Procès Côté-Normandeau: d'ex-employés de l’UPAC dénoncent une «ambiance pourrie»

Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir

Deux ex-enquêteurs de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) interrogés en marge du procès Côté-Normandeau ont dénoncé le climat de travail au sein de l’organisation qui, selon eux, explique les fuites de documents dans les médias.

« L’ambiance est pourrie », a déclaré l’ancien enquêteur-analyste Richard Despaties dans son témoignage jeudi matin. L’ancien policier, qui a été suspendu de l’organisation en 2016, a ajouté que les concours pour les postes « étaient pipés » et que le commissaire Robert Lafrenière « plaçait ses chums » dans des postes stratégiques.

Perquisitionné par l’UPAC en même temps que le député Guy Ouellette le 25 octobre, M. Despaties a affirmé qu’il n’avait « jamais » fourni de documents au député de Chomedey.

Il a toutefois dit avoir « beaucoup » parlé à M. Ouellette en 2017, notamment à propos des « mensonges » formulés par les patrons de l’UPAC en commission parlementaire.

Il a par ailleurs nié être responsable des fuites ou avoir parlé à des journalistes. « C’est pas moi qui ai appelé les journalistes. J’ai absolument rien à me reprocher. » Plus tard, il a toutefois dit avoir rencontré des journalistes pour « ventiler » sur les façons de faire de l’UPAC.

Dans un témoignage précédent, l’autre ex-policier ciblé par la perquisition, Stéphane Bonhomme, a lui aussi nié être responsable des fuites de documents policiers. Il a également dénoncé le climat qui régnait à l’UPAC, en particulier au Centre de gestion des signalements (CGS), où lui et M. Despaties travaillaient.

Selon ses dires, les fuites n’ont rien « d’étonnant ». « Parce qu’il y a beaucoup de frustration au bureau », a-t-il dit. Invité à détailler les sources de ces frustrations, il a mentionné que son patron était très sévère sur l’assiduité du personnel sans lui-même donner l’exemple.

Rappelons que ces deux témoins ont été appelés à la barre dans le cadre des préparatifs du procès de Nathalie Normandeau, Marc-Yvan Côté, Bruno Lortie, François Roussy, France Michaud et Mario Martel pour divers chefs de complot, de corruption de fonctionnaires et d’abus de confiance.

L’avocat de M. Côté, Jacques Larochelle, réclame un arrêt des procédures dans le procès en invoquant « un système de fuites orchestrées minutieusement pour déstabiliser le gouvernement et le Parti libéral » qui, selon lui, nuit aux droits des six coaccusés d’avoir un procès juste et équitable.

Le député Guy Ouellette, qui est soupçonné par l’UPAC d’avoir livré des documents confidentiels aux médias, doit témoigner à son tour dans ce dossier jeudi après-midi au palais de justice de Québec.

La lanceuse d’alerte Annie Trudel  mentionnée

Il a par ailleurs été question jeudi d’Annie Trudel, ex-analyste indépendante en matière de corruption au ministère des Transports du Québec (MTQ) et lanceuse d’alerte. Dans son témoignage, M. Despaties a raconté que sa propre situation s’était détériorée quand Mme Trudel a porté plainte contre l’UPAC en lui reprochant de n’avoir pas fait enquête sur des documents qu’elle avait transmis.

Il a dit connaître Mme Trudel depuis au moins 2012 et a raconté comment il la contactait à l’occasion durant ses enquêtes pour obtenir des informations liées au MTQ.

M. Despaties avance que le responsable des ressources humaines de l’UPAC, Michel Pelletier « a toujours pensé » que c’était lui qui avait « incité Mme Trudel à porter plainte ». L’ex-policier a ajouté que son congédiement par l’UPAC constituait une « revanche » de la part de M. Pelletier.

M. Despaties a par ailleurs affirmé qu’il n’avait « jamais » incité Mme Trudel à donner de l’information aux médias.

D’autres détails suivront.