OSM: le processus d’enquête crée un malaise

Depuis la mi-décembre, un total de dix femmes ont affirmé avoir été agressées sexuellement par l’ancien chef de l’OSM Charles Dutoit, selon une enquête menée par Associated Press.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Depuis la mi-décembre, un total de dix femmes ont affirmé avoir été agressées sexuellement par l’ancien chef de l’OSM Charles Dutoit, selon une enquête menée par Associated Press.

Le processus d’enquête mis sur pied par l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) dans la foulée de la réception d’une plainte de harcèlement sexuel contre Charles Dutoit suscite un malaise au sein de l’OSM. La direction de l’institution a ainsi dû faire une mise au point mardi pour expliquer sa décision.

« La direction est au courant du malaise, a indiqué mardi soir au Devoir le président du comité des musiciens, Stéphane Lévesque. On essaie de trouver quelque chose qui va rendre [la démarche] plus facile pour les gens. »

Dans un courriel envoyé à tous les musiciens et obtenu par Le Devoir, la directrice générale de l’OSM, Madeleine Careau, indiquait plus tôt en journée qu’il « a été porté à [la connaissance de l’OSM] que certains musiciens s’interrogent sur le rôle de Jean Gaudreault [relativement à] l’enquête administrative interne instituée à la suite d’une plainte de harcèlement sexuel ».

C’est un sujet tellement délicat et personnel, il faut quelque chose qui soit le moins inconfortable possible


Lui-même longtemps musicien à l’OSM, M. Gaudreault en est maintenant directeur du personnel musicien. Dans le cadre de l’enquête ouverte après la réception de la plainte du 22 décembre 2017, M. Gaudreault agit comme intermédiaire entre les plaignantes potentielles et l’enquêteuse indépendante qui a reçu le mandat de faire la lumière sur toute question de harcèlement sexuel au travail à l’OSM.

Des experts en relations de travail consultés par Le Devoir indiquent qu’il est courant qu’un intermédiaire interne soit nommé dans des dossiers de ce type — essentiellement pour s’assurer d’un certain contrôle sur le processus.

Mais même si plusieurs sources indiquent que la réputation de M. Gaudreault est excellente auprès des musiciens, certains ont fait valoir qu’il s’agit néanmoins d’un membre de la direction — et qui plus est, d’un homme.

Y a-t-il un malaise généralisé autour du processus ? Difficile à dire, répond Stéphane Lévesque.

« Mais c’était assez pour que le comité des musiciens décide d’aborder la question avec la direction. Pour moi, s’il y a une personne qui est mal à l’aise de passer par quelqu’un de l’administration pour faire une plainte, c’est une personne de trop. C’est un sujet tellement délicat et personnel, il faut quelque chose qui soit le moins inconfortable possible. »

Confidentiel

« Le mandat que nous avons confié à M. Gaudreault en fait une personne-ressource mise à la disposition des personnes désireuses de porter plainte pour harcèlement sexuel dans le cadre de leurs activités à l’OSM », a précisé la direction mardi. Le courriel envoyé précise le fonctionnement du processus, mais n’en change pas les paramètres.

Si quelqu’un veut déposer une plainte à l’enquêteuse, il doit donc d’abord contacter M. Gaudreault.

Ce dernier « fera le lien avec l’enquêteuse et la personne plaignante afin de convenir des dates, heures, et lieux de rencontres, auxquelles il ne participera pas », rappelle le courriel.

« M. Gaudreault ne pourra en aucun moment s’enquérir des faits, de l’identité du ou des témoins concernés, ajoute Mme Careau. Son rôle exclut également toute possibilité d’émettre une opinion quelconque quant au bien-fondé ou non de la plainte. »

La directrice générale affirme aussi que M. Gaudreault devra « respecter la plus totale confidentialité, y compris quant à l’existence d’une plainte ».

L’enquête annoncée le 23 décembre vise non seulement la plainte reçue la veille, mais aussi tout nouveau cas qui pourrait être soulevé.

Dans une réponse envoyée au Devoir mardi, l’OSM indique que « l’enquêteuse rencontrera confidentiellement toute employée ou contractuelle, présente ou passée, désirant porter à son attention des faits reliés au harcèlement sexuel dont elles ont été les victimes alléguées ». Elle devra établir les faits, soutenir les plaignantes et recommander des actions au comité exécutif.

Si c’est le nom de Charles Dutoit qui retient l’attention dans ce dossier, le mandat de l’enquêteuse indique qu’une plainte peut viser tout membre présent ou passé du personnel de l’OSM.

Depuis la mi-décembre, un total de 10 femmes ont affirmé avoir été agressées sexuellement par le chef d’orchestre, selon une enquête menée par Associated Press. M. Dutoit a nié les accusations. Huit orchestres ont néanmoins décidé de rompre tout lien avec le chef suisse.

M. Dutoit a été directeur artistique de l’OSM de 1977 à 2002.

2 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 24 janvier 2018 09 h 18

    Le malaise

    Et moi mon malaise se situe au fait que l'on rapporte: ''et qui plus est, d'un homme''.

  • Jean Gadbois - Abonné 24 janvier 2018 21 h 30

    Il faut quelque chose qui soit le moins inconfortable possible...

    Ayoye, Nimporte quoi!