Attentat de Québec: un cri de ralliement antiraciste à Montréal

Une centaine de personnes se sont réunies devant la station de métro Mont-Royal, à Montréal, en souvenir des victimes de l’attentat de Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une centaine de personnes se sont réunies devant la station de métro Mont-Royal, à Montréal, en souvenir des victimes de l’attentat de Québec.

«Nous refusons d’oublier. » Une déclaration simple, devenue leitmotiv le temps d’une soirée, au porte-voix et en choeur dans plusieurs quartiers de Montréal.

Devant la station de métro Mont-Royal, les visages et les noms des six victimes de l’attentat de Québec se sont fait étendards contre le racisme et l’islamophobie. Des lampions allumés à la main, une centaine de personnes se massaient autour de ces pancartes, signes de ralliement.

Au moins une quarantaine d’événements commémoratifs ont eu lieu d’un océan à l’autre dans les plus grandes villes du pays, pour la plupart des événements indépendants, organisés par des universités, des mosquées ou des associations.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « On ne trouve pas les mots pour expliquer cette tragédie », a déclaré Valérie Plante lors d’une cérémonie à l’hôtel de ville de Montréal.

« Nous refusons d’oublier que cet attentat raciste contre des musulmans qui priaient à la mosquée de Québec n’est pas un acte isolé », a commencé Nazila Bettache, qui a contribué à l’organisation de l’événement à Montréal. Elle a cité à ce titre les actes de vandalisme contre des mosquées et des écoles, ainsi que des attaques physiques et des insultes dont certaines personnes ont fait l’objet.

Des rassemblements avaient lieu simultanément dans sept quartiers de Montréal, dont Villeray, Hochelaga, Verdun et Montréal-Nord, et les citoyens étaient invités à signer en ligne une déclaration commune. Aucune organisation formelle n’était à l’origine de l’initiative ; c’est plutôt l’oeuvre de réseaux de citoyens, a précisé Mary Ellen Davis, une réalisatrice ayant contribué à la mobilisation.

Ne restez plus jamais silencieux devant des actes de racisme

 

Cette déclaration dénonce notamment l’annulation cet automne de la commission sur le racisme systémique par Québec. On y accuse en outre les débats sur les accommodements raisonnables, sur la charte des valeurs et sur le projet de loi 62 sur la neutralité de l’État d’alimenter le racisme antimusulman.

Qualifiant l’attentat de Québec de « pire attentat depuis la tuerie de Polytechnique », Mme Bettache a également invité la population à reconnaître que « ces six hommes sont morts pour avoir été des musulmans ».

« On aimerait voir les différents ordres de gouvernement adopter des positions plus fermes à propos de l’extrême droite et du racisme, pas seulement faire des discours », a ajouté en entrevue Mme Davis.

« Ne restez plus jamais silencieux devant des actes de racisme », a imploré Mohamed Jelassi, dernier à prendre la parole devant la station de métro Mont-Royal. Ancien journaliste, l’homme d’origine tunisienne est le fondateur de l’Association de développement des arts martiaux adaptés (ADAMA).

Déclarant d’emblée sa foi musulmane et « le message de paix » porté par sa religion, M. Jelassi a appelé les gens à ne pas demeurer des témoins silencieux. « Répétez après moi : Je ne suis plus capable de supporter la haine, je ne suis plus capable de supporter la méchanceté humaine. »

« La deuxième étape sera de former des groupes, des comités », a indiqué Mary Ellen Davis. Les citoyens présents pouvaient ainsi inscrire leur nom et leur adresse courriel pour participer à un comité antiraciste, afin de « donner une force de mobilisation et de faire des activités d’éducation sur le terrain », a précisé Nikolas Barry-Shaw.

« La lutte contre le racisme est devenue un enjeu crucial et le climat toxique ne va pas s’en aller tout seul. Il faut s’organiser face à une extrême droite qui, elle, s’organise », a-t-il conclu.

Derrière lui, les échos de la foule répétaient les noms des six victimes de l’attentat : « Nous refusons d’oublier leurs noms, a scandé à nouveau Nazila Bettache. Azzeddine Soufiane, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Aboubaker Thabti, Ibrahima Barry et Abdelkrim Hassane. »

2 commentaires
  • Marc Tremblay - Abonné 30 janvier 2018 09 h 10

    Attentat raciste?

    C'est ridicule, une religion n'est pas une race.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 30 janvier 2018 11 h 24


      En effet, l'islamophobie, soit la peur de l’Islam, ne peut pas être qualifiée de racisme, car la religion n’est pas un gène racial hérité à la naissance dans son ADN.

      L'islamophobie, soit la peur de l’Islam, n’est pas dirigée contre des personnes, mais contre une idéologie, l’Islam, qui est plus un système politique et social (charia, marquage par le voile et la barbe, nourriture halal, non-mixité des sexes, refus de la laïcité, tentative d'implantation de la charia, ...) qu'une religion. C'est cela qui fait peur à beaucoup de gens, et non pas le fait que les musulmans prient Allah.

      Il faut réaffirmer le droit et je dirais même le devoir de critiquer des idéologies et des religions qui prônent la préséance de soi-disant lois religieuses sur les lois de l’État.

      Ceci étant dit, on peut haïr des idées, mais on n’a pas le droit de haïr des personnes et de s’attaquer à eux physiquement ou en paroles.