Aide humanitaire: inclure les personnes handicapées

Shahed a 12 ans et est originaire de Mossoul. Le 9 mars 2017, elle s’est retrouvée avec sa famille au milieu des combats et a été grièvement blessée. Désormais amputée d’une jambe, elle vit dans le camp de Hasansham. On la voit ici durant une séance de physiothérapie.
Photo: Blaise Kormann L’illustré / HI Shahed a 12 ans et est originaire de Mossoul. Le 9 mars 2017, elle s’est retrouvée avec sa famille au milieu des combats et a été grièvement blessée. Désormais amputée d’une jambe, elle vit dans le camp de Hasansham. On la voit ici durant une séance de physiothérapie.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Canada rejoignait en juin la liste des signataires de la Charte pour l’inclusion des personnes handicapées dans l’action humanitaire proposée par l’organisation de coopération Humanité et inclusion (auparavant Handicap international). Plus que jamais, le concept d’inclusion a la cote et cela se traduit sur le terrain de différentes façons.

 

Depuis le début de la guerre en Syrie, près de 5,5 millions de personnes ont fui le pays. Ces réfugiés se trouvent principalement dans les pays voisins comme le Liban, l’Irak et la Jordanie. Humanité et inclusion (HI) est présente dans ces pays pour ratisser les camps de réfugiés.

 

« Nous créons des cellules mobiles qui entrent dans chaque abri, chaque tente, afin de repérer les populations les plus vulnérables, comme les enfants seuls, les femmes enceintes et les personnes avec un handicap », affirme Jérôme Bobin, directeur général de HI.

 

Lorsque la vulnérabilité est due à un handicap, l’organisation intervient directement. « On peut fournir à la personne une orthèse ou une prothèse et lui faire faire une réadaptation fonctionnelle pour lui permettre d’apprendre à s’en servir, explique Jérôme Bobin. Il faut bien accompagner ces personnes. C’est le coeur de nos actions. »

 

HI, qui a changé de nom pour son 35e anniversaire afin de mieux refléter ses valeurs et sa mission d’inclusion, fait aussi tout un travail dans le domaine de l’accessibilité des personnes handicapées dans les camps. Par exemple, il faut s’assurer qu’il y a des toilettes accessibles aux gens en béquilles et en fauteuil roulant, ainsi que prévoir l’approvisionnement du camp en produits paramédicaux, notamment en bandages.

 

« Nous regardons toute la logistique qui tourne autour des besoins des personnes en situation de handicap, explique Jérôme Bobin. C’est important, parce que sinon, ces personnes n’auraient pas accès à plusieurs biens et services qui sont essentiels à leur survie. »

 

HI dirige vers d’autres organismes les personnes vulnérables qui ont besoin d’autres types de services, comme de l’accompagnement financier, une chirurgie ou des médicaments.

 

De plus en plus de crises

 

Le même genre de travail dans l’urgence est réalisé par HI auprès des réfugiés rohingyas au Bangladesh. Les membres de cette minorité musulmane apatride du Myanmar sont environ 650 000, d’après le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés, à s’y être exilés depuis août pour fuir la violence.

 

« Depuis quelques années, la part de notre travail qui se fait dans l’urgence a beaucoup augmenté avec tous les conflits, de même que les catastrophes naturelles qui sont de plus en plus violentes en raison des changements climatiques », affirme Jérôme Bobin.

 

HI est active dans une quinzaine de pays en situation de crise actuellement et dans une quarantaine de pays en développement. Alors qu’il y a milliard de personnes handicapées dans le monde, 80 % d’entre elles sont dans des pays en développement ou en crise.

 

« Dans les pays en développement, plusieurs maladies et difficultés, lors de la grossesse ou de l’accouchement par exemple, peuvent entraîner des handicaps, tout comme les accidents, qui sont nombreux, que ce soit sur la route ou au travail, alors que les normes de sécurité sont loin d’être les mêmes qu’ici, affirme M. Bobin. C’est aussi dans ces pays qu’on retrouve le plus grand risque de catastrophes naturelles, alors les populations sont particulièrement à risque. »

 

Agir en amont

 

Il est tout de même possible d’agir en prévention dans différents pays afin de réduire de façon inclusive les risques de catastrophe. Actuellement, seulement une personne handicapée sur cinq dans le monde pourrait évacuer les lieux sans difficulté en cas de catastrophe naturelle d’après une étude de l’ONU.

 

HI travaille dans certains pays à mettre sur pied des plans de contingence avec les autorités et d’autres organismes sur place afin d’inclure les personnes handicapées. Elle le fait notamment dans la province de Santiago, à Cuba, qui se trouve dans une zone sismique particulièrement forte.

 

« On prévoit qu’il y aura un séisme important dans cette région, alors nous préparons le plan de communications à déployer en cas de séisme, explique Jérôme Bobin. Il faut tenir compte, par exemple, des personnes sourdes, qui n’entendent pas les sirènes, des personnes aveugles, qui ne peuvent pas lire des consignes et des personnes à mobilité réduite. »

 

HI travaille donc d’abord à repérer ces personnes, puis établit un plan.

 

« La prise en charge de ces personnes peut être assurée par la famille, sinon les villageois ou les autorités, explique-t-il. Il faut créer un cercle autour de la personne pour s’assurer qu’elle sera prise en charge. »

 

Le concept a fait ses preuves au Népal, lors du tremblement de terre de 2015.

 

« Nous étions présents dans ce pays depuis longtemps et notre travail de préparation a permis d’améliorer la rapidité avec laquelle les secours humanitaires ont pu intégrer les personnes handicapées à la suite de la catastrophe », affirme le directeur général de HI, qui travaille toujours avec d’autres organisations qui s’occupent des autres types de populations vulnérables.

 

Étendre le concept

 

HI a proposé, en 2016 au Sommet humanitaire mondial à Istanbul, la Charte pour l’inclusion des personnes handicapées dans l’action humanitaire. Précédemment, elle avait publié un rapport qui révélait que, lors d’une crise, 92 % des acteurs humanitaires sur le terrain ne savaient pas comment intégrer les personnes handicapées dans leurs interventions et que 75 % des personnes handicapées n’avaient pas un accès égal à une aide qui répond à leurs besoins de base, tels que l’eau, la nourriture, l’abri et les soins médicaux.

 

C’est l’enjeu auquel vient s’attaquer la Charte. « Nous avons presque 300 signataires, qui incluent plusieurs États, organisations de la société civile et agences des Nations unies, affirme M. Bobin. C’était important que le gouvernement canadien s’engage envers les plus fragiles de façon à ce qu’ils soient considérés et inclus lors de la réponse humanitaire à une crise. Nous travaillons d’ailleurs maintenant avec Affaires mondiales Canada afin de voir comment on pourra mettre en oeuvre les obligations de la Charte. »

 

HI emploie 3500 personnes, dont 3300 dans les pays du Sud. La grande majorité est embauchée localement.