Attentat de Québec: l'heure est au rapprochement à Sherbrooke

Le ministre Luc Fortin et le maire Steve Lussier se sont rendus à la soirée commémorative de la mosquée A’Rahmane, à Sherbrooke.
Photo: Lisa-Marie Gervais Le Devoir Le ministre Luc Fortin et le maire Steve Lussier se sont rendus à la soirée commémorative de la mosquée A’Rahmane, à Sherbrooke.

Des communautés musulmanes de tout le Québec ont profité de l’anniversaire de l’attentat à la grande mosquée de Québec pour poursuivre le rapprochement avec les non-musulmans. À Sherbrooke lundi soir, un « 5 à 7 » a rassemblé des dizaines de résidents et d’élus à la mosquée A’Rahmane au pied du mont Bellevue, pour « créer un noyau solide », comme l’indique Mohamed Kounna, le président de l’Association culturelle islamique de l’Estrie (ACIE). « On fait ça pour que ça ne se répète plus et pour donner l’assurance aux Québécois de souche qu’on peut dialoguer », a-t-il déclaré.

Des fidèles, des convertis à l’Islam, des dignitaires et de simples citoyens ont tour à tour pris la parole, une rose blanche à la main, pour appeler à la solidarité. Le ministre de la Famille et ministre responsable de la région de l’Estrie, Luc Fortin, a tenu à être présent pour que jamais ne soit oublié cet « acte barbare ». « Nous avons tiré des leçons de ces événements et nous ne souhaitons pas que ça se reproduise, car nous sommes tous des Québécois », a-t-il dit. Le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, a lui aussi invité au rapprochement. « Plus les gens en parleront, plus ils s’entendront et moins il y aura d’ignorance. » C’est ce qui a convaincu Gérard Côté, un citoyen retraité, de se déplacer. « Il paraît qu’on ne se connaît pas. Je suis venu pour ça. »

Les dirigeants de l’ACIE et de la mosquée A’Rahmane ont d’ailleurs insisté sur leur transparence et sur le fait que leurs portes sont toujours ouvertes. « Tous nos prêches sont publics et on essaie de les diffuser à travers notre portail. C’est important que ça soit accessible », a dit l’ex-président de l’ACIE, Mohamed Golli.

Ayant fait ses études de théologie à l’Université Laval, Jean-François Therrien, un Québécois converti à l’Islam depuis 20 ans, avait contribué à la fondation de la grande mosquée de Québec. « Je connais des gens qui ne sont plus ici aujourd’hui », a-t-il témoigné, très ému. Après la fusillade, il s’était rendu sur place pour rencontrer les familles des victimes. « La plupart se disent encore en paix au Québec et veulent s’intégrer de plus en plus profondément », a-t-il dit.

Encore la peur

Dimanche, un autre événement de commémoration, intitulé « Je me souviens », a eu lieu devant l’hôtel de ville. Environ une semaine après les attentats de Québec, un homme a été accusé à Sherbrooke pour avoir menacé le maire de l’époque, Bernard Sévigny, de même que celui de Québec, Régis Labeaume, et menacé de s’en prendre aux mosquées de Sherbrooke. Au cours de la dernière année, l’Association culturelle islamique de l’Estrie a également reçu des messages haineux. Un individu venu rôder a même perdu son portefeuille sur place, qui contenait un permis de port d’arme. « Mais on a tout dénoncé à la police. On a une excellente collaboration avec eux. »

Lundi soir, la peur avait toutefois cédé la place au rapprochement. Après avoir nommé les six personnes assassinées, qui ont laissé « 17 orphelins », Mohamed Kounna a conclu par un « Bienvenue chez vous » bien senti.