation, la clientèle, l'expertise et l'histoire des établissements. Le gouvernement a aussi avancé sur l'idée surfaite qu'il y avait trop de gestionnaires pour réduire leur nombre et faire rentrer ceux qu'ils ont gardé dans "l'esprit de la réforme" : appliquer des normes de "performance". à calculer la rentabilité de chaque action et à éliminer le plus possible de chose qui à leurs yeux ne comptent pas. Tous les professionnels, mais aussi tout le personnel de soutien du réseau vous dirait qu'ils ont vu leur charge augmenter significativement, leur travial devoir se bâcler pour rencontrer les cibles de performance. Le réseau est géré comme une business, pas comme des institutions qui soutiennent des humains en difficulté, des malades qui ont besoin de temps, de soins et d'atention personnalisée. Il pourrait y avoir chaque jour des chroniques comme celle-ci qui aborde le travail à la chaine qu'on demande à toutes les catégories de personnel du réseau de faire maintenant. Un gâchis immense que cette réforme, volet loi 10.